Sports au masculin, sports au féminin

Publié le par RanDom

A l'occasion de l'interview de Marjorie par Pignouf87, je remets à jour cet article initialement rédigé le 16 septembre 2008. Lire les propos de Marjorie (championne de courses à pied) recueillis par Pignouf87.

Je suis régulièrement les résultats de mes équipes préférées. Je goûte aux victoires de clubs ou de sportifs auxquels je me suis lié au fil des ans, et ce depuis ma plus tendre enfance.

J'ai plusieurs fois expliqué dans ce blog mon attachement aux Girondins de Bordeaux (football) et à Mont-de-Marsan (rugby). Vous pouvez donc cliquer sur les liens suivants :
- le site des Girondins de Bordeaux
- le Sud à l'Ouest
- C'était l'âge où Dominique Rocheteau jouait
- Les Landes à l'honneur pour mon 40e article

Tourangeau d'adoption, je m'intéresse aussi aux résultats du FC Tours (football), et des équipes de volley et de hockey sur glace... (les derniers résultats)

Depuis que je vis à Limoges, je jette également un oeil sur les performances du CSP (basket)

Vous remarquerez, en découvrant ces lignes et ces liens, que je ne m'occupe ici que d'équipes masculines. Où donc sont les femmes ? Le seul sport collectif qui me fait balancer entre garçons et filles, c'est le handball. Mais cette fois, ce n'est pas pour supporter une ville, mais pour supporter la nation entière, l'équipe de France. Or, au handball, les équipes françaises, aussi bien masculine que féminine, m'ont fait vibrer.
Cliquer ici pour découvrir le palmarès des hommes et celui des femmes.

Conclusion, hormis l'exception (handball) qui confirme la règle, j'accorde plutôt les sports collectifs au masculin. Sans doute est-ce parce que j'appréhende ces disciplines sportives à la manière de l'homme qui cherche sa place sur un territoire (le terrain) parmi un groupe social (l'équipe). Je me compare alors aux autres hommes et, suivant mes capacités physiques, je me situe à l'attaque, en défense, sinon au milieu... Les femmes forment leur propre groupe, comme dans la cour de récré ! Je supporte un Platini, un Zidane, un Gourcuff, comme s'il me représentait sur le terrain. La couleur du maillot, la géographie et l'histoire du club, renforcent cette identification.


Mon rapport aux sports individuels est tout autre. Il se base sur l'échange et non plus sur l'incarnation. Je ne me mets plus à la place du sportif, à vouloir imiter sa performance, au contraire, je l'admire... Le sport n'est plus alors ce moteur d'intégration sociale. Il devient performance artistique, l'effort créant la beauté. Une femme ou un homme d'apparence banale au quotidien se pare d'une certaine beauté dans l'effort, la souffrance, la sueur, la transcendance physique. J'écarte ici le problème du dopage. Le dopage existe depuis les origines du sport. La duperie existe aussi dans la performance artistique. Pourquoi les athlètes grecs huilaient-ils leurs muscles ? Pour les faire ressortir et se faire admirer ? Pour empêcher les prises des lutteurs adverses ? Et la lutte ou compétition sportive, n'est-elle pas un concours physique pour séduire les spectateurs, les supporters ? Art (de séduction), le sport s'appuie sur les muscles : ils sont utiles pour une question de force autant que pour une question de beauté. 

Certaines qualités peuvent rendre beau : la bonté, l'intelligence et la force. Le sportif peut utiliser ces trois traits : la bonté (le fairplay), l'intelligence (la tactique), la force (le muscle). Ces trois traits, je les recherche plus facilement chez une sportive, comme si je recherchais ma partenaire idéale. Sans toujours voir que cette partenaire n'est idéale que dans la discipline dans laquelle elle obtient les meilleures performances (l'athlétisme, la natation, le tennis...)

J'ai déjà expliqué mon admiration pour la sauteuse en hauteur Blanka Vlasic. Le geste et la performance physique de cette jeune Croate, associés à silhouette, entraînent mon attachement pour elle. S'il n'y avait pas ce geste et cette performance physique, je la mélangerais avec d'autres mannequins de papier, je la mépriserais.

Or un certain nombre d'athlètes associent une carrière de mannequin et une carrière de sportive. On pense, par exemple, à Laure Manaudou. Manipulée ou non, la sportive rompt avec la "beauté du sport" pour se contenter de la "beauté du corps". En devenant une affiche de publicité, un emballage, elle se vide de sa substance physique et morale. La Manaudou est montée sur les podiums et on a tout mélangé. On a confondu la beauté de Manaudou au sortir du bassin et montant sur la plus haute marche du podium et la beauté de Manaudou montant sur les podiums publicitaires. La première de ces beautés est sportive, réellement physique, tandis que la beauté de la seconde est anti-sportive, physiquement artificielle. Mon attachement à Laure Manaudou n'est plus lié à ses performances de nageuse. Mon attachement est lié à la pitié que j'éprouve en découvrant cette jeune adulte dont la crise identitaire de l'adolescence fut amplifiée par des sponsors exploitant l'être humain comme de la simple marchandise.

Dans la cité grecque, le champion olympique était honoré et pour le remercier d'avoir porté haut les couleurs, la cité pouvait par exemple le nourrir à vie. Aujourd'hui, le champion qui porte haut les couleurs n'est plus nourri mais devient lui-même homme/femme sandwich à vanter les mérites d'un biscuit ou d'un yaourt. D'où cette blague lue un jour dans L'Equipe : quels seraient les trois voeux d'un athlète français au JO de Pékin ? Le premier voeu : gagner la médaille d'or pour remporter la prime accordée par la Fédération Française - Le deuxième voeu : passer à la télé pour attirer les contrats publicitaires et gagner encore plus d'argent  - Le troisième voeu : obtenir la nationalité belge pour résider à Monaco... Lui dont les larmes coulaient au son de la Marseillaise, sur la première marche du podium ! 

L'argent et la télévision ont certainement transformé notre rapport aux sports et aux sportifs. Le champion olympique de l'Antiquité pouvait s'enrichir grâce à sa performance, mais il gagnait surtout la gloire qui l'immortalisait (avec sa simple couronne de laurier) dans les mémoires. Aujourd'hui, les sportifs défilent, se succèdent, retournent à l'oubli, après qu'on les ait consommés comme de vulgaires produits. On garde bien trace de certains records. Mais ils ne sont plus que prétexte à augmenter l'audimat. Que l'humain soit capable de telle ou telle performance ? Qui s'en soucie, désormais, sinon quelques scientifiques ou médecins ? Ce qui intéresse, c'est de savoir combien le 100 mètres va rapporter de recettes publicitaires... Le concept est romain : nos gladiateurs modernes combattent pour vendre du pain synthétique.

... et les femmes ont aussi leur rôle à jouer : si elles ont un jolie physique (c'est-à-dire télégénique), elles feront des sportives accomplies (accomplissant, au-delà de leurs performances, un spectacle lucratif). Et les spectateurs, troublés, substituent à la beauté du geste la beauté du corps. On comprend pourquoi Laure Manaudou a paru dégoûtée par les entraînements : à quoi bon s'entraîner quand la beauté du corps (décrétée, maquillée, affichée par les publicitaires) suffit à gagner sa vie. A quoi bon la beauté de son geste (l'effort, la sueur, le défi) quand les hommes ne se soucient que de la silhouette...

Bientôt, je rédigerai un article sur le tennis féminin, d'Anna Kournikova à Ana Ivanovic... Mais cet article, sera-t-il publié dans la rubrique "Sports et clocher" ou dans la rubrique "Boîte de Pandore" ?

En attendant, rejoignez vite Marjorie interrogée par Pignouf87. Je ne sais pas si vous trouverez cette fille jolie. Si elle recherche la beauté, elle sait qu'elle peut l'atteindre par l'effort, par la course à pied. Elle sait que n'importe quelle fille, quelle que soit sa silhouette, peut être admirée non pas seulement pour ce qu'elle est mais aussi pour ce qu'elle est capable de faire... Bien sûr, cela demande de l'entraînement, des efforts, de la sueur, des paris, des souffrances, des ennuis...
Mais pour un seul de votre regard,
mais pour un peu de votre respect,
voire de votre admiration,
pour un peu de sa fierté et de la mienne,
cela vaut certainement le coût/coup...

Et si courir vous effraie, d'autres sports peuvent mettre en valeur vos efforts et votre vraie beauté "physique".


Un autre regard, transversal, sur le sport féminin (en l'occurence le football), est décrit dans l'article suivant : un football féminin au-dessus des nuages. Il s'agit moins de vanter les performances sportives de footballeuses que de rapporter les vertus du football dans une société où les descendantes des Incas participent de fait au développement économique du Pérou.

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