La violence nazie dans notre généalogie européenne

Publié le par RanDom

C’est un petit livre prêté par une collègue, professeure d’histoire-géographie, née peu après la Seconde Guerre mondiale. Lorsqu’elle m’en parla, je ne pus rester indifférent, le nazisme est un thème de l’histoire qui « fascine ». Nous avons tous, nous fabriquons tous, des images. Nous avons tous à faire, d’une manière ou d’une autre, un travail de mémoire. Alors, que pouvait m’apporter ce livre supplémentaire sur le sujet ?


 

L’auteur, Enzo Traverso, enseigne les sciences politiques à l’université de Picardie Jules Verne. Il avait déjà écrit :

& L’Histoire déchirée. Essai sur Auscwitz et les intellectuels, Paris, Cerf, 1997 ;

& Le totalitarisme. Le XXe siècle en débat, Paris, Seuil, 2001.

 



Son essai, La violence nazie. Une généalogie européenne, paru en 2002 chez La Fabrique-éditions, peut être à la fois lu comme une synthèse précise et bien documentée sur l’arbre européen de ses racines impérialistes et coloniales jusqu’à ses branches nazies mais aussi lu comme une introduction au génocide juif dont le fait le plus marquant, aujourd’hui lourdement symbolique, est Auschwitz.

 

Enzo Traverso fait donc un travail difficile quand d’autres intellectuels préfèrent nous vanter les mérites d’une Europe éternelle et progressiste d’où proviendraient la paix et la survie du monde et le bonheur des hommes. Enzo Traverso nous rappelle qu’en Europe, tout pourtant fut possible : la démocratie comme le totalitarisme, jusqu’au nazisme. Et c’est pour cela que j’ai demandé à ma collègue de me prêter ce livre : puisque tout fut possible, la collaboration comme la résistance, dans le pays même qui se targue de garantir les Droits de l’Homme, alors est-ce que tout n’est pas possible encore aujourd’hui ? Cette violence nazie n’est-elle pas toujours d’actualité ? Comment identifier, dans nos « gènes » européens, dans l’histoire sur laquelle nous fondons notre identité, les origines de cette violence ?

Lire les premières pages de cet essai.

INTRODUCTION, pages 8-28 :

De quelle violence parle-t-on ici ? Entre l’été 1941 et la fin 1944, en trois ans et demi, le nazisme effaçait une communauté inscrite dans l’histoire de l’Europe depuis deux millénaires, jusqu’à son éradication pratiquement complète là où, comme en Pologne, son existence constituait un élément social, économique et culturel de première importance pour la vie du pays.

 

Enzo Traverso fait bien la distinction entre cette violence nazie (le judéocide) et l’éruption de violence brute qui trouble notre XXe siècle :

-          exécutions en masse des Arméniens dans l’empire ottoman,

-          épurations ethniques de l’ex-Yougoslavie,

-          exécutions à la machette au Rwanda.

Le judéocide est une autre forme de violence, une tuerie perpétrée « sans haine », grâce à un système planifié de production industrielle de la mort, un engrenage créé par une minorité d’architectes du crime, mis en œuvre par une masse d’exécuteurs tantôt zélés, tantôt inconscients, dans l’indifférence silencieuse de la grande majorité de la population allemande, avec la complicité de l’Europe et la passivité du monde.

 

Enzo Traverso introduit son essai par l’écart qui existe entre la reconnaissance du génocide des juifs d’Europe (en tant que fait historique) et la compréhension défaillante de ce tournant du siècle, le vide de son intelligibilité rationnelle, le « trou noir » (Primo Levi).

 

Tous les faits historiques sont singuliers, mais la singularité de la Shoah présente aussi, selon Jürgen Habernas (qui participe alors à la « querelle des historiens » en Allemagne), une dimension anthropologique nouvelle dans laquelle il a vu « la signature de toute une époque ». Par sa singularité, Auschwitz a introduit le mot génocide dans notre vocabulaire, mais l’emphase portée aujourd’hui sur son caractère d’événement « sans précédent » et « absolument unique » risque de s’ériger en obstacle contre les tentatives de l’appréhender dans le cadre de l’histoire européenne. L’auteur s’étonne plus loin que l’installation d’Auschwitz au coeur de la mémoire occidentale coïncide avec un refoulement, aussi inquiétant que dangereux, des racines européennes du national-socialisme.

 

Pour saisir les origines du judéocide, Enzo Traverso propose de briser les barrières qui, trop souvent, enferment son interprétation : par exemple, quand on se limite à l’histoire de l’antisémitisme, il faudrait tenir compte d’un contexte plus large. Il fait référence à une phrase de Roger Chartier : « C’est la Révolution française qui a inventé les Lumières » en composant la remarque suivante : « C’est Auschwitz qui a inventé l’antisémitisme ». La place de l’antisémitisme dans l’histoire du XIXe siècle, si elle était réelle, était de plus en plus érodée et acculée à la défensive. Quant à l’antisémitisme moderne, basé sur la haine raciale au nom de la science, il ne retint que très faiblement l’attention des contemporains et passa, au fond, inaperçu. Alors ?

 

L’étude d’Enzo Traverso vise à explorer les conditions matérielles et les cadres mentaux du judéocide ; elle remonte avant 1914 et dépasse les frontières allemandes. L’auteur propose une méthode, conscient des dangers menaçant sa démarche : d’une part, la dissolution du crime dans un long processus historique qui effacerait ses caractéristiques particulières ; d’autre part, l’interprétation trop « shoah-centrique » de cette histoire.

 

Enzo Traverso rappelle et critique les trois principales interprétations qui visent selon lui à expulser, de la trajectoire du monde occidental, les crimes du nazisme (comme s’il s’agissait juste d’une « maladie morale et intellectuelle » de l’Europe, selon Benedetto Croce) :

 

1.       Ernst Nolte : le nazisme comme anti-bolchevisme (une guerre civile européenne provoquée par la révolution russe de 1917, et le génocide juif serait la copie inversée de l’extermination d’une classe  mondiale par les bolcheviks).

2.       François Furet : le nazisme comme réaction anti-libérale symétrique du communisme (fruits de la démocratie, nazisme et bolchevisme sont vaincus par leur ennemi commun, le libéralisme). Le totalitarisme serait une sorte d’anti-Occident, comme l’affirmait déjà, en 1939, le politologue Carlton J. Hayes : « Le totalitarisme dictatorial d’aujourd’hui est une réaction - plus que cela, une révolte – contre l’ensemble de la civilisation historique occidentale. C’est une révolte contre la modération et la proportion de la Grèce classique, contre l’ordre et le légalisme de l’ancienne Rome, contre la droiture et la justice des prophètes juifs, contre la charité, la miséricorde et la paix du Christ, (…) contre les Lumières, la raison et l’humanitarisme du XVIIIe siècle, contre la démocratie libérale du XIXe siècle»

3.       Daniel J. Goldhagen : le nazisme comme pathologie allemande (liée à l’antisémitisme des Allemands, une maladie in vitro dont les premiers symptômes seraient apparus avec Luther). Le génocide juif est donc conçu comme « un projet national allemand » dont Hitler ne fut, au final, que le principal exécuteur. Cette interprétation est la plus critiquée, et ce dès le début de son essai, par Enzo Traverso, qui montre que les juifs étaient parvenus à se tailler une place, certes précaire et mal définie, mais réelle, au sein de la société allemande. D’ailleurs, l’Allemagne ne fut pas le seul pays à connaître un antisémitisme puisque l’on connaît, en France, l’affaire Dreyfus. Et que dire de l’Autriche ? Selon Goldhagen, les Allemands furent rééduqués par l’occupation alliée ! Cela rappelle Jürgen Habermas expliquant que l’Allemagne n’aurait intégré l’Occident « qu’après – et à travers – Auschwitz ».

 

L’étude d’Enzo Traverso prend donc ces trois thèses à contre-pied, en partant du postulat que l’Occident n’est pas le guérisseur de l’Allemagne, que l’Occident ne se résume pas à la Déclaration des Droits de l’Homme mais qu’il présente d’autres visages, véhicule d’autres conceptions des relations humaines, de l’espace, d’autres usage de la rationalité et d’autres applications de la technique… Tout ça pouvant conduire à la violence nazie.

L’auteur porte une attention plus large à l’ancrage profond du nazisme, de sa violence et de ses génocides, dans l’histoire de l’Occident, dans l’Europe :

-          du capitalisme industriel (modernisation et sérialisation des dispositifs techniques, tant productives qu’administratives : usine, bureaucratie, prison) ;

-          du colonialisme et de l’impérialisme, de la « nationalisation des masses » et du nationalisme conquérant, agressif, inégalitaire, anti-démocratique (pour Enzo Traverso, le nazisme réalisa la rencontre et la fusion entre deux figures paradigmatiques : le juif, l’ « autre » du monde occidental, et le « sous-homme », l’ « autre » du monde colonisé) ;

-          de l’essor des sciences et des techniques modernes (scientisme, eugénisme, darwinisme social, « racisme de classe » qui retranscrit en termes de race les conflits sociaux du monde industriel et assimile les classes laborieuses aux « sauvages » du monde colonial) ;

-          de la Première Guerre mondiale (une rupture).

J'indique à présent le plan de l'ouvrage. Au cours d'articles à venir, je développerai les différents concepts exposés par Enzo Traverso.

LE PLAN

I.                   Surveiller, punir et tuer (p. 29)

a)      La guillotine et la mort sérialisée

b)      La prison et la discipline des corps

c)       Le système concentrationnaire nazi

d)      L’usine et la division du travail

e)      L’administration bureaucratique

II.                Conquérir (p. 56)

a)      L’impérialisme

b)      L’ « extinction des races »

c)       Les guerres et les crimes coloniaux

d)      Le nazisme et l’ « espace vital »

III.             Détruire : la guerre totale (p.87)

a)      L’armée fordiste

b)      La mort anonyme de masse

c)       Soldats, civils et « camps de concentration »

d)      Les impasses du récit

e)      Vies sans valeur

f)       Un laboratoire du fascisme

IV.              Classer et réprimer (p. 113)

a)      « Judéo-bolchevisme »

b)      Racisme de classe

c)       La synthèse nazie

d)      L’ « hygiène de la race »

V.                 Exterminer : l’antisémitisme nazi (p. 142)

a)      Le juif comme abstraction

b)      La violence regénératrice

 

CONCLUSION, pages 162-167 :

Au terme de son essai, en reprenant son enquête à travers les derniers siècles européens, Enzo Traverso détermine :

-          les victimes (parmi lesquelles il cite « d’abord les Juifs, puis les Tziganes, les Slaves et les antifascistes ») ;

-          l’assassin (l’Allemagne nazie) ;

-          les complices (l’Europe) ;

-          les mobiles (le racisme, l’eugénisme, l’anticommunisme) ;

-          les armes du délit (la guerre, la conquête, l’extermination industrielle).

 

Bien que réinterprétés de façon originale par le nazisme, ces mobiles et ces armes appartiennent au contexte civilisationnel occidental, dans son acceptation la plus large. L’idée que la civilisation implique la conquête et l’extermination des « races inférieures » ou « nuisibles », la conception instrumentale de la technique comme moyen d’élimination organisée de l’ennemi n’ont pas été inventées par le nazisme : elles constituaient un « habitus mental » de l’Europe depuis le XIXe siècle et l’avènement de la société industrielle.

 

« La généalogie tracée dans cette étude souligne l’appartenance de la violence et des crimes du nazisme au fonds commun de la culture occidentale. Elle ne fait pas d’Auschwitz le dévoilement de l’essence profonde de l’Occident ; elle en fait cependant un de ses produits possibles et, en ce sens, un de ses fils légitimes. La singularité du nazisme ne réside donc pas dans son opposition à l’Occident mais dans sa capacité à trouver une synthèse entre ses différentes formes de violence. La Seconde Guerre mondiale fut le moment de coagulation de tous les éléments repérés dans cette recherche généalogique. Elle fut conçue comme un affrontement entre idéologies, civilisations, « races » (…). Obsessions eugénistes, pulsions racistes, visées géopolitiques et croisade idéologique convergeaient dans une seule vague destructrice. Les juifs, considérés comme incarnation de la Zivilisation, groupe dirigeant de l’URSS, inspirateurs du communisme, bacille destructeur de la race aryenne, cerveau du mouvement communiste international, se trouvaient placés au coeur d’une guerre titanesque de conquête et d’anéantissement, devenant ainsi le catalyseur de la violence nazie. La guillotine, l’abattoir, l’usine fordiste, l’administration rationnelle tout comme le racisme, l’eugénisme, les massacres coloniaux et ceux de la Première Guerre mondiale avaient auparavant façonné l’univers social et le paysage mental dans lesquels a été conçue et mise en œuvre la « Solution finale ». (Enzo Traverso, p. 163-164).

 

La singularité du judéocide apparaît moins celle d’un événement sans précédent, sans exemple comparable, que celle d’une synthèse unique d’un vaste ensemble de modes de domination et d’extermination déjà expérimentés séparément au cours de l’histoire occidentale moderne. En l’absence d’un plan central, le national-socialisme disposaient de nombreux modèles qu’il ne manqua pas de suivre :

-          modèles idéologiques (racisme, eugénisme) ;

-          modèles politiques (le fascisme italien) ;

-          modèles historiques (l’impérialisme et le colonialisme) ;

-          modèles techniques et sociaux (rationalisation des formes de domination, guerre totale, extermination sérialisée).

Cette synthèse unique de tous ces modèles est terriblement nouvelle, au point d’être inimaginable et souvent incompréhensible pour ses contemporains.

 

Enzo Traverso ne prétend pas que la violence du nazisme était inéluctable, découlant irrémédiablement de notre civilisation européenne. Il ne prétend pas que l’entreprise capitaliste et son administration rationnelle fassent de tout fonctionnaire un Eichmann. " Si la « Solution finale » exploitait les résultats de la recherche scientifique (notamment la chimie) et se prévalait de l’apport de nombreux médecins, anthropologues et eugénistes, cela révèle les potentialités destructrices de la science mais ne réduit pas pour autant la médecine à une science de la mort. Si les massacres coloniaux ont introduit des pratiques exterminatrices qui trouveront leur application et leur dépassement dans le nazisme, cela n’établit pas pour autant un rapport de cause à effet. "(Enzo Traverso, p. 166). Mais le constat de l’auteur n’est pas très rassurant. Car il ajoute : « Rien n’exclut en effet que d’autres synthèses, autant sinon plus destructrices, puissent encore se cristalliser dans l’avenir. » Et de citer la bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki, s’inscrivant, à l’instar des camps nazis, dans un « processus de civilisation » au sein duquel ils ne constituent pas une contre-tendance ou une aberration mais l’expression d’une de ses potentialités, d’un de ses visages, d’une de ses dérives possibles.

 

Enfin, Enzo Traverso achève son essai en rappelant que les architectes des camps nazis étaient bien conscients de construire des usines de la mort et Hitler ne cachait pas que la conquête d’un « espace vital » poursuivait les guerres coloniales du XIXe siècle (ce qui, à ses yeux, la légitimait). Entre les massacres de l’impérialisme conquérant et la « Solution finale », il y a une « continuité historique qui fait de l’Europe libérale un laboratoire des violences du XXe siècle et d’Auschwitz un produit authentique de la civilisation occidentale ».

 

C’est la dernière phrase, très forte, d’Enzo Traverso. Le travail de mémoire se poursuit avec cet essai qui nous enrichit par sa lucidité. Le travail de l’historien n’est pas de juger mais de reprendre le dossier, de reconsidérer les documents du passé, avec les nouveaux questionnements d’Enzo Traverso. Quant au travail du citoyen, il est d’envisager le présent et l’avenir avec une extrême vigilance : face aux défis actuels, quelle violence peut naître de notre propre culture ? Sur quelle violence peut déboucher le problème de l'eau et de la nourriture dans le monde, l’épuisement des ressources naturelles ? D’un côté, la réponse traditionnelle de la science avec, par exemple, les OGM et son exploitation libérale. De l’autre côté des conflits avec déplacements de population, nationalismes et recherches géopolitiques de la domination énergétique. La violence n’est pas inéluctable. Elle s’explique. Elle se combat. Mais il est désormais une certitude, en ce début de XXIe siècle, le modèle occidental, libéral, capitaliste, n’est qu’une proposition et non une fin en soi, comme le pensaient certains autrefois ou peut-être encore. Vingt ans après la chute du Mur de Berlin, ceux qui vantaient la victoire du camp de l’Ouest doivent revoir leur position : leur manichéisme ne correspond pas à la réalité. Le Bien et le Mal sont des notions aussi bien partagées que l’intelligence. Alors faisons preuve d’intelligence et de clairvoyance, pour ne pas entraîner, ni dans notre « civilisation » ni dans les autres, plus de violence qu’il en existe déjà !

Publié dans Passé Présent

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Jean-Yves 05/11/2008 08:39

Comment identifier, dans nos « gènes » européens, dans l’histoire sur laquelle nous fondons notre identité, les origines de cette violence ?
Je me demande si le XIXe siècle n'a pas été le lit des violences du XXe. Je ne prendrais pour exemple que les nombreuses études eugénistes en France comme ailleurs.

RanDom 05/11/2008 11:52



Bonjour Jean-Yves et bienvenu sur mon blog.

Effectivement, Enzo Traverso ne se limite pas à l'antisémitisme mais remonte jusqu'au XIXe siècle, jusqu'à la colonisation, l'impérialisme, pour reconnaître dans nos "gènes" européens les
origines de cette violence. La science n'est pas ignorée : l'eugénisme et le darwinisme social sont cités par l'auteur comme des modèles proposés au nazis pour légitimer l'extermination des
Juifs. On est donc loin du discours qui voudrait que le nazisme soit sorti de nulle part et ne soit qu'une aberration hitlérienne voire allemande. Non, à partir du moment où les Européens
(espagnols, portugais, anglais, français, allemands, italiens, etc...) ont massacré des peuples en Amérique et en Afrique ; à partir du moment où on enferme dans des "asiles" ou des
"centres" des handicapés ou des marginaux ; à partir du moment où on rêve de donner naissance à un enfant parfait (et dans la "norme", blonds aux yeux bleus ???), eh bien on propose des
modèles que les nazis ont tenté de synthétiser. Je pense que là est le message d'Enzo Traverso. Je ne dis pas qu'il faille supprimer la science et la prison. Un historien ne tire pas de leçons.
Dans une démocratie, c'est aux citoyens de débattre et à leurs représentants de prendre les décisions, de voter les lois. Un modèle ne débouche pas inéluctablement sur la violence. Si on a
conscience des dangers induits par la science, on peut sans doute éviter les dérives les plus extrêmes.

Je te souhaite une bonne journée, Jean-Yves.



cat 05/11/2008 06:31

je peux plier mais je ne romps pas ;) oui j'ai un fichu caractère.

tu as raison, pour la désobeisance, hier soir je pensais qu'il fallait que je précise dans quel sens allait mes désobeisances et ce que cela singifiait pour moi

la désobeisance, ce n'est pas détruire l'autre, c'est lui montrer qu'il n'a pas tous les droits, qu'il n'est pas forcément le plus fort, et c'est montrer que nous aussi on a des droits !
la désobeisance, ce n'est pas faire ce que l'on veut pour emmerder les autres, c'est faire quelque chose que l'on pense être juste et respectueux en opposition à un acte ou une demande d'acte qui ne l'est pas

les résistants ont désobei, tous de la même manière, pas en affrontant en vain, non, mais en biaisant, par des petits actes (je dis petit dans la matérialité mais grand dans la puissance psychologique), ils ont insinué le doute, l'énervement, ils ont prouvé qu'on pouvait ne pas être d'accord, le faire savoir ...

pour l'éducation, le secret, peut etre est ce de donner l'envie de se poser le plus de questions, de donner les faits mais de les faire s'interroger sur le pourquoi. que rien n'est jamais aussi simple qu'il n'y parait, que rien n'est ni blanc ni noir. l'esprit critique, savoir réfléchir, savoir qu'on a le droit de ne pas être d'accord avec la majorité, apprendre que même si on est seul contre tous si on a des arguments pour exprimer son désaccord, on a le droit !!!

mais rien n'est simple

bisous

RanDom 05/11/2008 11:40



Bonjour Cat !

Le droit à l'éducation est une garantie pour la liberté d'opinion et d'expression.
Sans éducation, sans instruction, on n'a pas les arguments pour se défendre seul contre tous, ou les arguments qu'on croit valables sont faux. Cela ne veut pas dire qu'on peut se fier à n'importe
quelle éducation, car il faut également savoir remettre en cause sa propre éducation. Alors oui, rien n'est simple. Mais il faut avoir confiance en notre intelligence et ne pas se contenter de
recevoir l'information comme elle vient.

Ce n'est peut-être pas un hasard si je lis Enzo Traverso seulement aujourd'hui alors que le livre est paru dès 2002. A cette date, je n'avais pas encore
l'esprit suffisamment formé pour recevoir ce message.

Maintenant, de ce message, j'en ai besoin pour passer une étape dans mon éducation.

Bisous.



cat 04/11/2008 22:11

rha tu m'obliges à rajouter avant que je ne coupe le net

je dirais oui
on peut désobéir à son père !!!
oui on est capable de désobeir
là encore je vais évoquer mon expérience. mon père. je ne pouvais pas l'affronter en face, trop dangereux pour la petite fille que j'étais
pourtant, je peux t'assurer que je lui ai souvent montré que je pouvais être pour lui un adversaire beaucoup plus dangereux qu'il ne le pensait ...
pour l'anecdote, il pensait que tout lui était dû moi non ... j'étais en ce2, la photo de classe, je devais la ramener après le déjeuner. il dit négligement oui, et bien on verra ce soir ...
je n'ai rien dit, j'ai ramené la photo, comme ça ... l'air de rien.
c'est ma mère qui a réagi quand ils ont eu les photos de classe de mon frère et de ma soeur. j'ai expliqué à ma mère mon geste.
je n'ai jamais entendu parler de mon geste, je n'ai jamais été puni pour l'avoir défié.

a partir de la, même si j'avais souvent subi ses foudres, j'ai su aussi le battre sur son propre jeu.
seulement il n'a pas compris ...
et à ce jeu là, il a perdu ... c'est lui qui s'est plié à ma volonté, je lui ai imposé du haut de mes 11 ans ... de ne jamais me revoir ... je ne l'ai jamais revu.
c'est mon choix, à moi ... en mon âme et conscience. je continue 25 ans plus tard de le défier. je ne me plierais jamais à sa volonté ... il le sait.

désobeir, c'est presqu'un état d'esprit. le plus dur c'est d'oser une fois. ce n'est pas simple, il faut être judicieux. cela demande beaucoup d'observation. désobeir, c'est souvent ... comment dire ... imposer sa volonté à l'autre ... en sachant qu'il ne pourra rien, qu'il est en faute ... et quelque part ... tu sais, c'est aussi lui faire comprendre que tout n'est pas permis et que toi aussi tu peux le coiffer sur le poteau

à échelle plus importante, je ne sais pas
je pense qu'il ne faut pas aller contre ce que l'on est.

j'ignore que ce l'état peut t'imposer, je veux dire en dehors du programme; je pense qu'il y a toujours des chemins de traverse, des subtilités pour instruire, éduquer, expliquer ... il y a toujours un moyen de contourner ;)

enfin je dis ça, je ne suis pas prof ;) je suppose que tout est bien plus compliquer que cela.

hitler ne m'interesse pas en soi, il fait parti de cette histoire qui m'interesse
comprendre, avoir un regard différent sur ce qui est arrivé, ne pas toujours se positionner du coté des victimes, mais allez voir du coté des bourreaux pour accéder ...

as tu vu le film Amen ?

je pense que l'on est tous capable de désobéir
je pense juste qu'il ne faut pas se tromper de combat ...

et ce coup ci
je m'éclipse ;)

bisous

RanDom 04/11/2008 22:32



Eh bien, quel caractère ! ;)

Je te remercie, Cat, pour tes passages, pour tes interventions. Je ne réponds pas longuement parce qu'il faut que j'aille me coucher, moi aussi. Mais je reprendrais volontiers cet échange avec
toi.

Pour Amen, vu. Merci de la référence ici.
Quant à moi, oui, je tiens à défendre ma liberté pédagogique : je dois composer avec les parents et l'éducation de leurs mômes, avec l'Etat et l'éducation des futurs citoyens, et avec mes propres
goûts, mes propres idées. C'est une responsabilité. L'idéal serait d'apporter à ces futures générations assez de clefs pour comprendre le monde et pour voter en connaissance de cause, mais sans
l'influence, ni des parents, ni de l'Etat. Mais qui a une vision claire du monde. Parfois, je doute même que le président a une vision claire du monde ? Et ses nombreux conseillers
? Donc, il faut être bien informé. Et la première désobéissance, c'est s'informer et ne pas se contenter du discours officiel.

Je me trompe peut-être, avec l'Etat, dans l'enseignement de  notre Histoire. Mais au moins, permettre à l'esprit critique des élèves de se développer pour qu'on ait d'autres Enzo Traverso.
Sans pour autant ne faire que contredire, n'avoir que l'esprit de contradiction, comme s'il s'agissait d'un jeu : la contradiction, la désobéissance pour détruire, non, pour construire,
oui.

:0010:



cat 04/11/2008 21:22

c'est tellement dur de ne pas se résigner
ou
c'est tellement facile de baisser les bras

à chaque fois que je baisse les bras ou que je renonce, c'est un échec, cela veut dire que j'ai échoué, je n'ai pas su expliquer, montrer ...
cela me laisse démunie, et pourtant je sais qu'il le faut, que parfois le combat est ailleurs

j'aime cette provocation. J'aime à dire que je ne crois pas en dieu ... et s'il existe, il m'aimera aussi, même si j'ai douté de son existence ... parce que j'aurais essayé tous les jours de ne pas me satisfaire de ma petite personne ... et d'avoir suffisamment de lucidité sur mes paradoxes et autres

je ne sais si tu as lu "la part de l'autre" de schmitt. l'idée était très bonne, montrer ce que hitler aurait pu être
sauf que pour moi, cela ne fonctionnait pas. hitler accepté aux beaux arts ne seraient pas devenu du jour au lendemain un être positif et aimant son prochain.
je pense qu'il était une personne vissée dans la négativité, amère et qui n'aurait jamais su voir la vie autrement que par la faute des autres, incapable de comprendre que c'était à lui de rendre sa vie belle.

je pense qu'il est plus facile de jalouser l'autre pour ce qu'il a que d'être capable d'apprécier la chance que l'on a soi
la société engendre des maux bien plus grands aujourd'hui qu'il y a 60 ans, les gens haissent beaucoup plus qu'ils n'aiment, jalousent beaucoup plus qu'ils n'apprécient la vie.

c'est regrettable et cela aura des conséquences désatreuses pour l'humanité.

je le redis, ne pas se résigner est une chose très difficile, ne pas se laisser engloutir par la masse, garder son esprit critique, ne pas ressortir bêtement ce que les journalistes nous donnent en pature, mais réfléchir !!! réfléchir !!!

le bon candidat est il réellement Obama ? parce que c'est lui que l'on veut là bas ... mais est ce vraiment lui ?
le bon candidat ?
je ne sais pas ...
je sais juste que le bon candidat n'est pas Mc Cain, de la même manière que le bon candidat n'était pas Sarkozy ...

avoir le courage de dire je n'ai pas voté POUR quelqu'un mais bien CONTRE quelqu'un ...
j'ai fait cela deux fois ... aux deux dernières élections ... j'ai voté contre un candidat, et non pour un candidat ...

le dire, c'était pour moi une manière de dire, non je ne me suis pas résignée à voter pour le moins pire, mais bien a voter contre le pire

la nuance n'est pas facile à percevoir ...

continue de nous informer, et de nous instruire !!!
tu éclaires certains points pour moi, et tu m'obliges à voir autrement, à élargir mon point de vue

bonne soirée

bisou

RanDom 04/11/2008 21:55



Il m'arrive de me résigner, de baisser les bras. Le sentiment de défaite est là, présent, culpabilisant, ce qui renforcera ma conviction au moment où, les pieds au
mur, il faudra faire un choix. Je crois que des gens ont résisté pour ça : on les forçait à baisser les bras. jusqu'au jour où... ils ne purent faire autrement que se mettre en colère. Parce
que pour le suicide, je préfère mourrir en résistant, même au bout de seulement une minute de résistance bête et idiote, que me suicider (comme le fit Stefan Zweig : exil et
suicide).

Je ne m'intéresse pas franchement à la petite personne d'Hitler. J'ai lu plein d'articles sur qui il était, qui il aurait pu être, s'il était malade, etc... Mais je m'en fiche : il a existé.
Là où je m'interroge, c'est l'obéissance : j'obéis à mon père. J'obéis au Führer. Suis-je capable de désobéir. A quel moment suis-je capable de désobéir ? Je pleure quand je vois ces personnes
qui n'avaient pas le choix : oui, Juifs, Tziganes, Homosexuels : certains ont obéi, d'autres non, peu importe : ils ont été massacrés ! Ils n'ont pu compter sur la majorité : dans une démocratie,
c'est la majorité qui compte. Si la majorité obéit, et bien le chef de l'Etat peut faire passer n'importe quoi. Alors comment faire obéir la majorité... Par quel stratagème ? Tu vois, je ne
m'intéresse pas à la personne d'Hitler. Je m'intéresse à la façon dont il a fait obéir la majorité. Car c'est une menace pour notre démocratie, l'obéissance bête de la majorité.

Tu sais, le fameux sondage : une majorité est pour la peine de mort, alors, peine de mort ! Une minorité est contre les OGM, alors, OGM ! J'entends parler de désobéissance civile. Là, je crois
qu'il faut un vrai courage ! Il faut une clairvoyance pour ne pas se tromper, et j'avoue, je n'ai pas cette clairvoyance. Je préfère m'attacher au passé. C'est pour ça que je m'interroge : je
suis fonctionnaire, j'obéis à l'Etat, sinon je suis viré. Si l'Etat me demande de faire des choses contre ma conscience...

Donc, je n'ai pas lu Schmitt. J'en entends parler, mais pour le moment, ça n'entre pas en ligne de compte dans mes interrogations. Quant à l'art, comme l'histoire, l'art peut être un instrument
de propagande. La preuve : Hitler et le cinéma, quelle histoire !

Pour Obama. Oui, on vote contre quelqu'un. McCain n'a pas de chance : être Républicain après Bush, c'est périlleux !!! Obama passe pour le Messie. Sans être naïf, on peut faire ce choix. Ce qui
est bien, dans une démocratie, c'est de rappeler aux dirigeants qu'ils sont responsables devant nous, peuple souverain. Bien sûr que c'est frustrant de choisir entre quelqu'un qui est loin d'être
parfait et quelqu'un qui est très loin d'être parfait. On vote aussi pour celui qui nous représente le mieux. Alors, il suffit d'un petit truc qui nous pousse à faire le choix. Comme toi, j'ai
voté contre, tous ces derniers temps. Sauf pour les élections locales, qui sont moins manichéennes. Le Mal, le Bien n'existe pas. On ne vote pas ni pour le Bien ni contre le Mal. On vote pour une
petite pierre. Cette petite pierre, ou bien elle détruit, ou bien elle construit. Le ciment, c'est nous.

Au fait, il me semble que les Etats-Unis reposent sur un système fédéral où les gouverneurs ont aussi leur importance : d'où la peine de mort dans certains coins des Etats-Unis. Eh bien, Obama ou
pas, moi, je rêve qu'il y ait de nouveaux gouverneurs qui abolissent la peine de mort. Au moins ça. Pour commencer.

Bonne nuit!



cat 04/11/2008 19:10

tu te doutes que j'ai lu ton article avec intéret.
je me souviens d'un article paru chez Jean Yves, dans culture et débats, qui évoquait la nuit de christal et ce qui en avait été le déclencheur. l'assassinat du secrétaire de l'ambassadeur d'allemagne par un juif ... ce qui sera révélé plus tard, c'est que derrière cet acte, nulle haine contre l'allemand, alors que les déportations avaient déjà commencé, mais une histoire de sexe entre les deux hommes qui s'est mal finie.

l'histoire est écrite en fonction de la position de qui l'écrit. nulle n'est totalement neutre ou impartiale. un humain rapporte des faits tels qu'il les voit, et ce qu'il voit est parasité par nombre de choses.
et les conclusions que l'on en tire, sont tout aussi nombreuses que d'humains sur terre.

le nazisme m'intrigue, m'interroge. a un moment, j'ai arrêté de voir cela comme les vilains nazis contre les pauvres juifs. parce qu'il n'y eut pas que les juifs ... il y eut les intellectuels, les noirs, les arabes, les homosexuels, les Tziganes et aussi les juifs ...
tout est dans l'esprit d'une race supérieur, d'élus, d'hommes exceptionnel.

mais tout cela est faux, tout cela n'existe pas, les hommes exceptionnels le sont pour certaines personnes mais pas pour tout le monde. les hommes mauvais ne le sont pas pour tout le monde de la même manière.

je ne crois pas que le nazi est arrivé par hitler un beau jour, je ne crois pas que hitler était un génie, je ne crois pas que cet homme était exceptionnel ... comment dire. je pense que c'était un homme amère, aigri qui a cherché un moyen d'évacuer cela, il a parlé, c'est entouré de gens qui l'on écouté. il savait galvanisé les foules, il a instauré une politique de la terreur.
je discutais samedi avec un ami qui me disait que Hitler avait eu des idées qu'il avait réussi à mener à bien, il disait cela comme s'il fallait l'admirer, je lui ai demandé s'il se rendait compte de ce qu'il disait. quel homme pourrait applaudir un homme qui va au bout de ce genre d'idée.

je pense que dans notre société, tout est possible. quand j'entends d'un côté des gens dirent que dieu est amour, et de l'autre ces mêmes gens proner la violence, s'en faire l'écho et les bourreaux, je ne comprends pas ... si dieu est amour, on ne peut pas tuer au nom de dieu ... c'est impossible dans ma tête.

je peux parler de ma propre expérience sur le sujet qui m'a toujours laissée interdite. mon père est un adorateur de marie, il est allé à lourdes, il nous a obligé à aller à la messe, faire notre communion ... je précise que ma mère est athée comme mes grands parents maternels l'étaient également et comme je le suis devenue. ce père si ancré dans une religion, si "cul béni" battait sa femme et ses enfants ... allait à lourdes pour prier que sa fille ainée ma soeur, soit moins méchante ...
je ne comprenais pas ce genre d'attitude.

je n'arrive pas à comprendre comment d'un côté on puisse précher le partage, l'amour de son prochain ... et le contraindre dans la violence.
je n'arrive pas à comprendre que l'on puisse penser que la violence est la solution pour exprimer ses idées.
je n'arrive pas à comprendre que pour que certains existent il faille tuer des gens
je n'arrive pas à comprendre que l'on puisse se sentir plus fort, plus ceci ou cela que les gens qui nous entourent.

je ne comprends pas la haine. je comprends la colère. mais pas la haine. je ne vois pas à quoi elle sert, je ne vois pas en quoi elle fait avancer.

pour moi, hitler était un homme haineux, pour moi, les gens qui s'engagent dans la voix de la violence sont des gens haineux
et je pense que cela est révélateur d'un malaise qui leur est propre, une incapacité à être, un besoin de s'affirmer par la haine de l'autre, puisqu'il n'arrive pas être autrement.

je trouve cela effrayant. ce qui est arrivé en ex-yougoslavie, en arménie, aux usa aussi avec les amérindiens (au canada le racisme envers les amérindiens est très présent aussi)
je n'arrive pas à comprendre.

mais je pense que cette violence humaine existe au dela et bien avant Hitler.

ce livre m'intéresse beaucoup !!

merci de l'avoir mis à l'ordre du jour !

RanDom 04/11/2008 21:06



Merci, Cat, pour ton long commentaire qui offre un témoignage intéressant. Je me pose de plus en plus de questions depuis qu'on nous demandait d'enseigner les aspects positifs de la colonisation,
à rebours de ce qu'on m'avait appris. J'ai enfin réalisé que l'Histoire pouvait se transformer en terrible instrument politique permettant de justifier des crimes (comme dans l'ex-Yougoslavie) ;
tandis que d'autres voudraient qu'on oublie pour mieux recommencer. De plus, je ne crois pas à la fatalité : on me dit "ils vivent comme au Moyen Âge" ou "Ils sont comme ça, ça devait
arriver". Cela m'exaspère : ils sont humains comme nous, sauf qu'on ne leur donne pas les moyens de vivre aussi bien que nous. J'ai lu un article sur les expulsions, et cela m'a rendu à la
"violence nazie". La violence nazie, c'est quelque chose qui a pu se réaliser. Et un fonctionnaire, un bureaucrate, il participe parfois à cette violence. Il peut profiter de cette situation pour
exprimer sa part d'ombre. Pour justifier ses méfaits, sans que sa conscience n'en soit pour autant troubler. En parvenant au pouvoir, Hitler a pu démultiplier sa violence par tous les petits
hitlers qu'il avait à sa disposition.


Ceci n'est qu'un réflexion... Tout ça fait réfléchir...
Tout être humain a sa part d'ombre, plus ou moins grande. Charles de Gaulle, qui apparaît comme un personnage si positif dans notre Histoire, il avait ses ombres. Mai 68 la rendu humain, avec ses
défauts d'homme. C'est rassurant. Lui qui était "divin". Il me rappelle mon père ! Le père qu'on idéalise et qui, on s'en rend compte peu à peu, n'est qu'un humain parmi d'autres. Ton
père, à ce que je lis, t'a appris beaucoup de choses sur la nature humaine. Quant à Hitler, on peut l'humaniser, en effet, ce qui n'en fait pas un homme fréquentable ! Si on l'humanise, c'est
pour nous avertir, pour dire qu'Hitler n'est pas une exception. Petit Führer mais Grosse Katastrophe. Il n'y a pas que les tsunamis pour massacrer autant de gens. Il n'y a pas que le Déluge.
C'est que la Bible justifie le massacre des hommes par un type qu'on appelle Dieu : parce que les hommes, ces créatures imparfaites, trahissent Dieu, leur Créateur parfait ! Je
provoque, hein, c'est parce que je suis agnostique. Je ne sais pas si le Paradis est un trois pièces cuisine. Mais si c'est un peu plus grand que mon appartement de l'Auzette, je ne le refuserais
pas ! Avec un super jardin comme celui où je me repose à chaque vacances...

La religion comme les people, c'est une façon de se représenter en société. Quand je vois la fascination des gens pour les stars, leur capacité à imiter les stars, à suivre les modes, à
l'échelle internationale ; quand je vois l'adhésion de certains peuples aux discours irrationnels, alors oui, je comprends beaucoup de choses sur ce passé lourd à passer. Exploiter la
misère. La nature humaine. Même chez les intellectuels, soit-disant raisonnables, on trouve des aberrations. Pour des petits avantages individuels, on peut bien sacrifier des groupes de personnes
(il suffit de prétendre que, de toutes façons, ils sont inférieurs).

Maintenant, il faut communiquer : c'est le credo, mieux communiquer ! Mieux communiquer, cela permet de ne pas informer du tout. Les massacres ont lieu à côté de chez soi : alors communiquons
afin d'entretenir l'indifférence générale. On condamne certains chefs d'Etat voisin, avant de leur serrer la main. On met sous clés des massacres pour préserver des contrats. C'est ça aussi, la
violence. Le jour où les chefs d'Etat à qui nous avons offert notre main pour des poignées d'euros ou de dollars, quand ils prolongeront leurs massacres jusque chez nous... Mais bien sûr, jamais
un chef d'Etat ne peut s'en prendre à l'Europe ;). A la Géorgie, d'accord, mais à l'Europe, non ;)

Sur mon blog, je veux communiquer pour faire passer des idées, mais le plus important, pour moi, c'est d'informer, c'est d'instruire. Je sais que je ne referai pas la nature humaine, ni le monde
! Je suis conscient que le monde tourne avec ou sans moi. Mais tu vois, cela me rassure, de te lire, de lire tes propos nuancés ; je me dis que si certaines personnes ne sont pas dupes, alors
rien n'est perdu. Il peut y avoir un noyau de résistance à l'indifférence, à l'ignorance, à la crédulité. Je sais que toi, tu fais preuve de citoyenneté. La chanson de Pink, sur ton blog, est un
joli symbole. Parce que si tout le monde se résigne...

Je te souhaite une bonne soirée, Cat. Bisous.