La peur des barbares risque de nous rendre barbares

Publié le par RanDom

Voici une petite notice sur un livre que je ne me suis pas encore procuré mais cela ne devrait pas tarder. Cet essai intéresse à la fois le citoyen et l'historien.
De l'Europe.

TODOROV Tzvetan

 

LA PEUR DES BARBARES,

Au-delà du choc des civilisations.

 

Paris, Robert Laffont, 2008, 320 pages, 20 euros.

 

Un nouvel essai de Tzvetan Todorov répond de manière approfondie à celui de Samuel Huntington sur le Choc des civilisations, éd. Odile Jacob, 1997. Son titre : La peur des barbares, nous renvoie à cette période du Ve siècle lorsque les Romains voient s’installer sur leur territoire des peuples d’origines diverses qui composeront bientôt la mosaïque européenne.

 

L’ouvrage de Tzvetan Todorov est un manifeste éclairé en faveur de la cohabitation des cultures, dont l’Union européenne devrait être un exemple. Mais à cause de l’ignorance et du réductionnisme, la peur de l’Occident et le ressentiment des autres, notamment du monde musulman, ne facilitent pas cette cohabitation. Réductionnisme ? Réduire un milliard de musulmans à l’islam, l’islam à l’islamisme, l’islamisme au terrorisme, a provoqué des conflits entre des peuples qui devraient pouvoir vivre ensemble.

 

Tzvetan Todorov analyse le discours de Ratisbonne de Benoît XVI et montre à quel point l’islamophobie est répandue en Occident, jusque dans les paroles publiques des élites. Or à quoi bon enseigner l’idéal andalou de l’Espagne musulmane (où cohabitaient musulmans, juifs et chrétiens, notamment dans le domaine scientifique et culturel) si les élites refusent de construire l’Europe sur non pas une seule identité mais une pluralité d’identités et de mémoires européennes. Todorov ne néglige pas la nécessité des frontières et d’une défense armée. S’appuyant sur une vision humaniste, il met au contraire le doigt où ça fait mal : la peur, le ressentiment, l’ignorance, des maux qui sont de notre époque, des maux habituellement associés au Moyen Âge mais qui sont bien actuels et qui interdisent la paix et la cohabitation tranquille.

 

 

Voir une notice détaillée de l’auteur : Tzvetan TODOROV sur le site de Biblio Monde.

 

Lire la critique de Télérama (n° 3069, 5 novembre 2008), p. 71 :

« Le sale air de la peur ».

L’argumentaire lumineux d’un philosophe contre le repli identitaire.

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Catgirl 06/12/2008 07:46

en fait, on ne s'attache pas à la différence des origines, des cultures, etc. mais on cherche des gens qui regardent dans le même sens que nous, qui ont les mêmes valeurs.

c'est ce qui permet l'échange, en fait. Des valeurs communes mais des cultures différentes.

pleins de bisous :0010:

RanDom 06/12/2008 16:24



Ton commentaire pourrait faire la conclusion de mon article. Je te remercie t'apporter de l'eau de Loire à mon moulin de l'Auzette. Si seulement nos chers collègues
et compatriotes pouvaient avoir l'esprit aussi "étroit et fermé" que toi ;-P

:0010:



Catgirl 05/12/2008 20:31

pour moi, le problème est au-delà des cultures, du réductionnisme, de la mémoire, des rancoeurs.
Il me suffit de regarder au sein même d'une famille combien il est difficile de "composer" avec les autres. Quand on se retrouve à l'école, on fait avec les autres, parce que l'on arrive à créer des groupes affectifs qui donnent une sécurité. Ensuite il y a le travail, et là, ça commence à se compliquer ...
et puis, il y a la ville, le pays, le monde ...

ce que je veux dire c'est que l'on se cache peut etre derrière le réductionnisme, la rancoeur, la peur de l'autre, pour tout simplement dire que ... l'on a beaucoup de mal à accepter les différences quel quelles soient, parce que ... nous aimons avoir envie d'aimer les gens qui nous ressemblent, parce que c'est plus facile d'aimer les gens qui nous ressemblent.

Le livre que cite l'auteur de l'article dans le télérama me donne envie ... le livre Nous et les autres.

ps : j'ai réfléchi avant de poster parce que je n'étais pas sûre d'être dans l'idée de ton article ... si c'est le cas, pardonne moi

bisous :0010:

RanDom 05/12/2008 22:09



Tu es dans l'idée de l'article, ne t'en fais pas... J'ai mis cet article pour me motiver à lire, un jour, le livre de Tzvetan Todorov. J'ai découvert ce philosophe
par son petit opuscule : Les Abus de la Mémoire. Il sort actuellement le livre cité dans mon article. Bien sûr, je lirai sans doute ses autres ouvrages, dont
Nous et les Autres.
Ton commentaire parle de la même peur que la peur des barbares. La différence, c'est que tu changes d'échelle, passant de la famille au monde. En géographie, nous devons tenir
compte de toutes les échelles. La peur de l'Autre, j'en parlais dans une réponse à un commentaire de Jean-Yves, à propos de notre civilisation gréco-romaine. L'Autre fait peur, la femme pour
l'homme, le jeune pour le vieux, l'homosexuel pour l'hétérosexuel, etc... On peut faire des carnavals pour essayer, par masques interposés, de changer de place et de s'approprier l'Autre. D'où
vient une telle peur ? Sans doute de l'Autre ultime. L'Autre ultime, c'est le mort pour le vivant. Comme si aller vers l'Autre, c'était un peu mourir...

La peur de l'Autre, c'est aussi la peur de son regard, ce regard qui nous pétrifie. Ce regard qui nous tue. Il nous tue parce que le regard de l'autre nous transforme en objet. Nous nous sentions
vivre, mais nous voir dans le regard de l'autre, c'est un peu nous voir dans le regard de Méduse, nous voir en train de vivre et donc de vieillir et donc de mourir.

On pourrait philosopher longtemps ainsi, et ici, je ne m'inspire que de ma culture gréco-romaine. Je peux ajouter une nuance à ton commentaire, en partant de mon expérience personnelle. J'ai
toujours été plus attiré par les gens très différents de moi plutôt que par les gens qui me ressemblent. Je ne trouve aucun intérêt à rester avec des gens qui ont les mêmes goûts que moi, car
j'ai l'impression qu'on n'a rien à partager. Je préfère la compagnie de personnes qui sont très différents de moi : du sexe différent, d'origines différentes, de physiques
différents, etc... Au lycée, mes meilleurs copains étaient immigrés laotiens, béninois, italiens, blond(e)s, etc. Puis, mes meilleurs amis furent des filles, qui m'apportent plus de
choses (même en amitié) que les garçons de mon âge. Donc, je recherche la différence, pour mieux me compléter. Les gens qui me ressemblent et seraient toujours d'accord avec moi, ils me
lassent ; Pignouf et RanDom sont très différents l'un de l'autre. Ils peuvent se disputer, ne pas avoir le même avis, je peux te garantir qu'ils s'aiment et qu'ils partagent ensemble plus qu'ils
ne partagent avec des personnes-siamoises.

Par contre, il est vrai que je recherche la compagnie de personnes qui partagent les mêmes valeurs que moi, certaines qualités que j'estime indispensables. Donc, pour conclure, je cherche chez
les autres, quelle que soient leurs origines, leurs physiques, leurs cultures, des valeurs communes qui nous rassemblent et nous garantissent, comme nous le garantissent nos différences, des
échanges sincères et complices.

Je te souhaite une bonne nuit.
Et merci pour ton commentaire qui, tu le vois, fait réfléchir...
:0010: