9 novembre : un Mur de tombé, dix de redressés !

Publié le par RanDom

Attention, cet article est très long ! Je vous conseille de garder votre liberté de lire le nombre de mots que vous voulez, de commencer à l’endroit que vous souhaitez (j’ai divisé en plusieurs paragraphes pour ça), de prendre tout le temps qu'il faut et plusieurs jours s'il le faut, de parcourir les lignes dans le sens qui vous arrange, voire en diagonale, et de me laisser enfin un commentaire pour dire que vous n’avez rien lu parce que c’était trop long. Je ne vous en voudrais pas. Car je suis moi-même contre le gavage des oies.

Ces événements sont historiques et tant pis pour les morts

Peut-on considérer l’élection de Barak Obama comme un événement historique ? En soi, un événement est forcément historique ; après avoir été vécu, il est raconté et c’est là qu’intervient cette belle affaire qu’est l’Histoire. Car on donne à l’événement l’importance que l’on veut. On cherche sa signification et c’est humain, ce besoin de repères. Chaque événement fait comme une marche d’escalier. Parfois on monte vers le Paradis terrestre, parfois on descend vers l’enfer inhumain. Alors, on peut toujours espérer que l’élection d’un noir, plus exactement métisse, à la Maison-Blanche nous fasse monter ; mais cela n’empêchera pas de redescendre de haut, comme après l’élection de Mandela en 1994, la même année que le génocide au Rwanda.


 

La première fois que j’eus conscience de vivre un événement dit « historique », c’était il y a tout juste 19 ans, le 9 novembre 1989, au moment de la chute du Mur de Berlin.  Je voulais déjà être professeur d’Histoire et là, ce qu’on vivait, c’était sérieux : je fus attentif à ce que nous disait mon professeure de 4e : « Suivez bien les informations car ce qui arrive, ça va changer l’histoire de l’Europe ! » On n’avait pas encore voté Maastricht. L’Allemagne réunifiée allait remporter la coupe du monde de football en 1990. Je me souviens des scènes de liesse, je me souviens de notre professeure d’Histoire. J’ai vécu ça que n’ont pas vécu mes élèves. Et c’est un peu émouvant d’enseigner à des 3e ou à des Terminales ce qu’on a vécu.

 

J’ai continué de vivre l’Histoire en 1991 : vous vous souvenez, on parlait de « Tempête du Désert » pour enjoliver cette première guerre du Golfe. Dans la cour de récréation, des copains comptaient les avions abattus comme moi je comptais les buts d’un match de football. Les journalistes nous montraient une jolie guerre bien propre avec ses missiles et ses scud qui bleuissaient le ciel nocturne de Bagdad et d’Israël. Pour la première fois, je m’informais. Je découpais dans la presse des articles de journaux. Avant de me rendre compte qu’on nous en racontait beaucoup, des balivernes. Avant de me rendre compte que sur mes articles de journaux, il n’y avait pas de cadavres, il n’y avait pas la mort. Tout se réduisait à des chiffres. Alors je l’ai mis à la poubelle, mon dossier de presse, pffffffft, en fumée. De toute manière, de la guerre du Golfe, il en resta tellement de traces qu’on en fit une deuxième, au cas où la première… Bon, mais en 1991, il y eut une autre guerre, en Yougoslavie. Et comme l’Irak me paraissait bien loin, je m’intéressais alors à ce bout d’Europe. La Yougoslavie. Les Balkans devinrent le centre de mes intérêts. 

Un autre événement dit « historique », ce fut l’élection de Nelson Mandela en 1994. C’était censé mettre fin au régime d’apartheid  en Afrique du Sud. Comme si l’on pouvait mettre fin aux racismes, aux xénophobies, aux discriminations en tout genre. À côté, le génocide rwandais fut donc presque « sans importance ». Quant à l’agonie yougoslave, elle permit de créer l’expression « balkanisation » pour faire croire qu’on ne peut rien y faire… Alors, l’élection d’un homme ne doit pas être un arbre de plus cachant la forêt.

 

En 1998, victoire de l’équipe de France de football à la coupe du monde ! Voilà bien un événement historique ; « historique » parce que vive l’intégration et la France black-blanc-beur ! Tellement historique qu’en 2002, Jean-Marie Le Pen a le droit à son deuxième tour…

 
Quoi d’autre encore… Ah oui, le 11 septembre 2001, l’Afghanistan et l’Irak… Historique !

Il y aurait donc des événements historiques qui nous donneraient de l’espoir et d’autres qu’on préférerait conserver, sous couvercle, dans le passé. L’élection d’Obama donne de l’espoir, c’est un événement qui appelle l’avenir. Mais le génocide rwandais, on préfère l’enfermer dans ce foutu passé qui ne passe pas, parce que c’est un événement qui rappelle bien des drames et qu’il ne faut pas trop remuer, qu’il ne faut pas trop fouiller. Cela ferait mal à la France, patrie des Droits de l’Homme, qui applaudit aujourd’hui l’élection d’un noir à la Maison-Blanche. L’élection d’un noir, plus exactement métisse, dans une Amérique où les Européens exploitèrent tant de noirs. Oui, c’est historique, merci d’applaudir !

Voici, à la fin de cette première étape, un lien au site de lanuitrwandaise, qui permet de ne pas rester à la surface d'un événement historique.


Le Mur est tombé mais les frontières sont restées !

Quel souffle de liberté envahit l’Europe, en 1989 ! La chute du Mur et la réunification de l’Allemagne nous paraissent bien exceptionnelles ! Depuis, jamais autant de frontières ne se sont dessinées pour enfermer les nations : avec 1991, c’est l’éclatement de l’URSS ; au début de 1993, c’est la partition de la Tchécoslovaquie, puis la guerre en Yougoslavie, jusqu’à l’indépendance récente du Monténégro et du Kosovo, plus ou moins reconnue. Du coup, la Géorgie trinque, car à l’intérieur de chaque nation peuvent se dessiner, comme si ça ne suffisait pas, d’autres frontières, celles de régions plus ou moins autonomes !

 

Que les frontières permettent de préserver une identité, de se reconnaître parmi des voisins pacifiques, pourquoi pas ? Que les frontières enferment, privent de liberté, entraînent des conflits, pourquoi ? L’Union européenne a, certes, fait le choix d’ouvrir ses frontières, pour la nécessaire réconciliation des peuples européens, mais voilà qu’elle veut s’enfermer désormais ! Qui aura la bonne idée d’ériger un mur pour empêcher les Turcs d’entrer, maintenant qu’on a abattu le Mur, en Allemagne, pays accueillant tant d’immigrés turcs ?

 

Des Murs, qu’est-ce qu’il s’en est construit depuis 1989 ! Entre Israël et Palestine ;  à la frontière entre États-Unis et Mexique ; entre les beaux quartiers de nos villes et les cités « ghettos » ; en Irak, entre les quartiers de communautés religieuses différentes (pour simplifier le travail de l’occupant). C’est dire que la visite de la muraille de Chine par les athlètes en parade aux JO de Pékin, était d’actualité. Pour célébrer la trêve olympique (au cours de laquelle eut lieu le conflit russo-géorgien), il fallait voir la Muraille !

 Voir le Dessous des Cartes consacré aux "Nouveaux Murs".

1989-1995 fut donc une phase de ma longue adolescence où je crus encore aux belles histoires que l’on me racontait, ces belles histoires qui se termineraient forcément bien. Aujourd’hui, presque vingt ans plus tard, je me penche sur ce passé avec le regard critique de l’historien. Sans juger, mais avec la ferme intention de démêler les responsabilités. Sans manichéisme aucun. Sans blanc d’un côté ni noir de l’autre. Les Murs ne sont pas seulement érigés par les dictateurs de l’autre camp et détruits par les peuples de notre idyllique Occident.

 

Le Petit Pantagruel me fait ouvrir un peu les yeux…

Le Petit Pantagruel, c’était le journal de l’Association des Historiens de l’Université de Tours (AHUT). On l’appelait Petit Pantagruel, bien modestement, pour ne pas faire d’ombre à notre grand maître François Rabelais. On vendait chaque numéro 5 francs qui faisaient vivre l’association. Il était tiré en quelques centaines d’exemplaires multipliés par les 6 feuilles A3 à photocopier et plier artisanalement, à la main. À l’époque, je n’avais pas d’ordinateur, je tapais mes articles sur machine à écrire. Ce n’est donc pas sans une certaine émotion que j’ai retrouvé, dans mes archives, le 1er numéro du Petit Pantagruel (février 1995) auquel j’ai participé.

 

Quand je regarde la Une de ce journal, c’est aussi une certaine fierté qui m’envahit. Tandis que la forme du journal m’apparaît très archaïque (photocopies de mauvaise qualité, illustrations à peine visibles, polices de caractère d’une autre époque, montage à la main, traits tracés à la règle, rajouts manuscrits), le contenu au contraire me paraît particulièrement riche. J’indique ici le sommaire pour servir de prétexte à quelques liens internet :

 

Pages 3-4 : Commémoration de « la première affaire Dreyfus » à Tours.

Avec la participation de Madeleine Rebérioux, grande historienne et présidente de la LDH (Ligue des Droits de l’Homme).

Page 5-7 : Grégoire de Tours, patron des Historiens de Tours.

Article de Nancy Gauthier, professeur.

Page 8-12 : Dossier ex-RDA, économie, société et STASI.

Des articles qui ne se contente pas de condamner la RDA et la STASI mais qui montre les difficultés liées à la réunification, la découverte à l’Est du chômage et d’un capitalisme individualiste. D’où l’Ostalgie que l’on retrouvera dans le film Good Bye Lenin !
Ne pas manquer, aussi, la Vie des Autres.

Page 13 : Le Retour d’Ulysse

J’avais demandé à mon professeur de Grec, Philippe Brunet, de présenter son atelier de chœur et théâtre et son spectacle autour de l’épopée homérique, présenté à l’époque à l’Université François Rabelais de Tours mais aussi à la Sorbonne. Cette page 13 ne lui porta pas malheur et je voue encore une certaine admiration pour ce professeur qui me rendit vivante la langue grec ancienne que d’autres dans l’Éducation nationale voudraient achever comme une langue moribonde…



Page 14-15 : Yougoslavie, la frontière

Mon article, que je recopie ci-dessous.

Page 16 : Le Passé au présent avec Rol-Tanguy

Dans le contexte du 50e anniversaire du Débarquement (1994-1995 était l’occasion de rappeler les différentes étapes de la Libération), le lycée Jean Monnet de Tours avait organisé, en mars 1994, un cycle de conférences et une intervention eut lieu à l’Université à l’initiative de monsieur Moine, professeur d’Histoire contemporaine. Le colonel Rol-Tanguy, chef des FFI de Paris, et deux autres résistants ont pu faire revivre avec  beaucoup d’émotion, minute après minute, la libération de Paris (25 août 1944).

Ils laissèrent trois dédicaces au Petit Pantagruel :

« Pour le journal, en souvenir d’une rencontre à l’Université de Tours. Avec un grand merci ! »

« Avec toute mon amitié pour cette magnifique jeunesse à qui nous transmettons les plus beaux moments de notre jeunesse. »

« Un homme combattant ».
Un lien à un article de L'Humanité (Cécile Rol-Tanguy, épouse du colonel et elle-même grande résistante).



Page 17-18 : AMNESTY INTERNATIONAL

Pour conclure le journal par un geste de solidarité.

"Obama : 100 jours pour s'engager en faveur des droits humains"


On nous reprochait souvent un certain corporatisme, mais m’engager à l’AHUT fut au contraire une ouverture d’esprit. Les échanges, les débats, les actions auxquels j’eus la chance de participer m’ont laissé de très agréables souvenirs. Surtout, ce Petit Pantagruel me lança dans une autre forme d’écriture que je retrouve en composant ce blog : l’écriture journalistique. Mon grand-père, sachant que je voulais être professeur, me dit un jour qu’il m’aurait également vu journaliste. Je lui dédie ces lignes, si ces lignes peuvent l’atteindre là où il est…

Et je souris en trouvant dans mon premier article sur la Yougoslavie la fougue et certaines prétentions qui m’animent encore aujourd’hui. Au risque de paraître pompeux. Mais du Petit Pantagruel à mon blog de l’Auzette, je retrouve cette ligne de vie que je voudrais prolonger le plus longtemps possible. Alors considérez le texte qui suit avec l’indulgence que mérite un jeune homme de pas encore 20 ans qui rêvait d’Europe idéale avant de comprendre que c’est à chacun de se faire son idée sur l’Europe. Le plus important restant, je crois, de continuer de s’instruire, de se cultiver, d’où la bibliographie que je garde en fin d’article, que je réactualise, comme je réactualise les illustrations et les liens Internet.

« La Yougoslavie : une frontière »

Les peuples des Balkans sont chargés de plus d’histoire qu’ils n’en peuvent porter.

 

En prononçant cette phrase, Winston Churchill prévoyait-il déjà une situation comme celle d’aujourd’hui ? Pensait-il vraiment qu’une histoire aussi variée à l’échelle locale peut générer une catastrophe comme une guerre ?

 

À nous, Français, à nous, Allemands, à nous tous qui puisons nos origines dans l’immense empire de Charlemagne, la guerre de Yougoslavie dépasse nos valeurs, néglige nos principes, et provoque un décalage dans nos mentalités. Par sa situation géographique, par son évolution culturelle, la Yougoslavie semble fuir l’Orient, mais l’Occident, comme un arc-en-ciel, se dérobe sous les chenilles de ses chars.

 

Étudions notre histoire, tirons-en les leçons et forgeons l’avenir.

 

Tel peut être le message de la CEE [à l’époque de cet article, on ne disait pas encore UE]. Mais pour les Slaves du Sud (Youg), qu’ils soient Serbes ou Croates, Musulmans ou Slovènes, le respect de leur histoire et la foi en leurs morts sont les deux pôles d’une batterie vengeresse.

 Lire les articles sur la Yougoslavie dans Le Monde Diplomatique

Les Serbes luttent contre les Albanais, au Kosovo (10% de Serbes, 90% d’Albanais) parce que cette région est leur berceau. Les Serbes luttent contre les Croates pour venger leurs victimes d’oustachis (équivalent croate du nazi allemand). Et la Croatie déclare son indépendance pour retrouver le royaume de Tomislav, fantôme présent d’un passé révolu depuis plus de mille ans.

 

En Yougoslavie donc, la nation est la carte d’identité de l’individu, sans laquelle l’individu perdrait sa substance. Ainsi la Croatie arbore-t-elle fièrement ses églises catholiques, ainsi la Serbie révèle-t-elle, insolente, ses cathédrales orthodoxes, et la Bosnie musulmane se pare-t-elle d’élégantes mosquées. Les habitants de ce creuset peuvent se reconnaître dans chaque symbole : un hymne croate pour lequel on dresse un monument, un drapeau slovène qui accumule toutes les caractéristiques particulières de ce pays, dont la montagne ; ou un homme, suffisamment puissant pour sauvegarder la mémoire d’un peuple. Les foules soumises à Slobodan Milosevic chantent : Slobodane, da te nije bilo / Srspko bi se ime ugasilo.(Ô Slobodan, si tu n’étais pas là, Le nom fameux des Serbes s’éteindrait.)

 

1989 : Le mur de Berlin s’écroule et en Roumanie, Ceausescu est déchu.

1991 : L’URSS n’est plus et le communisme dans les pays de l’Est se meurt, comme Tito, dix ans plus tôt, avec sa devise : « Fraternité, Unité ». Tout comme le « modèle autogestionnaire » qui fut sans doute le système économique communiste le plus réussi.

 

La Yougoslavie découvre la démocratie, le capitalisme occidental. Mais là où devraient se concurrencer les entreprises, là où devraient s’opposer les idées, ce sont les nations qui se heurtent, et pour chacune d’elle, une seule idée : la reconnaissance. Reconnaître la Croatie, la « Grande-Serbie », reconnaître les Albanais au Kosovo, et la Macédoine… L’Occident hésite : et le 27 juin 1991, c’est la guerre.

 Voir l'évolution territoriale de la Yougoslavie de 1815 à 1999 (cartes).

Dans un monde où rien n’est naturel, ni les frontières, ni les pensées, les haines, alimentées par les propagandes nationalistes, tuent jusqu’à l’épuration ethnique. Nous sommes en 1995. Il y a 50 ans, nous découvrions pour la première fois de notre existence humaine qu’une telle atrocité pouvait être l’accomplissement d’hommes. Et l’ombre d’Hitler apparaît de nouveau. 1995, c’est aussi le centenaire du cinéma. La première image qui nous vient à l’esprit, c’est Laurel et Hardy, inséparables par leurs différences, complices aussi.

 

Mais 1995, on l’oublie peut-être, c’est le 1600e anniversaire du partage de l’Empire romain par Théodose : à l’Ouest, l’Occident, envahi par les Barbares, réunifié sous Charlemagne ; à l’Est, l’Orient et l’Empire byzantin qui ne cédera qu’en 1453 à l’invasion ottomane. Jamais date, en Europe, ne fut plus structurelle que 395. La frontière sépare les régions illyriennes. Un trait droit. Slovénie, Croatie, Bosnie, sont dépendantes de l’Église catholique d’Italie. Serbie et Macédoine dépendent de Constantinople. Le schisme, alors impalpable, se compte depuis en victimes.

 

Cette frontière se déplaça avec l’invasion des Turcs. L’Orient dépossède l’Occident de la Bosnie. Au nord, l’Autriche-Hongrie, c’est l’Église. Au sud, l’Empire ottoman, c’est l’Islam. De nos jours, la Yougoslavie est l’héritage de cette frontière, et elle met en contact direct l’Occident et l’Orient, deux mondes fondamentalement différents. Et la violence n’est que la réaction logique d’une telle situation.

 

Les observateurs, et donc les gens qui les écoutent, concluent trop vite que le casse-tête balkanique, où vit une « macédoine » de peuples, est inextricable, car fatal. Certes, nous ne pouvons pas remonter le temps pour supprimer la frontière, cette frontière entre l’Orient et l’Occident qui crée tant de mal. Mais il suffit de trouver un homme, admis par toutes les nations, comme Tito, et qui fasse l’unanimité en développant la démocratie, en unissant fraternellement les peuples. Cet homme semble bien exister… et comme Jean-François Deniau l’a proposé, il s’agit de… l’Europe !

 

BIBLIOGRAPHIE

Pour mieux comprendre le conflit yougoslave, n’hésitez pas à lire :

GARDE Paul, Vie et Mort de la Yougoslavie, Fayard, 1994.

STARK Hans, Les Balkans. Le retour de la guerre en Europe, Dunod, 1993.

 

Et si ces ouvrages vous font trop peur, voici un petit guide pratique :

FERON Bernard, Yougoslavie : origines d’un conflit, Le Monde et Marabout, 1993.

 

Enfin, pour les plus littéraires, il existe aussi :

L’éclatement yougoslave, « Une tragédie européenne », éd. de l’Aube/Libération, 1994.

 

Pour ceux qui découvrent, fin 2008, cet article, j’ajoute quelques titres qui leur donneront d’autres informations sur le passé de la Yougoslavie mais aussi quelques nouvelles des Balkans depuis 1995 jusqu’à aujourd’hui.

 

GARDE Paul, Vie et Mort de la Yougoslavie, Fayard, nouvelle édition, 2000.

CASTELLAN Georges, Histoire des Balkans (XIVe-XXe siècle), Fayard, 1991.

MANTRAN Robert (dir.), Histoire de l’Empire ottoman, Fayard, 1989.

DÉRENS Jean-Arnault, Balkans : La crise, Gallimard-Le Monde, « Folio actuel », 2000.

Du même auteur : Les conflits yougoslaves de A à Z, Les éditions de l’Atelier, 2000.

YÉRASIMOS Stéphane, Le retour des Balkans, 1991-2001, Autrement, 2002.

 

Mes deux coups de coeur :

MASPERO François, Balkans-Transit, Seuil, 1997 (avec des photographies de Klavdij Sluban).

PETROVIĆ Goran, Le Siège de l’Église Saint-Sauveur, Seuil, 2006, mon roman serbe préféré.

Publié dans Passé Présent

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Jean-Yves 11/11/2008 09:07

J'imagine le travail d'historien passionnant. Ne serait-ce que par une remise sans cesse du travail accompli sur la table...
Qu'il doit être difficile de travailler sur une époque en ne se laissant pas « parasiter » par les paradigmes qui nous entourent...

RanDom 11/11/2008 19:57



Bonjour Jean-Yves et merci d'être passé là ce matin.
Oui, le travail des historiens est passionnant mais difficile car c'est un investissement qui ne paraît pas très rentable dans notre société du "gagner plus". Et oui, il ne faut pas se laisser
"parasiter", c'est très juste.



Jean-Yves 10/11/2008 20:11

Je trouve intéressante ta dernière remarque dans ta réponse à mon commentaire même si je mettrais un bémol : les historiens – avec l'époque contemporaine – n'auront jamais eu sous la main autant de documentation, ce qui rendra peut-être certaines traces médiatiques sans intérêt.
Je redoute aussi l’Histoire qui passe par les (seules) commémorations. Quand je pense, que dans les dix dernières années, leur nombre (en France) a doublé… Je me souviens encore cette année 1989 ; je me suis alors opposé aux élus de la commune où j’exerçais qui auraient aimé que mes élèves soient déguisés en costume révolutionnaire… la compréhension ne peut pas passer par un défilé carnavalesque. Quand le politique se sert de l’Histoire…
Merci de ce dialogue nourri.

RanDom 10/11/2008 20:40



Oui, tu as raison et quel travail pour les historiens qui auront à débrouissailler toute cette documentation ! Quant aux "traces médiatiques sans intérêt",
je pense que l'on pourra tout de même y voir un reflet de notre société et de nos mentalités. Des combats sont menés actuellement pour que les programmes d'histoire, dans l'enseignement, reste
des programmes d'histoire et non des "défilés carnavalesques avec retour aux images d'Epinal"...

Pour ma part, je suis plutôt "spécialisé" dans les périodes les plus anciennes où les sources manquent et où l'on comble les lacunes par des extrapolations sans cesse remises en cause.
Donc, j'apprécie la critique.

Sans Cat, sans toi, pas de dialogue nourri. Alors, merci à vous et merci d'avance à celles et ceux qui passeront ici apporter leurs réflexions sur cette actualité prétendue "historique" ou plus
généralement sur la façon d'appréhender l'Histoire depuis notre présent.



Jean-Yves 10/11/2008 13:10

Le résultat d'une élection peut-il être un événement historique ? Il faudrait déjà s'entendre sur ce qu'est un événement historique. Que retiendra l'Histoire de cette élection ? Cela dépendra sans doute de ce que fera ou ne fera pas cet homme en tant que Président. Tout en sachant que son pouvoir de décision sera limité.
Les événements présents ne font pas encore partie de l'Histoire. Je n'oublie pas qu’il y a l'Histoire des historiens et celle que les hommes se font au jour le jour.
La chute du mur de Berlin (par exemple) aussi significative soit-elle relève plus de la seconde. Elle fait croire à la seule force du mouvement populaire alors qu'il a pu se réaliser seulement parce que d’autres conditions étaient réunies.
Je redoute cette petite histoire qui produit une invasion déferlante d'images multiples et, qui surtout n’interroge pas.
Je crois encore en l'Histoire comme moyen de rendre aux hommes « ce noyau de doute ». Ces images de papier mâché, ces images « arrêtées » que renvoient les médias, je n'y crois pas. L'Histoire seule ( ?) peut détruire leur force, leur « aura » mythique.

RanDom 10/11/2008 18:09



Bonjour Jean-Yves !
Merci d'apporter ta contribution au débat.
Je suis bien d'accord avec toi. Cependant, certains historiens s'intéressent à ce qu'ils appellent "l'Histoire immédiate". Il y a ces événements qu'on oublie et ceux qu'on garde en mémoire (comme
ce fameux 11 novembre 1918) : d'où la question : pourquoi oublier/refouler un événement et pourquoi citer/officialiser un autre ? Et puis il y a ces événements qui, malgré le manque de
recul, font penser qu'ils vont changer l'Histoire. Comme ce fut le cas le 11 septembre 2001. Alors que parfois, cela ne change rien à l'Histoire, mais l'impression demeure... Pourquoi ?

Il faut alors reconnaître que l'Histoire n'est jamais figée : même l'histoire dite "officielle" est en perpétuelle évolution en fonction de ce qu'on veut lui faire dire. Et puis les questions des
historiens évoluent en fonction de leur environnement économique, social et politique, en fonction des progrès techniques etc... L'Histoire que l'on a faite au cours des Trente Glorieuses n'est
pas la même que l'Histoire faite en période de "crise".

Ton commentaire, Jean-Yves, me rappelle un extrait d'article paru dans Le Monde Diplomatique ce mois-ci (par Alain Gresh, nov. 2008, p. 16) : "Il est toujours périlleux de prophétiser. En 1983, deux ans avant l'accession de M. Mikhaïl Gorbatchev au Kremlin, Jean-François Revel prédisait la fin des démocraties,
incapables de lutter contre (selon lui) le communisme (variante actuelle et modèle achevé du totalitarisme). Quelques années plus tard, Francis Fukuyama annonçait la fin de
l'histoire avec le triomphe sans partage du modèle américano-occidental. Après la Guerre du Golfe (1990-1991), nombre d'observateurs entrevoyaient l'aube d'un XXIe siècle américain.
Quinze ans plus tard, un autre consensus se fait jour : nous entrons dans un monde post-américain. Le monde serait désormais multipolaire : même si les Etats-Unis garderont
longtemps encore leur place prééminente, le monde occidental n'est plus le seul détenteur de l'iniative économique et stratégique au sens où il l'était encore en 1994. Il faudra tenir compte de
Moscou, de Pékin, bien sûr, voire de Brasilia et de New Delhi...Sans oublier que les Etats ne sont plus seuls à faire tourner le monde (cf. tous les organismes transnationaux, et pas seulement
les firmes, mais aussi les ONG etc...)" Il y a bien là de quoi relativiser l'importance de l'élection de Barak Obama,
qu'il faut évaluer de manière différente en fonction de l'échelle utilisée : à l'échelle étatsunienne, à l'échelle américaine, à l'échelle mondiale, qu'est-ce que ça va changer ?

Enfin, j'ajoute que plus nous remontons le temps, plus nous sélectionnons les événements d'importance. Il y a des événements qui ont eut lieu il y a près de 2000 ans et qui produisent encore des
traces aujourd'hui. Par contre, il y a des événements qui ont eu lieu il y a moins longtemps et dont on ne sait plus rien. Les médias faussent effectivement notre perception du temps : d'abord
par le rythme (à chaque jour ces événements "historiques" qui peuvent être de simples petites phrases de président ou un simple coup de boule de Zidane) et ensuite par le choix des images
répétées et reproduites aussi sur le net. Une forme de propagande, pas forcément concertée, mais qui n'a effectivement rien à voir avec cette science qu'est l'Histoire, science humaine et donc
évolutive en fonction d'une perception humaine, qui se doit d'être plus objective, c'est-à-dire indépendante de tout pouvoir (y compris le pouvoir des médias). Mais comme l'historien est
dépendant des témoignages et des sources, il est évident que les médias (aur)ont une influence sur notre façon de faire de l'Histoire. D'où l'importance, en démocratie, de sauvegarder la
multiplicité des sources (diversités des supports, diversité des investisseurs, publics et privés).

Voilà encore beaucoup de grains à moudre. Alors merci Jean-Yves d'avoir contribué par ton commentaire à cet article, qui ne t'a peut-être pas appris grand chose, mais qui, je l'espère, t'auras
intéressé.

Bonne soirée.



zazou 09/11/2008 19:06

Le terme historique est souvent galvaudé. On mesure l'importance d'un évènement plusieurs années voire plusieurs dizaines d'années après.

RanDom 09/11/2008 19:20



Yes, we can ou plutôt no, we can't. Très beau jeu de mot d'un journaliste pour célébrer la victoire d'Obama en reprenant son slogan : "Yes,
We....ek-end !"

Voilà, tu as raison, Zazou, et je profitais de ton commentaire (qui résume en quelques mots mon article si long) pour faire un jeu de mots en te souhaitant une bonne fin de week-end ! A moins que
tu fasses le pont lundi, auquel cas, profite bien  ;)



gari 09/11/2008 17:41

lol ! les commentaires et réponses sont aussi long que ton article lol tant mieu !
tu fais bien de rappeler notre histoire hors de ta salle de classe , meme si douloureuse qu'elle soit , n'oubliont pas nos érreurs , je me suis arrèté à Mandela , je compte démarrer une série de noir et blanc çà l'acrylique , cette photo en fera peut etre partie ;)

merci professeur ! ;)

RanDom 09/11/2008 18:48



Merci Gari !
C'est vrai que vu mon métier, je reçois l'information d'une étrange manière. Je suis toujours amené à replacer l'actualité dans un contexte, en retrouvant le passé et en envisageant les défis à
venir. Certains événements me donnent tout de même de l'espoir. Je me souviens de ma profonde frustration à la réélection de Bush. Je ne vais donc pas cacher mes espérances à l'élection d'Obama.
Même si je sais qu'après la fête liée à la victoire, il y a des responsabilités à assumer. Puisqu'on parle de moments historiques, parlons de 1981 : que sont devenus les clameurs d'espoir de ceux
qui ont élu François Mitterrand ? Il y a bien eu l'abolition de la peine de mort et des progrès culturels, mais du point de vue économique, soicial et diplomatique (cf. guerre du Golfe,
Rwanda...) ? Donc, n'oublions pas les erreurs.

Pour l'affiche de Mandela, tu la retrouveras sur Google, si tu veux t'en inspirer.

Ciao l'ami !

PS : pour ta série de noir et blanc, ça tombe bien, mon prochain article est justement consacré au "noir" dans ma nouvelle rubrique "vos couleurs".