Un football féminin au-dessus des nuages

Publié le par RanDom

On est loin de Bordeaux. Loin des conflits actuels entre joueurs professionnels et présidents de club pour le contrôle de la Ligue du Football Professionnel (LFP). On est loin des milliardaires qui achètent des clubs européens pour jouer sur le terrain de la Bourse. On est loin des stars françaises qui squattent nos écrans de publicité pour arrondir leur fin de mois... Cet article pourrait servir de contrepoint au précédent (Sports au masculin / Sports au féminin) s'il n'était pas secondaire. Il est l'antithèse d'un autre article dans lequel je me gaussais d'un faux pas du soulier d'or Cristiano Ronaldo (Vous n'aimeriez plus le foot). Il aurait même pu s'intituler : "Quand des femmes crient Vive le foot !"

Je fais ici le compte-rendu d'un documentaire franco-allemand réalisé en 2006 par Carmen Butta (au nom bien footballistique), diffusé régulièrement sur Arte, dont vous trouverez la notice en cliquant ici.
Son titre : FOOTBALLEUSES DES ANDES

Ces footballeuses sont péruviennes. Elles jouent à 4000 mètres d'altitude (ce qui est déjà une performance) dans un petit village des Andes, Churubamba (ce qui est un nom à faire danser les supportrices et supporters). Un peu de géographie : où se situe Churubamba (cliquez et zoomez à votre guise) ?

Ces paysannes (Juana avec deux douzaines de femmes) ne connaissent pas Beckam ni Zidane. Elles sont au-dessus des polémiques qui nous font refaire le match à la fin de chaque semaine. Elles jouent tout simplement pour le plaisir. Leur tenue de footballeuse n'est sponsorisée par aucune grande marque européenne ni américaine, leurs habits ne sont pas Made in China. Elles jouent en costume traditionnel bariolé, jupe et sandales, chapeau vissé sur la tête.

Chaque fois qu’on marque, on a envie de rire aux éclats pendant dix minutes.”

Le foot, c'est surtout pour elles un moyen d'oublier un instant le dur quotidien des hauts plateaux andins. Le ballon rond est synonyme de plaisir, de passion et d'évasion. Elles s'accordent ainsi une pause entre leurs tâches ménagères, l'éducation de leurs enfants, les travaux des champs et le soin du bétail.

Nous sommes alors en 2006 et, si la réalisation est franco-allemande, ce n'est pas un hasard : en 2006 se déroule la coupe du monde de football en Allemagne. Or, dans le village andin de Juana, il n'y a pas d'électricité et personne n'a entendu parler de cette coupe du monde du ballon rond en Allemagne. Aucune de ces femmes n'a vu le coup de boule de Zidane en finale !

La localité la plus proche est à une heure de marche et les sentiers sont très accidentés. Le foot permet à ces paysannes de voir du pays. Le maire du chef-lieu a eu l'idée d'un championnat de football ("fulbito andino"), un football féminin au-dessus des nuages. Son objectif est de briser l'isolement de Churubamba et des villages quechuas (Pérou / portraits d'indiens quechuas). Il s'agit aussi de "favoriser les échanges culturels et économiques, les femmes étant, comme partout ailleurs, le meilleur vecteur de développement" (Quentin Pinoteau, dans Télérama).

On suit le périple de ces paysannes jusqu'à la ville d'Urcos, la ville riche et métisse de la région. On goûte à la joie de ces femmes qui se donnent sans compter pour marquer le but de la victoire. Les adversaires s'offrent des présents, souvent les meilleurs produits de leur village, dont elles sont fières (je me souviens de belles volailles). Mais passé notre étonnement face à l'exotisme, on découvre les enjeux de la société péruvienne, postcoloniale, où les descendants des Incas occupent les dernières places. L'esprit d'équipe créé par ce sympathique fulbito donne aux joueuses la force d'aller affronter les responsables locaux afin d'exiger le ralliement du village au réseau d'électricité.

Oui, nous sommes très loin de notre grand écran plasma very HD qui nous offre des gros plans sur les chaussures (à bandes ou à virgule) d'attaquants millionnaires simulant dans la surface de réparation une faute du défenseur au maillot griffé d'une marque allemande de voiture.

Oui, j'avais vraiment envie, après avoir vu ce documentaire, de poursuivre ainsi ma réflexion sur le sport accordé au féminin. Et j'invite toutes les femmes qui auront souffert aujourd'hui de paroles ou d'actes sexistes de se réconforter un tout petit peu grâce à ce football au-dessus des nuages que ne regarderont pas leurs hommes, ce soir, à la télévision...

Et j'avais aussi envie de plonger dans cette société qui m'est si étrangère, de l'autre côté de ma Terre ronde, en compagnie de ces femmes dont la force d'âme et de corps m'inspirent du respect et beaucoup d'espoirs en l'avenir.

Alors, pour prolonger ce bon moment avec elles, ne manquez surtout pas, lisez et relisez le "making-off" de ce documentaire. La réalisatrice (Carmen Butta) nous livre là un récit touchant du tournage, éclairant d'un jour heureux l'épopée des footballeuses des Andes.

Cliquer ici pour le récit du tournage !

Publié dans L'autre sexe

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daniel 14/03/2014 14:08


Le Churubamba dont parle le documentaire n'est certainement pas celui indiqué sur google map, bien trop éloigné de la zone de Cuzco dans laquelle se situe l'action. En fait, en lisant le récit de
tournage auquel vous renvoyez, il s'agit certainement d'un hameau, non désigné sur les cartes, de la petite ville de Andahuaylillas : c'est le maire de cette commune que les "futbolistas" vont
voir pour avoir l'électricité dans leur village.


 

Olivo Jérémy 20/01/2009 20:28

Bonjour, je viens de lire votre article sur le reportage de Carmen Butta "Footballeuses des Andesé. Une amie proche revient d'un long séjour au Pérou et s'est passionnée pour cet endroit, ell essaie désespérement de trouver un moyen de visionner le documentaire dont est sujet votre artivcle. Je vous demande ainsi si vous pourriez m'indiquer une adresse ou une information pouvant l'aider dans ses recherches. Merci.Jérémy Olivojeremy.olivo@orange.fr