L'art pour cultiver nos précieuses sculptures...

Publié le par RanDom

La fée frisée de Koulou m'a rappelé un ancien article que j'avais rédigé le lundi 15 septembre 2008, mon blog à peine créé. Je profite donc de cette belle muse pour revenir à ma perception de la beauté féminine. Plusieurs femmes sont déjà à l'honneur sur les rives de l'Auzette, de ma soeur à Germaine Tillion. La semaine prochaine, je parlerai d'une historienne que j'ai découverte il y a peu et dont le parcours m'a beaucoup touché.

L'article suivant se trouvait dans la rubrique "
Boîte de Pandore", mais j'ai préféré renommer cette catégorie d'articles : "Où vous êtes Auzette ?
" pour y mettre toutes les réponses que je cherche régulièrement dans mon imaginaire, dans ma culture, comme dans mon entourage ou dans mon avenir. 

Pour commencer, cherchons la beauté dans un monde où les femmes anonymes côtoient l'unique et divine Vénus.

Quoi de commun entre un photographe catalan et un sculpteur grec ?
Je ne m'étais pas posé la question jusqu'à ce que mes yeux tombent sur un cliché de Joan Colom...

Pour en savoir plus sur ce photographe : cliquer ci-dessous.
"Joan Colom : les gens du Raval"
Exposition à la Fondation Henri Cartier-Bresson jusqu'au...
30 juillet 2006 (trop tard!)


Joan Colom se fond dans le décor. Il immortalise un quartier populaire de 1958 à 1961. Ses instantanés noir et blanc, au gros grain et aux lumières qui caressent les corps, bousculent l'imagerie d'une Espagne chaste, catholique et franquiste.
Je regardais donc
cette photographie...
Les passants
se retournent
au passage 
d'une femme.
On échange
nos regards.

Les plis,
la ceinture,
puis les courbes.
Que vois-je en réalité ?
Autrement dit, à quoi me fait penser le cul
sur lequel
semble insister
le photographe...

Chacun
a sa petite idée.
Chacun
a sa petite culture.

Plus je regarde 
cette photographie,
les plis,
la ceinture,
et les courbes,
Plus je vois
la sculpture.


Ce pourrait être n'importe quelle sculpture.
J'ai choisi un modèle du genre.
Une statue qui fait la fierté du
Louvre :
la Venus de Milo.

Les sculpteurs grecs nous ont appris à goûter la beauté des femmes et des hommes. La beauté de leurs corps.
Que représente le sculpteur ?
Ou bien la beauté féminine : une femme est forcément belle puisque la beauté qui séduit les hommes est l'essence même des descendantes de Pandore ?
Ou bien simplement une belle femme dont la beauté, justement, la distingue des autres femmes ?
Ou bien finalement La belle femme, la déesse, la plus belle d'entre toutes qui remporta la pomme de discorde : Aphrodite (Venus) ?

Je laisse à chacun sa petite idée...

Pour ma part, la photographie de Joan Colom, avec cette femme qui nous tourne le dos mais qui nous présente son... hum... me rapproche plus des sculptures grecques que des mannequins qui montrent leur derrière dans les magazines féminins ou les revues de charme.

Mais je laisse à chacun sa petite culture, sa petite sculpture...
On croit que la culture est essentiellement intellectuelle, voire spirituelle, mais il y a une culture charnelle qui guide notre perception de la nature. Il est de notre devoir de conserver un patrimoine qui nous permet d'apprécier la vie. Car plus je regarde la Venus de Milo, plus je vois une femme d'aujourd'hui, vers laquelle se tourneraient les regards de passants, dans une ville de l'Espagne ou de quelque pays méditerranéen.
Tandis qu'à force de regarder les femmes de magazines, nos modèles d'aujourd'hui, à partir desquelles on "pèse et mesure" les critères d'une beauté qui se voudrait plus moderne, eh bien je ne vois plus rien. Plus rien d'érotique. Plus rien d'Aphrodite.

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Catgirl 18/01/2009 08:34

il y a quelques années, avec maman et Lisa nous visitions Blois, Lisa alors m'interrogeait sur le pourquoi toutes ces peintures où l'on voyait un sein de la femme ... parce qu'à l'époque, c'était ça, la mode.Nous sommes allées à Chenonceau entre noel et le jour de l'an. Là aussi, de nombreux tableaux. Une autre question : pourquoi peindre des femmes rondes ? Parce qu'à l'époque, c'étaient elles, les plus belles, parce que les formes se caressent, se suivent du regard, laissent l'imagination se perdre, s'inventer des histoire.Aujourd'hui, quand je vois une maigre, qui se plaint d'avoir pris deux kg, on se demande si c'est son cerveau qui a grossi ou si c'est qu'elle a un os qui a poussé ... moi je ne peux m'empêcher de me dire, de penser que si je caressais, je ne caresserais que des os ...la féminité n'est pas dans la maigreur, ni dans les rondeurs, elle est dans le regard que l'on porte sur les choses, elle est dans ce que la personne qui est, donne à voir, ce qui rayonne d'elle. la vénus de milo, n'a pas de taille, aujourd'hui, les jeunes femmes n'ont plus de taille non plus ... les corps changent, les morphologies humaines aussi, au fils des ans, au fil des siècles.bisous

RanDom 19/01/2009 17:54



Bonsoir Cat !

Je lis ton commentaire. Je lis avec mes yeux. Le regard est important dans l'affaire. Le temps aussi. Se contenter d'une apparence ou chercher vraiment ce qu'il y a derrière ? Le physique est
certes un élément de la beauté, mais ce n'est qu'un élément parmi d'autres. Sinon, pourquoi trouver tel défaut physique charmant ? beaucoup de choses entre en ligne de compte : les expériences
personnelles, l'éducation sociale, les chimies naturelles... Il faut composer avec tout ça. Se crée une histoire.

Je me mets à la place d'un peintre de la Renaissance : la rondeur est pour lui un signe de fertilité, de fécondité, comme le sein un signe de maternité. Pour lui, une mère est belle,
comme Marie, mère du Christ. Finalement, dans la peinture, on utilise le concept de fertilité, de maternité, pour montrer la nudité. Le dogme chrétien l'autorise puisque nous devons
procréer. La rondeur est de ce fait un signe de vitalité, de reproduction (or la reproduction et, comme l'art, de la création)... De nos jours, on valorise plutôt le côté juvénile, enfant, des
femmes. Notre société hygiéniste ne considère plus la rondeur comme signe de vitalité, mais plutôt comme symptôme d'un mal sanitaire. D'où la minceur extrême des modèles (que note Koulou
dans son commentaire). Au début du XXe siècle, les femmes-garçons étaient aussi des modèles de beauté. A d'autres époques, on habillait les femmes pour faire ressortir leurs formes et les
"emprisonner" dans leur corps. Dans tous les cas, je relève que celui qui institue le modèle féminin est mâle dans notre société patriarcale. Les hommes restent ceux qui déterminent les critères
de beauté.

On pourrait en discuter longuement ainsi. Je pourrais écouter tes remarques toujours éclairées pour enrichir mes points de vue que tu écouterais à ton tour, pour me dire ce que tu en
penses.

La beauté peut résider dans cette relation.

Bisous 



Jean-Yves 17/01/2009 21:05


J'aimerais que toute ma vie repose sur le concept de beauté.
Sacrifier tout à la beauté des êtres, à la beauté des objets… peut-il être constitutif d'une vie ? Je le crois.
Ne pas constater la beauté des femmes me paraît quelque chose de ridicule, et ce, même pour un homosexuel. À partir du moment où l'on fait du sexe non pas quelque chose de morbide mais quelque chose de naturel, y compris dans ce que le commun des gens appelle « contre-nature » et qu'on se fonde sur le concept de beauté, il n'y a plus de sexe.
Il ne reste que la beauté.

PS : encore une fois, cher Damien, j'entre en digression… excusez-moi de disposer de vos articles pour exprimer ce que j'ai au fond de moi.

 

RanDom 19/01/2009 17:32



Bonsoir Jean-Yves.

Si tu me permets de te tutoyer, je te permets de me tutoyer sans problème. Je suis heureux que mes articles entraînent tes digressions. J'appelle cela des ricochets, à cause de l'Auzette qui
coule à côté.

Ton texte parle de lui-même et j'abonde dans ton sens. Je plaçais la beauté dans les êtres et dans les objets et je complexais parce que je trouvais toujours plus beau que moi, plus belle
vie que la mienne. J'ai fini par déplacer la beauté, et je ne la trouve non plus dans les êtres, mais dans les relations et les histoires qu'on entretient avec ceux-ci. Je ne cherche plus de
beaux êtres, je ne sais plus ce qu'est un bel objet, je m'affranchis des modèles qu'on nous impose pour discerner le bien du mal, le beau du laid. Au contraire, j'entreprends des relations
avec des êtres, des objets, qui m'attirent naturellement, et avec lesquels je veux construire une belle histoire, une belle relation. Ce qui peut inclure, pas obligatoirement, le sexe.

De ce point de vue, je ne me sens pas l'âme grecque, puisque les Grecs anciens associaient facilement le beau au bon et le bon au fort. Il faut dire que je ne crois pas
appartenir à ces critères grecs : je ne suis certainement pas fort, je ne suis pas toujours bon, alors suis-je beau ? Ce sont certaines personnes qui m'ont rendu beau et dont
je fus reconnaissant voire... amoureux.

J'interromps vite ma propre digression : philosophie et confidences ne me rendent pas forcément à l'aise. Je vais donc te souhaiter une bonne soirée en guise de conclusion. Et merci pour avoir
complété mon article par ton point de vue. Salut, Jean-Yves ! 



Koulou 17/01/2009 18:43

Mon inquiétude à moi ne réside pas en la possibilité de la perte de mon désir propore pour les femmes qui correspondraient aux  canons de la beauté modernes, mais en le fait que ces canons ne correspondent qu'à des corps fémminins entre 14 et 25 ans quasi sous-alimentés. Dans ces conditions là, on propose comme modèle aux femmes quelque chose qui, au-delà de leur 25ème année, ne leur est plus accessible... De quoi les déprimer au minimum, et nous, nous rendre malheureux, si jamais, ô grand jamais, nous avions adopter nous aussi ces critères-là comme modèle pour notre désir... En résumer: quelle drôle d'idée à l'époque moderne d'aller vers des critères qui correspondent à une réalité morphologique de moins en moins répandue... J'ai bien peur que ça soit là la cause de l'engouement actuel pour la lipossucion et la chirurgie estétique... quel dommage ! organisons la résistance !

RanDom 19/01/2009 17:19


Salut Koulou !

Dis donc, quel long commentaire ! Quand le commentaire fait une ligne, je réponds par 10 lignes, alors là, comment je fais, il va me falloir la soirée et la nuit pour te répondre

Je te rejoins tout à fait, organisons la résistance !!! Dans mon 100e article, j'ai mis à l'honneur une femme centenaire. Elle est belle, Germaine, et pour plusieurs raisons. Or, elle n'est pas
passé par la case chirurgie esthétique. Les apparences prennent parfois trop d'importance. Quand on creuse ce qu'il nous reste à creuser, non seulement on ne trouve pas beaucoup de chair, mais on
ne trouve pas non plus beaucoup d'âme.

Peut-être te rappelles-tu de ma chanson du lundi 12/01 (je veux des frites, bordel), et bien avec cet article, la boucle est bouclée : marre des régimes !!!

Bonne soirée, Koulou. Et merci encore pour ta fée frisée (j'évite les ogresses, car Pignouf a gardé son âme d'enfant).