Femmes à vendre : pas de conclusion, des résolutions

Publié le par RanDom

Je termine mon compte-rendu du Courrier International, n° 917, 29 mai - 4 juin 2008, dossier : "Femmes à vendre", p. 38-43.

Article du jeudi 9 octobre 2008 : "Quand l'esclavagisme a de l'avenir".
Article du lundi 13 octobre 2008 : "Un trafic international".
Aujourd'hui : Les instruments juridiques pour lutter contre ce trafic à l'échelle mondiale.

En 1949, la Convention des Nations unies pour la répression et l’abolition de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui a établi un lien entre le trafic et la prostitution. Depuis, un nombre considérable de conventions et d’accords internationaux ont été signés pour lutter, directement ou indirectement, contre le trafic de femmes et d’enfants, ainsi que contre le mariage et le travail forcés.

F En 2000, la quasi-totalité des pays a signé la Convention de l’ONU contre la criminalité transnationale organisée, dont l’un des deux protocoles, celui de Palerme, donne la première définition complète du trafic d’êtres humains. Les pays signataires sont tenus :

·                    d’adopter de nouvelles lois, de criminaliser le trafic,

·                    d’enquêter sur les trafiquants et les poursuivre en justice,

·                    de protéger l’identité des victimes du trafic.

N Mais le protocole ne prévoit pas grand-chose en ce qui concerne la protection des prostituées, car il ne requiert pas des signataires qu’ils apportent une aide ou une protection aux victimes du trafic. Il est devenu la cible des critiques des organisations féministes.

F Aux États-Unis, organisations féministes et chrétiens évangéliques ont uni leurs forces pour revendiquer comme modèle la lutte contre la traite des esclaves et les souffrances infligées aux femmes par les hommes (principalement par le biais de la sexualité). Comme le gouvernement Bush leur prête une oreille attentive, ces deux mouvements ont activement soutenu l’opération « Innocence perdue » du FBI (qui vise à protéger les mineurs). En 2002, Bush a créé au sein du département d’État une nouvelle entité chargée de « surveiller et combattre le trafic d’êtres humains » dans le monde entier (cet organisme classe les pays selon leur propension à combattre le trafic et menace de sanctions ceux qui ne se montrent pas coopératifs). En 2007, parmi les seize principaux contrevenants, l’Algérie, Bahreïn, le Koweït, Oman et Qatar (voir le 2e article, dans les pétromonarchies du Golfe) mais la diplomatie américaine peut-elle sanctionner les pays les plus utiles aux États-Unis ?


Entrée en vigueur le 1er février 2008, la Convention européenne sur la lutte contre la traite des êtres humains s’applique à toutes les formes de traites, nationale ou transnationale, liée ou non au crime organisé – c’est-à-dire à l’exploitation sexuelle, au travail forcé, à l’esclavage et au prélèvement d’organes. Les États signataires s’engagent à ériger en infraction pénale tout acte relevant de la traite des êtres humains. La Convention stipule que les victimes doivent être reconnues en tant que telles afin de ne pas être assimilées à des immigrants clandestins ou à des criminels, et doivent disposer au minimum de 30 jours pour décider d’une éventuelle coopération avec les autorités.

L’initiative du Conseil de l’Europe a été accueillie avec enthousiasme par les milieux associatifs, car c’est non seulement un instrument de lutte contre le crime organisé, mais aussi l’unique instrument juridiquement contraignant qui comporte des dispositions visant à fournir une protection aux femmes et enfants victimes de ce trafic. Il peut offrir un permis de séjour en échange de leur témoignage contre les trafiquants (ce que la plupart des pays, à l’exception de la Belgique, des Pays-Bas et de l’Italie, avaient négligé de faire jusqu’ici).

À Londres, la Fondation Helen Bamber, qui vient en aide aux personnes victimes de tortures, accueille ces temps-ci un nombre croissant de femmes comme Nita, détruites psychiquement et physiquement par les sévices, la peur et l’incertitude.

L’un des thérapeutes de la fondation, Michael Korzinski, explique : « Aux yeux de la loi, le trafic d’êtres humains est purement affaire de criminalité et de complicité. On ne prend absolument pas en compte la violence inouïe qu’il implique. Pour nous, le trafic est une autre forme de torture. C’est une torture aussi élaborée que la torture d’État, à ceci près qu’elle n’a pas lieu dans un pays brutal et répressif, mais dans des appartements de Turin ou dans une banlieue résidentielle du Vermont. »


Les nombreux accords internationaux conclus jusqu’ici se sont avérés extrêmement faciles à élaborer et à ratifier, mais, tant que l’on ne remontera pas à la source du trafic – jusqu’à ces jeunes femmes naïves contraintes par la pauvreté et dupées par des inconnus –, ils resteront lettre morte.

La conséquence en est que, quand des femmes parviennent à échapper aux trafiquants, elles sont presque aussitôt expulsées. De retour dans leur pays, elles sont confrontées pour la plupart au rejet de leur famille, à la discrimination, à l’hostilité et retournent dans un état de pauvreté à laquelle, contraintes ou consentantes, elles avaient espéré échapper.

Pensez-y : le 2 décembre est la journée internationale pour l'abolition de l'esclavage.
Pour améliorer votre information, vous pouvez cliquer ici.

Publié dans L'autre sexe

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cat 24/10/2008 21:50

au moment où je coupe, je reçois le mail, m'indiquant ta réponse.

j'ai vu la maison tellier, j'ai vu aussi belle de jour, as tu vu Petite de louis malle ?

demain, je fais paraitre un article sur le musée de l'érotisme, avec un lien vers ton article, vers belle de jour et vers petite, puisque j'évoque les maisons closes, un étage leur étant consacré ;)

je n'ai pas vu le film dont tu parles, mais ce marché du sexe est sordide, et je pense que si un homme se trouvait obligé de faire ce qu'il oblige les femmes à faire ... sans doute verrait il les choses différentes

tiens, de te dire cela me renvoie à Lust Caution, lorsque l'héroine vient rendre compte de ses activités auprès de l'homme qui doit être abattu. Celui-ci la prend sauvagement, ne sait jouir que lorsqu'elle crie de douleurs sous ses assaults. cette scène est bouleversante, les deux résistants ne veulent pas l'entendre, parce qu'ils ne veulent pas entendre qu'ils protistuent la jeune femme pour la cause.

quelqu'un m'avait laissé un com sur cet article qui disait à peu près, ce sont deux personnes qui baisent et qui aiment ça ... je me demande comment l'on peut dire ça après cette scène ...

je crains que la femme comme objet sexuel de l'homme soit une idée qui a encore la dent dure ... seulement la femme doit être la seule à décider de comment disposer de son corps ;) comme elle l'entend.

bonne soirée

RanDom 24/10/2008 22:39



Je devais voir Petite de Louis Malle mais j’ai manqué l’occasion. Je note
sur mes tablettes pour la prochaine fois. Ce que tu dis est vrai, et même évident pour moi : la femme devrait être la seule à décider de ce qu’elle peut faire de son corps. Aucun partenaire,
aucun homme, aucune institution, même, ne devrait la forcer. Mais les hommes ont pris tellement de pouvoirs dans nos sociétés et savent si bien en abuser, avec les justifications d’usage… Le sexe
faible, mon Dieu !


 


J’ai commencé une rubrique dédiée à Pandore, la créature des dieux grecs qui réussit à me séduire, moi en tant qu’homme. Il faut que j’enrichisse cette partie de mon
blog par de nouveaux articles. Je crois que je vais m’atteler maintenant au compte-rendu des études de Jean-Pierre Vernant sur les mythes de Pandore et d’Eve. Et puis je veux montrer ma
vision des femmes, des personnes différentes mais égales aux hommes. Des personnes complémentaires, des « moitiés » qui rendent ma moitié intègre et unique. Chez les femmes, je vois
d’abord les caractères, quels que soient les corps ; c’est pourquoi je ne supporte pas la violence faite aux corps par les violeurs ou les proxénètes : les corps subissent, les
caractères souffrent. La première chose que je regarde, c’est ce qu’il y a derrière un regard. Les proxénètes ou les clients de prostitués ne voient que des corps ou des illusions, alors que moi,
je vois ces femmes me regarder droit dans les yeux. Et ça me fait mal. J’ai acheté un petit guide sur le respect entre garçons et filles, édité par Ni
Pute Ni Soumise.


 


Ces commentaires sont trop courts pour débattre des relations hommes-femmes. Pignouf et moi attendons désormais ton article sur le musée de l’érotisme. Avec
impatience parce que l’érotisme est un sujet qui revient régulièrement entre mon coblogataire et moi. J’aime les caractères qui envoûtent mon corps et lui préfèrent les détails physiques qui
envoûtent son esprit. Bonne nuit, Cat ! Bisous.



cat 24/10/2008 20:40

c'est malheureusement vrai. qui a le droit de les juger, ces femmes qui un jour, ou toute leur vie ont du se prostituer. les gens croient ils réellement qu'il s'agit là d'un choix, de gagner de l'argent facilement.

mais est ce vraiment facile de donner son corps à n'importe qui, à dépasser les peurs que peuvent engendrer l'inconnu, les maladies, le manque de rendement ...

merci pour ta série d'article sur le sujet !!!
et j'espère sincèrement qu'un jour, et le plutôt possible, seules les femmes ou les hommes le décidant réellement se prostitueront ...

RanDom 24/10/2008 21:44



Ton commentaire me fait penser, bien sûr, à certaines nouvelles de Maupassant et surtout à La Maison Tellier : des prostituées quittent la
maison close où elles vendent leurs charmes pour suivre leur matronne à une première communion. L'adaptation de Max Ophuls (Le Plaisir, 1952) est un beau film. Nouvelle et film
parviennent à nous montrer l'humanité de ces femmes, sans les juger, qu'elles soient dans la maison close ou dans l'église.

Mais depuis que j'ai vu Sex Traffic, ma vision de la prostitution est bouleversée (et si éloignée de la prostitution bourgeoise comme dans Belle de Jour, avec
Deneuve). Dans ce film, la femme de ménage de Catherine Deneuve spécule sur la dureté du métier de putain, et Deneuve lui répond : "Qu'est-ce que tu en sais ?" On est dans le fantasme.

Dans Sex Traffic, on parle de réalité. Il y a peut-être, dans le coin d'une rue, une prostituée qui consent à cette activité, qui dépucèle un petit jeune. Mais à
force de parler de ces prostituées, on n'en oublierait les organisateurs de cet ignoble commerce à grande échelle et les clients complices qui utilisent des corps humains et la
souffrance de femmes (parfois si proches de nous) pour s'enrichir. Cela m'avait donné envie de vomir, vraiment. J'étais écoeuré. Il me fallait faire ce compte-rendu pour ne pas rester
dans le fantasme de l'idyllique maison close.