La popularité de saint Martin dans l'Europe du Moyen Âge

Publié le par RanDom

Le toponyme le plus fréquent dans toute l’Europe de la chrétienté, c’est Saint-Martin. On trouve des lieux qui s’appellent Saint-Martin du sud de l’Italie à la Scandinavie, de l’Angleterre à l’Espagne. En France, plus de 500 communes et près de 4000 paroisses portent son nom. Martin était évêque à Tours à la fin du IVe siècle, il devint après sa mort, en 397, un saint médiéval.

 

Né vers 315 dans la province romaine de Pannonie, il fut d’abord un soldat de l’armée romaine. Envoyé en Gaule, il se convertit au christianisme et fonda le monastère de Ligugé en 360 avant de devenir évêque de Tours en 372. Il partagea son temps entre son trône épiscopal et sa cellule monastique.

 

La légende raconte que Martin aurait partagé son manteau avec un mendiant.

Voici les questions posées dans cet article :

Qui est saint Martin, quelle est sa légende, pourquoi est-il si populaire en France ?

Comment étaient les enseignes des tisserands ?

D’où vient le mot « chapelle » ?

Quand vient l’hiver et quand devait-on payer ses dettes, ses loyers et redevances ?

Pourquoi mangeait-on une oie à la Saint-Martin ?

Pourquoi saint Martin n’aimerait pas vivre dans les Landes ?

Quels sont les animaux protégés par saint Martin, pourquoi un ours lui porte-t-il ses bagages à Rome ?

 

En 507, Clovis fait de lui le patron du roi des Francs, ce qu’il resta jusqu’en 680. En quelques siècles, la piété à l’égard de Saint Martin s’est étendue à toute l’Europe, avant de décroître à partir des VIIIe  et IXe siècles.

 

Je ne suis pas croyant ni pratiquant mais je ne renie pas la culture chrétienne de mon entourage. Or le week-end du 8 au 9 novembre 2008 on célèbrera l'été de la Saint-Martin.

Qui est Saint Martin ?

MARTINUS (latin), d’où Martino (italien), Martin (français, anglais, allemand).

Apôtre des Gaules, évêque de Tours, a vécu entre 316 et 397.

Fête le 11 novembre.

Sources : ses premiers biographes sont Sulpice Sévère (historien chrétien, vivant en Aquitaine entre 360 et 420) et Grégoire de Tours (né à Clermont-Ferrand vers 538, évêque de Tours de 573 à sa mort en 594, célèbre pour son Histoire des Francs, chronique du Moyen Âge mérovingien). Ces deux historiens ont ajouté à la vie de saint Martin de nombreux éléments légendaires.

Voir aussi Jacques de Voragine, La Légende dorée (XIIIe s.) dont j’indique ici le résumé :

Saint Martin, soldat. – Il partage son manteau avec un pauvre. – Son intrépidité. – Il tombe dans les mains d’une troupe de voleurs. – Son zèle contre l’arianisme. – Il va trouver saint Hilaire à Poitiers. – Il ressuscite un mort. – Il est promu à l’épiscopat. – Il force Valentinien à le recevoir. – Autre mort ressuscité – Toutes les créatures lui obéissent. – Son humilité. – Il est honoré de la visite de plusieurs saints et saintes. – Ses vertus – Ses austérités. – Un globe de feu paraît sur sa tête. – Ses bras paraissent couverts de riches bracelets. – Les démons lui obéissent. – Sa maladie. – Sa mort. – Différentes apparitions après sa mort. – Saint Ambroise assiste de Milan à ses funérailles. – Un aveugle et un paralytique guéris malgré eux… [puis saint Brice : se moque de saint Martin. – Il est élu après saint Martin. – Il est chassé de Tours. – Il revient à Tours. – Sa mort…]

 

Pour cet article, je me suis basé sur le guide iconographique, La Bible et les Saints, de G. Duchet-Suchaux et M. Pastoureau, Flammarion, encyclopédie «Tout l’Art », p. 240-241.

 

Je me suis attaché à ce personnage, pour moi plus légendaire que saint, lors de mes études à Tours. La basilique Saint Martin, dans le centre historique de la ville, à proximité de l’Université, me servit longtemps de phare. Je ferais donc entrer ce personnage dans mon panthéon car, s’il est ancré dans la France de l’Ouest, il n’en demeure pas moins européen : son action généreuse est universelle, sa vie le fait traverser le continent de la Hongrie à la Gaule en passant par l’Italie, et il s’inscrit dans le territoire par la toponymie. Comme plusieurs des lieux traversés par saint Martin (notamment Tours, Amiens et Poitiers) font partie de mon identité, je suis forcément sensible à son parcours légendaire...













MARTIN DANS L’ARMÉE ROMAINE

Né en Pannonie (Hongrie actuelle), Martin est enrôlé très jeune dans l’armée romaine pour servir en Italie puis en Gaule. C’est dans ce pays que se situe l’épisode le plus fameux de sa vie, celui de la « Charité ». Un jour d’hiver de l’année 337, se trouvant en garnison à Amiens, Martin rencontre près d’une porte de la ville un mendiant nu et grelottant de froid. Il coupe alors son manteau et en donne une moitié au pauvre qui l’implore. Une tradition tardive précise qu’il ne donne que la moitié de son manteau parce que l’autre moitié, propriété de l’armée romaine, ne lui appartient pas. Pendant la nuit suivante, le Christ revêtu du demi-manteau donné au pauvre apparaît en songe à Martin et le remercie pour ce geste de charité. Martin décide alors de quitter l’armée romaine et de se convertir. Cela prend du temps, l’empereur lui refusant son congé.

 

MARTIN, MOINE, ÉVÊQUE, APÔTRE DES GAULES

Quelques années plus tard, il reçoit le baptême et se met au service du grand saint Hilaire (l’évêque de Poitiers). Ayant fondé le monastère de Ligugé en Poitou, Martin acquiert peu à peu une grande renommée. En 370, il est élu évêque de Tours et remplit cette charge pendant 26 ans (de 54 à 80 ans). Il continue cependant de vivre en moine, au monastère de Marmoutier qu’il fonde sur la rive droite de la Loire et qui devient rapidement un des plus grands monastères d’Occident. Jusqu’à sa mort, en 397, à l’intérieur de son diocèse comme dans toute la France de l’Ouest, Martin fait œuvre de missionnaire dans les campagnes, convertissant les populations, détruisant les temples païens, fondant des églises et des monastères. Cette œuvre lui vaut le nom d’ « apôtre des Gaules ».

 

LE CULTE DE SAINT MARTIN

La légende a jouté beaucoup d’épisodes à cette vie déjà très riche et a contribué à étendre le culte de saint Martin dans toute la Chrétienté. Ce culte avait son centre à Tours, près du tombeau du saint, but d’un des plus importants pèlerinages d’Occident. C’était là qu’était conservée la fameuse chape, la plus précieuse de toutes les reliques de saints en France pendant le haut Moyen Âge. Les rois mérovingiens et carolingiens en firent un emblème dynastique et « national ». L’espace où cette chape était vénérée fut nommée « chapelle », origine du mot actuel.

 

SAINT MARTIN, PATRON DES SOLDATS ET DES CAVALIERS…

… mais aussi des drapeurs, des fourreurs et des tailleurs (dont de nombreuses enseignes reproduisaient l’épisode du partage du manteau). Et des strip-teaseurs ? Avec saint Denis et saint Louis, il était aussi un des patrons de la monarchie française.

 

À LA SAINT-MARTIN, TEMPS FORT DU CALENDRIER RURAL

Les paysans célébraient la venue de l’hiver en faisant ripailles. Parfois, on tuait le cochon. On allumait alors de grands feux et on payait les dettes, les loyers et les redevances (en volailles). Il était d’usage de manger une oie ce jour-là. C’est pourquoi l’oie est un attribut de Martin (des textes racontent aussi que Martin s’étant caché au moment où l’on venait lui annoncer  son élection au siège épiscopal de Tours, une oie aurait caqueté devant sa cachette).

 

LES REPRÉSENTATIONS DE SAINT MARTIN

L’iconographie de saint Martin est prolifique, à l’image de son culte. Il est représenté tantôt en soldat romain, tantôt en évêque.

 

Dans la scène de la Charité – peut-être la plus représentée de toute l’historiographie médiévale – il est vêtu en soldat, doté d’un ample manteau et généralement monté sur un grand cheval (en Allemagne, toutefois, il est à pied). Le mendiant, presque nu, se tenant à la porte de la ville d’Amiens, est parfois assimilé au Christ (il est donc nimbé).  





 



Dans les scènes de son épiscopat et dans celles, nombreuses, où il déjoue les embûches du diable, Martin est en prélat, avec mitre et crosse. Dans la scène de la « seconde Charité » (aussi appelée « messe de saint Martin »), il célèbre l’office vêtu d’une pauvre tunique parce qu’il vient de donner sa tenue de pasteur à un pauvre, rencontré en chemin ; deux anges précédés par un globe de feu descendent alors du ciel pour le vêtir plus dignement.

 

LES MIRACLES DE SAINT MARTIN

Le plus souvent représenté est celui du pin abattu : luttant contre le culte païen des arbres, Martin demande à des paysans d’abattre un pin qui est trop vénéré. Ceux-ci acceptent à condition que le saint s’y laisse attacher du côté où il devait tomber. Martin s’exécute, mais, d’un signe de croix, il réussit au dernier moment à détourner la chute de l’arbre de l’autre côté.

Martin est aussi représenté protégeant les animaux (notamment les ânes et les chevaux). La Légende dorée raconte qu’ayant entrepris un voyage à Rome, Martin voit son âne dévoré par un ours pendant la traversée des Alpes ; furieux, Martin fait de l’ours une bête de somme et lui ordonne de porter ses bagages jusqu’à Rome.


SAINT MARTIN SUR LE NET

Saint Google comptabilise 17 millions de pages pour saint Martin qui se trouve derrière saint Pierre (82 millions), saint Matthieu (30 millions), saint Louis (28,5 millions) et saint Jean (22 millions) mais devant saint Denis (15 millions), saint Michel (11 millions), saint Jacques (5 millions), les saints Marc et Luc  (2 millions chacun)…

 

Accéder au site www.saintmartindetours.eu

Voir un exemple de site européen (slovène) sur saint Martin (quelques articles sont traduits en français)

Maintenant, si vous vouliez des informations sur Martine et ses nombreuses aventures, je ne puis guère vous être d'une grande utilité. Peut-être en cliquant ici...

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lorange violette 26/12/2008 08:16

Je m'étais posé la question au sujet de la moitié du manteau, en me disant qu'il aurait bien pu lui donner tout le manteau, au mendiant et s'en racheter un autre. Je suis éclairée en apprenant qu'une moitié appartenait à l'armée romaine. Ceci-dit, la mode était différente, du temps des Romains et on ne lésinait pas sur la largeur des lés. Imagine aujourd'hui qu'on refile la moitié de son manteau à un sans abri, il risuerait de te le jeter à la figure...Je suis étonnée de voir que les apôtres aient moins de succès que St Louis, et St Martin auprès de St Google... Je ne crois pas aux miracles mais j'avais une tendresse particulière pour Jacques, paraît-il, demi-frère de Jésur (Ben oui, n'oublions pas que Marie a été mariée et n'était vierge que pour accomplir le dessein divin. Une fois que Jésus était né, elle a bien dû vivre sa vie de femme, non? T'es-tu intéressé à cette partie (sombre) de l'Histoire, random? Tes liens sont une véritable mine de savoir et j'ai honte de me présenter ici avec mes lacunes. Je repars en en laissant quelques-unes...

Marj 25/10/2008 12:42

Il est vrai qu'on passe souvent au pied de la basilique en allant au Bureau et je me fais des films sur ce qui peut s'y passer à l'intérieur dans le noir!
Je me souviens avoir été impressionnée lorsqu'un prof nous avez montré le tombeau.

RanDom 25/10/2008 13:19



Pignouf ne voit franchement pas de quel prof tu parles, Marj !
Bon week-end à toi ! Et ne t'inquiète pas, je serais toujours là pour vouloir te déclencher un fou rire quand on est dans la basilique, par des bruits ou des démarches ridicules ?
Bisous.



cat 24/10/2008 21:12

alors il faudrait revenir à orléans, revoir la cathédrale, et boire autre chose que le vinaigre ;)

je rentre dans les églises pour voir les architectures, les détails, et aussi pour l'atmosphère. c'est comme avec les cimetières, j'y vais et j'en ressors avec des choses en moins ... et des choses en plus ;)

bisous

RanDom 24/10/2008 21:51



J'ai bien des photos d'Orléans, mais d'une époque où je ne connaissais pas le numérique ! Les seuls cimetières que j'ai pu visiter sans frémir, même avec sérénité,
ce sont les cimetières parisiens (Père Lachaise, Montmartre). Dans la capitale agitée, ces lieux sont des havres de paix, au sens propre comme au sens figuré.

J'aime aussi l'athmosphère des églises. En Picardie, j'ai profité des cathédrales gothiques. Et ici, ce sont les petites églises romanes. J'aime bien ce que tu dis : j'en ressors avec des choses
en moins et des choses en plus. Je ne saurais dire autrement.



cat 24/10/2008 20:35

je suis pourtant allée à Amiens plusieurs fois et je n'ai pas souvenir d'avoir entendu parler de Saint Martin. chose réparée grâce à toi !!!!

un autre point commun, je ne suis pas croyante et donc non pratiquante ... mais je respecte ma culture chrétienne, et je porte l'étoile de David ...

on peut s'intéresser sans pour autant se fondre dans la masse !!!

bisous

RanDom 24/10/2008 21:09



La religion est une de mes questions d'histoire préférées, et la Méditerranée est une région du monde riche de ce point de vue. Polythéistes, Juifs, Chrétiens et
Musulmans y cohabitent. Il y a aussi les non croyants qui philosophent. Les Grecs avaient la mythologie, la religion, la philosophie. Rien de mieux pour stimuler l'esprit.

Certains saints m'introduisent dans certaines églises. J'avais déjà fait un article sur saint Damien. Cela fait parfois de belles histoires, de belles légendes... Nous avons des Saints comme les
Grecs avaient leurs dieux patrons. Athéna patronne d'Athènes et saint Marc patron de Venise. Il faudra que je fasse un article sur ça... Et sur une sainte comme Jeanne d'Arc ! Entre Amiens et
Limoges, bien la bonne nuit à Orléans !



marj 23/10/2008 20:54

Et comment s'appelle les collectionneurs de saint-Martin, photos prises dans des coins de la France?
Bon OK question (peut-être) idiote donc je passe!
Par contre, je m'y connais en Martine pour l'avoir lu et surtout après les cours de mon cher professeur de littérature de jeunesse. Il nous avait fait remarquer que l'on voyait souvent la petite culotte de la fillette et donc avait conclu.... Bon oui! Pignouf37, tu vas dire que je n'ai retenu que ça de mes années FAC...

RanDom 23/10/2008 21:13



C'était peut-être ton prof que j'ai entendu l'autre jour à la radio, car il y en avait un qui se scandalisait : 1°) Sur les couvertures détournées de Martine, avec
connotation sexuelle et 2°) sur les petites culottes de la petite fille modèle...

Salut, Marj... Bon, je ne t'ai rien appris dans mon blog parce que tu dois l'emprunter souvent, le chemin de pèlerinage, pour aller au bureau... euh, au Bureau ! Grobisous.

"Elle n'a retenu que ça de ses années FAC ? me demande Pignouf87 un peu inquiet...
- Non, il y avait aussi le prof amoureux d'une jeune fille en pull bleu ! ça aussi, elle s'en souvient !"