Pourquoi j'aime Blanka Vlasic

Publié le par RanDom

Plus facile de dire Blanka que Vlachitch... et je ne suis même pas sûr de la prononciation du nom de cette athlète croate. Il faut dire que pour supporter les championnes du saut en hauteur, une certaine maîtrise des langues est nécessaire. Avant Blanka (24 ans, championne du monde à Osaka en 2007), l'égérie des sautoirs était la jolie blonde et suédoise Kajsa Bergvist (championne du monde à Helsinki en 2005).

Les athlètes qui concourent aux sauts féminins fascinent par leurs corps particulièrement élancés. Blanka mesure 1 m 89 pour 65 kilos. La Belge Tia Hellebaut, médaillée d'or aux JO de Beijing 2008, est plus petite (!) 1 m 82 pour 63 kilos.

Blanka Vlasic prépare son saut (concentration, visualisation).
La course d'élan me semble très importante mais les photographes privilégient le résultat, le moment suspendu, le corps enroulé autour de la barre.
Un moment unique...
Je rappelle que l'enjeu est de sauter par-dessus une barre positionnée à 2 mètres voire 2,06 mètres de hauteur (record de Blanka Vlasic au meeting de Madrid (5/07/2008).
* Le record du monde du saut en hauteur féminin (2,09 mètres) est détenu par la Bulgare Stefka Kostadinova (1987).
La beauté de cette épreuve tient, pour les uns, dans la beauté des athlètes.
La beauté de cette épreuve tient, sans aucun doute, dans cette position quasi-christique : certes oui, le corps impressionne, mais plus encore, le masque de l'effort, de souffrance, qui pétrifie le visage. J'imagine ce qui défile devant les yeux de Blanka Vlasic : "les épaules sont passées, ouf, maintenant les omoplates, le dos et surtout les fesses, enfin les jambes, les pieds..." Cela fait combien de centièmes de seconde ? Tout est passé : la barre effleurée est restée sur ses taquets.
La joie, car toutes les émotions retenues depuis le départ se libèrent. Et c'est d'autant plus fort que, sur ces photos, Blanka Vlasic est en passe de remporter le championnat du monde (sur le dossard, Osaka 2007).

Maquillage, piercing, petite couette, les signes de féminité paraissent ici presque incongrus. Il faut dire qu'à côté, sur le tartan, des silhouettes, celles-là bodybuildées, battent les records de vitesse...

Les quelques clichés alignés ici sont sortis de leur contexte. Un concours de saut en hauteur est aussi une partie d'échecs. Les concurrentes ont pour chaque barre trois essais. Mais il vaut mieux réussir du premier coup car, en cas d'égalité, cela peut se jouer à peu de choses. Des stratégies se mettent ainsi en place : on fait l'impasse sur une barre et, plus celle-ci monte, plus la tension augmente et la pression grignote alors les nerfs et la concentration.
Nous, pendant le concours, nous admirons les corps. Elles, dans leurs corps, elles essayent au moins de ne pas se démonter...
Enfin, le concours terminé, une femme fête sa victoire.
Une femme qui danse, qui crie puis embrasse.
Le plus souvent, nous passons à une autre épreuve d'athlétisme.
On zappe.
Cependant, certains s'accrochent à ces athlètes et on les retrouve en train de poser. Les publicitaires surfent sur leurs succès :
Les fans jouent à Jean Gabin et " t'as de beaux yeux tu sais ! "
Je serais bien hypocrite de dire que je reste insensible à tout ça.
Mais tout de même, je préfère les histoires de la sportive croate et mes plus jolies émotions se développent devant son geste athlétique plutôt que devant ses autres charmes. Qu'elle a, je ne le nie pas.

Alors, ci-dessous, voilà pourquoi j'éprouve de l'empathie pour Vlasic.
1) Ses performances... (source : L'Equipe)

Hauteur   2m06   05/07/2008 Meeting de Madrid
Hauteur   2m05   23/08/2008 Jeux Olympiques
Hauteur   2m05   12/06/2008 Meeting d'Ostrava
Hauteur   2m04   06/06/2008 Meeting d'Oslo
Hauteur   2m04   09/09/2008 Meeting de Zagreb
Hauteur   2m03   09/05/2008 Meeting de Doha
Hauteur   2m03   01/06/2008 Meeting de Berlin
Hauteur   2m03   09/03/2008 Championnats du Monde (Salle)
Hauteur   2m02   22/07/2008 Meeting de Stockholm
Hauteur   2m01   18/07/2008 Meeting de Paris
Hauteur   2m01   29/08/2008 Meeting de Zurich
Hauteur   2m01   13/09/2008 Finale du Grand Prix
Hauteur   2m00   11/07/2008 Meeting de Rome
Hauteur   2m00   05/09/2008 Meeting de Bruxelles
Mesurez-vous et rajoutez les quelques centimètres pour atteindre 2m06. Tracez un trait sur le mur, à cette hauteur, et reculez d'une dizaine de mètres. Il ne vous reste plus qu'à vous élancer et, avant de vous prendre le mur, imaginez votre corps s'envoler et...

2) Ses échecs...
Invaincue depuis 2007, dominant une bonne trentaine de concours, elle se présente comme la grande favorite des JO de Beijing 2008. Pourtant, face à la jeune championne, une trentenaire, belge, s'accroche. C'est Tia Hellebaut. Blanka doit sans doute penser que son adversaire va lâcher à un moment ou à un autre. Mais la résistance de la Belge surprend. Pour une barre passée au premier essai, c'est même Tia qui est en tête. Blanka n'a pas l'habitude. Elle s'énerve, ne résiste pas à la pression, et cède peu à peu la médaille qui lui était promise. Elle doit "se contenter" de l'argent.

5 septembre 2008, dernier meeting de la Golden League à Bruxelles, justement sur les terres de Tia Hellebaut. La Croate, vice-championne olympique, peut partager un million de dollars en lingots d'or avec Pamela Jelimo (coureuse de 800 m). cette récompense est attribuée aux athlètes qui remportent tous les meetings de la Golden League. Blanka Vlasic, jusqu'ici, a tout gagné. Mais elle vit un scénario cauchemardesque, proche de celui vécu à Beijing. Elle flanche à 2,02 m comme ses deux adversaires : l'Allemande Ariane Friedrich et Tia Hellebaut. Blanka a pris comme aux JO la 2e place du concours, cette fois derrière Friedrich et devant la championne olympique. Après la médaille d'or, ce sont les lingots d'or qui s'envolent !

Le syndrome du sportif qui ne parvient pas à franchir la dernière marche vers la gloire. 

C'est cette beauté-là, difficilement exprimable, difficilement explicable, incroyablement humaine, que je vénère désormais chez Blanka Vlasic. 
N'est-ce pas justement ces échecs qui la rapproche de nous, de nos maladresses et de notre stress ?
Nous continuerons de lever les yeux pour les plonger dans les siens. Nous continuerons de suivre ses courbes parfaites autour de la barre.
Nous continuerons à décrypter ses gestes uniques.
Nous continuerons à sourire de ses cris de joie.
Et si la fragilité prenait le pas et la rattrapait dans son élan, nous nous imaginerions plus facilement de l'autre côté de la barre.
Nous serions, à la place du tapis, son réconfort.

Jusqu'à ce que - gloire éphémère - une autre athlète nous saute aux yeux...

OUVRIR LA BOÎTE DE PANDORE.
 

Publié dans L'autre sexe

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