Une soudaine envie de madeleines avec ou sans dattes

Publié le par RanDom

Certaines personnes me disent, lorsqu’elles découvrent que j’enseigne l’Histoire : « Ah, l’Histoire était une matière que j’aimais bien à l’école, mais c’était aussi ma bête noire car je n’arrivais pas à retenir les dates. » Je ne sais pas quoi leur répondre, étant donné que je ne retiens moi-même jamais les dates et que je suis pourtant professeur d’Histoire ! J’exagère, bien sûr, car je possède assez de repères chronologiques pour m’orienter dans le temps comme on peut s’orienter sur une carte sans forcément connaître tous les recoins de la région traversée. Le fait de ne pas retenir les dates est pour moi un plaisir. Le contraire, tout retenir, m’angoisserait ! Apprendre une date pour la 856e fois, c’est l’occasion de grignoter pour la 856e fois une madeleine de Proust et de me souvenir des autres fois où j’appris cette date. Retrouver 1789 ou 1492, ce n’est pas seulement remonter dans le temps pour enrichir sa culture générale, c’est aussi replonger dans notre boîte à souvenirs pour en sortir quelques jolies pages de notre vie qui nous firent aimer Marie-Antoinette ou Christophe Colomb…

 

J’ai la chance, de par mon métier, de refaire le voyage dans le temps, chaque année, avec mes élèves. Quand je les gronde : « Mais apprenez vos dates ! » ceux-ci me grondent : « Oh, vous, monsieur, c’est normal que vous les sachiez, puisque c’est vous le professeur ! » Et je leur réponds : « Parce que vous croyez qu’après l’école, c’est fini, il n’y a plus besoin d’apprendre ; eh bien, sachez que je continue d’apprendre avec vous, et j’apprends les dates avec vous… J’ai un peu d’avance sur vous, non parce que je suis votre professeur, mais parce que je suis plus vieux que vous, or croyez-le oui ou non, un jour, vous me rattraperez. Et certains même me dépasseront » Et c’est vrai que le meilleur cours, pour moi, c’est celui où j’apprends en même temps que mes élèves apprennent. Bien sûr, je n’apprends pas la même chose, puisque – je l’ai dit – je suis plus vieux que ces adolescents. Et c’est vrai que la différence entre eux et moi, c’est que mes élèves ont toute une vie à construire – avec ou sans dates, – tandis que moi, j’ai plein de souvenirs à ne pas faire disparaître (plutôt avec dates que sans elles).

 

Dans cette série d’articles, je vous vends quelques madeleines de Proust. Pour avoir enseigné à Saint-Yrieix-la-Perche, je sais que chez nous, les madeleines sont des bijoux. Alors voici des bijoux de l’Histoire. Rien ne vous empêche de grignoter quelque autre pâtisserie en lisant. Pour commencer, parlons Antiquité, ma période préférée, et soulevons quelques-unes de nos racines gréco-romaines.

 

J  Comment tu t’appelles ?

Dans un cours de langue, on commence souvent par apprendre cette formule : « Je m’appelle Pignouf, et toi, comment tu t’appelles ? » Dans l’Antiquité, que l’on étale, pour faire simple, de l’invention de l’écriture (vers 3000 av. J.-C.) à la chute de Rome (en 476 après J.-C.), donner un nom revêtait une grande importance car il faisait partie de la personne, en résumant ses origines, ses qualités, sa destinée. Par exemple, Amédée signifiait « aimé de Dieu », Naomi signifiait « ma gracieuse, ma douceur », Emmanuel signifiait « Dieu avec nous ». Aujourd’hui encore, nous aimons rechercher l’origine et la signification de notre prénom et de notre nom. Nous aimons aussi donner des surnoms, n’est-ce pas Pignouf ?

 

J  À quoi ça sert de retenir une date ?

Une date est utile pour plusieurs raisons. Le but n’est pas de remplir sa mémoire de chiffres, mais de rendre nos ancêtres bel et bien vivants. Ainsi, connaître les dates de la vie d’un personnage permet de lui donner son âge ! Quel âge, par exemple, avait Jules César quand il s’est battu contre Vercingétorix ? Si Jules est né en 100 avant J.-C. (avouez tout de même qu’il y a des dates plus difficiles à retenir), eh bien Jules avait (100-52 =) 48 ans, lorsqu’il conquit la Gaule, et 56 ans quand il fut brutalement assassiné, notamment par Brutus. Périclès, le stratège athénien, a vécu dix ans de plus que César puisqu’il est né en -495 et il est mort en -429.

On peut aussi connaître la durée d’un règne : le premier empereur Romain, qui n’est pas Jules César mais bien son neveu Auguste, est resté au pouvoir de -27 jusqu’à sa mort en 14 après J.-C. Il a ainsi gouverné 41 ans et vous noterez que c’est lors de ce long règne que débute notre ère.

 

J  L’Iliade et l’Odyssée d’Homère :

Parfois, il est très difficile de donner une date précise. Ce n’est pas grave ! Cela permet de rêver et de construire des légendes. Les chants homériques devaient servir de manuels scolaires pour les enfants Grecs qui apprenaient à lire et découvraient ainsi leur culture, leurs mythes avec des codes moraux… Il nous en est resté des images et des expressions, comme « L’Odyssée de l’espace, de l’espèce, etc. », « Un cheval de Troie », « Un talon d’Achille », « Tomber de Charybde en Scylla »…  
Retrouvez Homère, vers le IXe s. avant J.-C., et sur le site de la Bnf.



 

J  On peut apprendre en jouant… Les Jeux Olympiques d’Olympie à Pékin :

Selon la tradition, c’est en 776 avant J.-C. que se déroulèrent les premiers Jeux. Ils ne rassemblaient que des Grecs, eux-mêmes divisés en de multiples cités comme nous sommes aujourd’hui divisés en de nombreuses nations. Les athlètes les plus complets disputaient le pentathlon (aujourd’hui, ils disputent le décathlon), qui comportait comme épreuves : la course à pied, le saut en longueur, le lancer du javelot, la lutte et le lancer de disque. Les Grecs avaient le don de corser leurs épreuves, avec par exemple, la course en armes, pire que la course en sac à patates.  L’épreuve de saut en longueur se pratiquait avec des haltères de près de 2 kilos…



J  In Vino Veritas : la vigne, les céréales, les oliviers, l’Histoire donne faim !

La céramique fascine toujours par la variété de vases produits par les potiers : les amphores conservaient et permettaient de transporter l’huile et le vin ; les hydries, comme leur nom l’indique, conservaient l’eau ; les lécythes étaient destinés à l’huile et aux parfums. Au cours du banquet, le cratère contenait le vin. Les oenochoés servaient à puiser la boisson avant de la verser dans la coupe.

 

Retrouver ici des images de la céramique grecque antique.

 

La céramique offre aux historiens un moyen de datation en fonction de leurs formes et de leurs motifs. Les vases athéniens sont fameux. On situe, au Ve siècle avant J.-C., l’apogée d’Athènes.

 


J
 
Hérodote, le premier historien (au Ve siècle avant J.-C., 484-425) :

Les Anciens surnommaient ce Grec « le père de l’Histoire » et son œuvre est restée célèbre jusqu’à nos jours. Il existe même un site internet à son nom… Il faut lire Hérodote pour découvrir l’Égypte antique plus de deux mille ans avant l’expédition de Bonaparte. Ses voyages en Asie, en Afrique ou en Grèce font toujours rêver l’amateur d’Antiquité.

 


J  Le tirage au sort, pas pour le loto, mais pour la démocratie !

Athènes, puissante au Ve siècle avant J.-C., se distingue des autres cités grecques par son régime politique : la démocratie. Les magistrats pouvaient être élus, comme le stratège Périclès, mais ils pouvaient aussi être tirés au sort ! Imaginez que le choix de nos députés se fasse par tirage au sort à la place des élections… On prendrait un clérôtérion (la machine utilisée alors) et l’on introduirait dans les fentes des jetons de bronze portant les noms des individus que l’on souhaitait désigner, avant de tirer au sort. Cela se faisait notamment pour désigner les membres du tribunal de l’Héliée. Pour certains, ce tirage au sort a des avantages par rapport à l’élection : elle évite les dérives qui la guettent comme la professionnalisation de la vie politique, la montée de l'abstentionnisme, l’accaparement du pouvoir par des élites…

 


Attention ! Si Athènes fut pionnière pour ce qui concernait les lois et le gouvernement, il ne faut cependant pas oublier que le nombre de citoyens pouvant prendre part à la vie politique était restreint. Les femmes et les enfants, les étrangers et les esclaves, étaient exclus de cette vie « démocratique ». Ces personnes participaient autrement à la vie de la cité. C’est justement du mot « cité » (la polis, en grec) que vient notre mot « politique ». Les femmes ont acquis il y a peu le droit de participer à notre vie politique. Les enfants doivent attendre 18 ans et franchissent progressivement les étapes pour acquérir le statut de citoyen. Les étrangers n’ont pas encore accès à toutes les élections et l’on fait la distinction entre les citoyens européens et les étrangers d’origine extérieure à l’Union Européenne. Les esclaves n’existent plus, officiellement, mais combien n’ont pas les moyens de participer pleinement à notre vie politique, du fait de leurs conditions de (sur)vie.

 

J  Quel est le nombre romain le plus long à écrire ?

Traînons un peu au commencement de notre ère pour compter en chiffres romains. On écrit en effet les siècles de cette manière : Ier, IIe, IIIe, IVe, Ve siècle, etc… On pourrait continuer ainsi jusqu’à l’infini, mais s’il fallait écrire le nombre romain le plus long entre 1 et 5000, quel serait-il ? Eh bien 4988 car MMMMDCCCCLXXXVIII. J’en connais beaucoup qui s’écrieront, en tentant de déchiffrer cela, le mot commençant pas la même lettre M mais n’en comprenant que 5, de lettres… Que les élèves se rassurent, avant de leur enseigner les événements du MMMDCCCCLXXXVIIIe siècle, de l’eau aura coulé sous les ponts !

 

J  Les gladiateurs aux jeux du cirque à Rome :

Ils disent « Ave Caesar, morituri te salutant » et ceux qui n’ont jamais fait de latin devinent que c’est une formule réjouissante, où ceux qui vont mourir saluent leur César. Attention, ici, César ne désigne pas Jules mais l’Empereur romain. Pour simplifier, les élèves apprennent que l’apogée de l’Empire romain se situe au IIe siècle après J.-C. Qu’est-ce que l’apogée ? C’est le fameux instant où les spectateurs dressent le pouce. Imaginez la joie du perdant qui aura ainsi la vie sauve. Le moment de bonheur intense qui envahit son esprit : « Ouf, c’est le plus beau jour de ma vie ! » Eh bien qu’il en profite, de ce qu’il lui reste à vivre, car je suis presque certain qu’au prochain combat, vu sa paresse à l’entraînement, les gens se lasseront et baisseront le pouce (pas besoin de portable pour taper sur une touche afin de réclamer la peau d’un candidat).

 

Sous l'Empire, leur armement et leur costume furent strictement définis. Certains étaient armés légèrement d'un petit bouclier et d'une épée (les secutores), ou d'un filet plombé et d'un trident (les rétiaires). Les gladiateurs lourdement armés étaient les mirmillons, les Samnites, les Gaulois, les Thraces

 



J
 
De l’Empire romain à l’Empire byzantin :

Combien de légionnaires avons-nous croisés, au moins dans les BD d’Astérix, brandissant la pancarte avec les lettres SPQR ! Elles signifient Senatus Populusque Romanus, pour « le Sénat et le Peuple romain ».

Après la division de l’Empire romain en 395, les Barbares envahirent progressivement l’Empire d’Occident, qui disparut pour de bon à la chute de Rome en 476. Seul l’Empire romain d’Orient résista, et sa capitale, Constantinople resta longtemps imprenable. Comme cette ville s’appelait auparavant Byzance, les historiens donnent le nom d’Empire byzantin à l’héritier de l’Empire romain d’Orient.

Publié dans Passé Présent

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Catgirl 12/12/2008 21:14

j'ai un problème avec les dates, parce que j'ai un soucis avec les chiffres ... je ne connais mon code de carte bleu que de visu ... grace au touche ...mon téléphone, j'ai du mettre tant de temps à l'apprendre, que ... j'ai toujours refusé d'en changerquand à mon numéro de portable, il est lié à des chiffres clés qui marche par deux ...les dates, une torture pour moi ... je parle des années, parce qu'il y a plus de deux chiffres.je t'explique, si un chiffre a plus de trois nombres, je risque fort d'inverser les deux premiers ... un exemple si je vois 4587 ... je vais reproduire 5487 ... les dates m'ont donc toujours rendues folles ;)et cela a commencé avec les multiplications en école primaire qui reste aujourd'hui source de cauchemards ... puisque je ne les connais pas ... je devrais avoir honte, et non, parce que c'est ainsi et que je n'y peux rien. c'est un peu comme les gens qui ne savent pas lire ... et bizarrement, j'ai fait un bac A1 que j'ai bien réussi ... merci ma calculatrice ;)donc pour moi, l'important c'est que je sache l'ordre des faits, que je me repère ainsi ... pour l'histoire de france, cela passe par l'architecture, les costumes, les façons de vivre, les écrivains ...bref tu vois je biaise pour compenser mon "petit" problème ;)avec ce que tu viens de dire, tu comprends mieux pourquoi, je cherche différents points de vue sur la seconde guerre modiale, je ne peux me contenter du seul point de vue "les allemands sont des tueurs" et les "juifs des victimes" ... j'ai besoin de comprendre comment l'humain en est arrivé là.cela fait des années que le sujet m'intéresse, vingt ans en fait ... et cela m'a appris l'indulgence, et quelque chose que ma grand mère m'a dit, m'a expliqué ... que la vie n'était pas toute noir, ou toute blanche, que la couleur dominante s'appelle le gris, qu'il faut savoir être moins droite pour pouvoir comprendre ses semblables, pour pouvoir être indulgent.tiens c'est marrant ça, je n'y avais pas pensé, à plaindre nos ancêtres parce qu'il se passait du pétrole ... mincetu m'excuseras si je ne commence pas ;) car comme tu dis, le pétrole n'avait pas pour eux la valeur qu'il a pour nombre de nos contemporains merci à toi de prendre le temps d'échanger avec moi:0010:

RanDom 12/12/2008 22:08



Rassure-toi pour les chiffres, moi aussi, j'oublie beaucoup de dates, mais j'ai fini par ne plus culpabiliser : les mathématiciens utilisent des ordinateurs et ont
la possibilité, désormais, d'accélerer leurs calculs. Ils sont peut-être moins bons en calcul mental que leurs ancêtres, mais ils peuvent calculer plus d'opérations et plus vite. Donc, un
historien utilise des chronologies et un géographe des cartes pour se repérer et faire autre chose au lieu de devoir se rappeler d'une date ou d'un repère. Mais il est certain que si l'on veut
être le plus efficace possible, il vaut mieux retrouver instantanément un outil qui est dans la tête plutôt que de chercher dans son bureau en désordre la foutue frise chronologique qu'on avait
passé trois heures à représenter en s'appliquant et qu'on a mis trois secondes à perdre dans quelque classeur ou sur quelque étagère... Il est illusoire de retenir toutes les dates comme il est
illusoire pour un géographe d'avoir toutes les cartes dans la tête. Cela ne veut pas dire qu'on peut se passer de cartes ou de dates. Au contraire. Les dates peuvent aider à mémoriser une
anecdote. D'ailleurs, on se repère bien d'après les propres dates de sa vie. D'où l'utilité des anniversaires et de certaines commémorations (mais attention, trop de commémorations peut entraîner
l'effet inverse de ce que l'on recherche).

Je comprends bien le problème de mémoire que tu évoques et on en voit bien chez la majorité des élèves, des problèmes de ce genre. Par exemple, certains vont te raconter
un événement sans faute d'orthographe et je vais leur dire : tu n'as pas mis de date !!! On ne sait pas quand ça se passe, ton histoire ! Et la fois suivante, l'élève va mettre les dates
retenues, mais avec plein de fautes d'orthographe. Parce que sa mémoire ne se concentre que sur une seule opération : la datation ou l'expression. L'élève n'arrivait pas à faire les deux en même
temps (dater et raconter). Il arrive aussi que les élèves inversent les chiffres : Clovis fut baptisé, selon certains, en 946 au lieu de 496. Je comprends l'erreur (les trois chiffres retenus
mais dans le désordre) puisque ça arrive pour un mot comme énigme que certains prononcent souvent comme ça : "égnime" ! Mais je dis à l'élève : OK,, tu as retenu les trois
chiffres, mais en mettant 946 au lieu de 496, tu détruis tout... Rends-toi compte ! Tu places Clovis après Charlemagne. Tu places le premier roi franc chrétien après un successeur qui se fait
sacrer empereur par le pape... La charrue avant les boeufs, en somme. Donc, ce n'est pas là une question de mémoire, c'est une question de logique ! Il vaut mieux dire : je ne suis pas sûr de la
date, j'ai oublié la date, mais je raconte quand même l'histoire, plutôt que de mettre une date erronée qui fausse tout. Oublier une date, ça passe mieux que de mettre une date qui montre
que tu n'as rien compris à l'histoire !!!

Bon, je vais arrêter là l'échange puisque tu dois lire en ce moment avant de t'endormir. Je te souhaite une bonne nuit. Si j'ai pris du temps pour échanger avec toi ce soir, c'est parce
que je ne considère pas ce temps comme perdu. Au contraire, je suis frustré de ne pas avoir plus de temps pour développer ma pensée et d'être obligé de simplifier au risque d'être incompris ou
mal interprété.

Bisous :0010: 



Catgirl 12/12/2008 20:06

oui peut etre (pour ne pas avoir à dire tu as raison ), bien sûr, expliqué ainsi les dates prennent leur importance. je n'avais pas vu les choses comme cela.j'aime que l'on me raconte les choses, j'aime aller dans les chateaux pour sentir ce qui a existé avant, voir comment c'était, comment on vivait, m'impregner de cela.et puis, j'aime aussi les petites anecdotes, et j'aime aussi savoir l'histoire, la plus grande histoire.par contre, et j'espère que tu me pardonneras, mais j'ai toujours pensé qu'il fallait, en histoire, faire foi en l'homme, en ces dire. hors, il n'est pas de témoin impartial ... et j'avoue rester fasciner par le comment sait on que c'est ça et pas autre choserassure toi, les mêmes questions me taraudent sur les écrivains leurs écrits, et j'ai été conforté par cela lors de mon interview de Koulou, on n'aborde qu'un seul côté des choses, mais j'ai toujours mis en doute le prof qui me disait que baudelaire avait voulu cet effet de style plutot que tel autre, parce que je sais, que baudelaire et comme tous les poètes écrivent avec des mélodies de mots dans la tête et c'est ça qui fait la beauté de leur poèmeensuite, ce sont des défis personnels, comme les alexandrins, ensuite ce sont des mots posés sur des effets que l'on retrouvemais l'histoire reste l'histoire, et c'est une chose fascinante, et ce qui me fascine bien plus, ce sont les gens qui savent nous raconter leur fascination de l'histoire, ou des choses en général, parce que c'est ça qui génère les envies, la façon dont ceux qui sont fascinés finissent par nous fasciner au point de suciter l'envie.pour le reste, je te l'ai dit, si tel est ton choix, fonce ... fais le pour toi ..:0010:

RanDom 12/12/2008 20:59



Tes pensées sont plein de bon sens. Et mon point de vue n'est qu'un point de vue ! Il faut savoir aussi que, en ce qui concerne l'Antiquité, nous ne fonctionnons pas
avec des dates absolues mais des dates relatives ou approximatives. Parfois, c'est même impossible de connaître la date ! Par contre, en corrigeant une date par mes recherches en maîtrise, j'ai
modifié certaines idées de mon directeur de recherches. Comme quoi la datation ramène, en plus de vérité, un peu de vie. Rassure-toi, les dates n'empêchent pas les anecdotes ! Les dates peuvent
aussi rendre les anecdotes palpitantes mais on ne demandera pas aux élèves de retenir une tonne de dates. Dans ma leçon sur le monde musulman, on leur demande juste de retenir les dates où vécut
Mahomet, avec l'Hégire (622) comme début de l'ère musulmane. Les élèves connaissent 732 (bataille de Poitiers) sans que je leur apprenne. Ensuite, il suffit que moi j'explique pourquoi on
considère que ces dates sont importantes ou pas importantes ou moins importante que dans le passé, sinon plus importante qu'on le croyait, et c'est là qu'apparaît la chair, l'histoire à
raconter.

Bien sûr, toute histoire repose sur la foi en l'homme. Tu as forcément raison. Il faut aimer les fantômes que l'on recrée pour leur donner un peu de notre sang. L'historien est l'inverse du
vampire. Il ne boit pas le sang des morts, il leur rend !!! (S) Mais il ne faut pas écouter qu'un seul homme, il faut écouter tous ceux qui ont vécu l'histoire en question, les amis commes les
ennemis.

Parfois, il n'y a aucun témoin. Parfois, ils sont tous morts. Voilà pourquoi je suis passionné par l'histoire, par ce pouvoir qu'il nous est donné de redonner de la chair à ce qui a vécu. Mais ce
pouvoir ne tient qu'à une condition : la crédibilité, la légitimité de l'historien et l'historien ne peut pour cela pas se reposer sur le vraisemblable car un écrivain ferait aussi bien voire
mieux. Un historien n'a de légitimité que s'il appuie son Histoire sur la démarche scientifique : questionnement, formulation d'hypothèses, recherches d'indices et de preuves, nouveau
questionnement, et ainsi de suite. Une histoire, racontée par un historien, n'a jamais de début, ni de fin, elle n'a que des suites.

Enfin, certains philosophes de l'Histoire ont bien montré qu'on fait de l'Histoire à partir d'expériences personnelles, à partir d'une société et que l'Histoire est une sorte de miroir : on
raconte le passé comme on ne veut pas raconter le présent, de peur de voir les rides. Par exemple, le défi environnemental focalise certains regards d'historiens sur le comment faisaient nos
ancêtres pour se passer de pétrole, alors qu'avant, on s'en fichait, puisqu'on les plaignait de ne pas avoir de pétrole !

Voilà, je t'avais dis que j'avais l'âme disponible, ce soir, pour philosopher.

Merci de nourrir mes pensées des tiennes, j'aime bien écrire comme ça, pour raisonner !
:0010:



Bizous-amie 09/12/2008 07:27

Bizous :0091:

rosa bleu 08/12/2008 19:19

long mais enteressant je vaudre bien te voir en classe ;) bise

Catgirl 08/12/2008 09:03

alors, dis nous, dis nous l'origine de Damien et sa signification et dis nous pour Pignouf ;)

Catherine, c'est simple du grec katharos qui signifie pur, mais il vient aussi de ékaté, aussi du grec qui était un surnom de la déesse diane ...


l'histoire ... j'ai oublié les dates, parce que je n'ai jamais su les retenir, un blocage, mais l'histoire n'a pas besoin de dates, elle a besoin d'histoire !!! d'anecdotes, de quelqu'un qui nous raconte en faisant rêver.
après ce qui compte c'est de savoir le siècle et la chrono mais la datation exacte après tout
est ce vraiment important ???

je ne crois pas que l'antiquité est ce qui m'a plu dans l'histoire. en fait non, ce n'est pas ce que j'ai préféré, en tout cas pas, comme je l'ai appris.

ce qui m'intéresse c'est de savoir que dans cette démocratie, la démocratie n'existait que pour les hommes et non pour les femmes, les enfants, les esclaves etc.

je crois que j'aurais aimé ethnologie ou anthropologie. ça ça m'aurait plus plu ^^

et puis, je voulais te dire que ... la différence entre tes élèves et toi, ce n'est pas que tes élèves ont une vie à construire, tandis que toi tu as pleins de souvenirs ...

la similitude c'est que vous avez vos vies à construire, que je sache tu ne vas pas mourir demain donc ta vie reste à construire, jusqu'au dernier jour, que ce soit d'une manière ou d'une autre ...
par contre, la différence, c'est que ... effectivement, tu as sûrement plus de souvenirs ^^ et que, au fur et à mesure que tu avances dans ta vie, tu n'engranges pas les souvenirs de la même manière ...

vive la madeleine de Proust !!!

bisous

RanDom 12/12/2008 19:50



Je réponds tardivement à ton commentaire parce qu'il me fallait du temps pour ça et ce soir, je me sens l'âme disponible. Alors pour la signification de Pignouf, il faut voir Marj, parce que
c'est un surnom qu'on m'a attribué sans qu'on me demande mon avis. Et comme j'ai l'esprit ouvert, je me dis, pourquoi pas, je suis bien un peu Pignouf sur les bords (de l'Auzette).

Des Cathares à Catherine, je retiens la pureté qui implique forcément d'autres obscurités. J'aime bien aussi la version de Diane la chasseresse. Elle convient bien à ton surnom de Cat.

Pour Damien, je me contente de copier un texte pris sur le net. Je n'ai pas de meilleures explications à donner sur un prénom qu'on m'a donné. Issu du latin Damia, un nom que les Romains
avaient attribué à la déesse grecque Cybèle, mère de Jupiter et de Neptune. Damien fut un prénom assez répandu durant les premiers siècles de notre ère. Le succès du culte de la
grande divinité, considérée comme une incarnation de la Terre, explique sans doute sa diffusion. Il n'est pas impossible, en outre, que le Damia latin soit issu du Damaios grec, dérivé du
verbe damazein signifiant dompter, mettre sous le joug - et que les deux prénoms soient devenus indiscernables l'un de l'autre. Damien devint ensuite peu fréquent. Au Moyen Âge, on le
rencontre presque exclusivement dans les milieux ecclésiastiques, où il était sans doute apprécié en raison de la popularité de son saint patron. Curieusement, au milieu du XXe siècle, ce prénom
a été redécouvert dans de nombreux pays, y compris les États-Unis. Son usage est devenu courant. En France, son succès date des années 1970, et, même si aujourd'hui l'engouement pour
Damien est devenu moins vif, il demeure très fréquent. Saint Damien était le frère et peut-être le jumeau de saint Côme. Comme lui, il fut médecin anargyre (refusant tout salaire) en
Syrie et en Palestine, et mourut martyr en 303. Il est, avec Côme, le saint patron des médecins. Je surligne ce dernier passage puisque je suis justement né en 1976, donc dans la période
où le prénom fut redécouvert. Et c'est vrai que ma mère me dit toujours que j'étais un pionnier en matière de Damien !

Je ne suis pas d'accord quand tu dis que l'histoire n'a pas besoin de dates. C'est comme si tu disais que la musique n'a pas besoin de notes mais juste de mélodie... Alors, c'est vrai que le
solfège a toujours un côté ennuyeux, mais le solfège offre une structure nécessaire dans lequel tout musicien peut composer librement. Sans date, toute histoire, toute anecdote,
s'écroule. Et puis sans date, toute histoire devient légendaire, et le plus souvent faussée. C'est comme si tu demandais à un parent de raconter sa vie. Il te racontera de très
jolies histoires, sans forcément se souvenir des dates exactes, précises. Toi, tu seras envoûtées par son expérience de la vie. Mais quand plus tard, tu voudras connaître
la vérité sur ce parent, tu trouveras des archives, des dates, et tu comprendras alors que les histoires racontées par ce parent étaient certes belles, avec beaucoup d'anecdotes et
d'émotions, mais ou bien c'était des souvenirs assez proches de la réalité, ou bien c'était des souvenirs fantasmés, des scènes d'une vie rêvée mais pas réellement vécue. 

L'historien n'a que faire des belles histoires, il recherche des histoire vraie, d'où la nécessité des dates. Qu'on les retienne ou pas, peu importe, il faut tout de même qu'elles soient là,
comme les preuves d'une enquête. Parce que sans preuve, l'enquête ne tient plus debout. Ce qui est passionnant, aussi, c'est le choix des dates. Pourquoi on retient une date plutôt qu'une
autre ? Pourquoi une date oubliée à un moment donné ressurgit dans la mémoire à une autre époque ? Pourquoi on préfère commémorer telle date plutôt qu'une autre. L'Histoire et les Dates ne sont
pas figées. J'arrête là sur les dates, mais je pourrais continuer. Je ne veux pas que l'Histoire ne soit qu'une série de dates. Mais je ne crois pas que l'Histoire ne soit qu'une série
d'anecdotes. Sinon, il faut aller voir les conteurs...

L'Antiquité est ma période préférée. Je suis fasciné par les origines : pourquoi on écrit ? pourquoi on croit ? Pourquoi on se fait la guerre ? Pourquoi ce sont les hommes qui nous
gouvernent ? Pourquoi on utilise de la monnaie ? etc. Cela rejoint ton intérêt pour l'anthropologie ou l'ethnologie. D'ailleurs, ce sont des branches scientifiques qu'aiment les
historiens et je lis beaucoup certains anthropologues historiens. Je ne fais pas de l'Histoire juste pour connaître et raconter le passé. Je fais de l'Histoire pour comprendre notre société
actuelle. Et on ne peut comprendre notre société actuelle sans étudier notre passé. La Démocratie athénienne excluait en effet les femmes. Se contenter de dire ça et de se révolter
en disant : "c'est nul, une démocratie qui exclut les femmes, ce n'est pas une vraie démocratie !", cela ne fait pas avancer le problème. Par contre, se demander quel était le rôle des
femmes dans la démocratie athénienne, cela a plus d'intérêt, parce que les Athéniens ont tout de même une femme comme patronne de la Cité : Athéna ! Je préfère me poser des questions plutôt
que de juger telle ou telle civilisation. Le fait de juger des civilisations, cela nous amène à faire des hiérarchies, à dire que certains sont encore au Moyen Âge quand d'autres sont plus
modernes... N'oublions pas que notre civilisation occidentale, pourtant considérée comme la plus aboutie, la plus démocratique, a pu produire la barbarie nazie. Parce que nous sommes
d'origine judéo-chrétienne, certains ont l'impression que notre culture, notre religion, notre langue (anglaise) devraient être universelles. Certains intellectuels ont même
parlé de la fin de l'Histoire après la chute du Mur ! Or l'Historien a de beaux jours devant lui, parce que pour comprendre le monde d'aujourd'hui, il va falloir s'en poser, des
questions, et pas seulement sur l'avenir, mais aussi sur le passé ! Et notre passé ne commence pas en 1789. Il commence à nos origines. La Préhistoire que nous apprendrions à nos élèves
si on avait les moyens est très différente de la Préhistoire que nous avons appris. Et je suis sûr qu'une bonne connaissance de la Préhistoire permettrait de mieux respecter l'humain et
la Terre. Hélàs, beaucoup doivent se dire, dans leur bureau, que connaître la Préhistoire, comme connaître le latin, c'est perdre son temps.

Enfin, je suis bien sûr d'accord avec toi quand tu dis que j'ai, comme les élèves, une vie à construire. Mais je disais à une collègue plus âgée que moi que j'entrais dans une nouvelle
période de ma carrière. Je suis à une période de ma carrière où je tourne en rond comme un poisson rouge dans son aquarium. J'ai donc atteint une paroi du bocal et pour continuer, il faut
que je pense à revenir en arrière, à trouver un second souffle qui me permettra d'avancer. Et cela passe par le souvenir. Cette étape me réjouit parce qu'elle m'offre de nouvelles
perspectives. Si je me contentais de n'envisager que l'avenir, sans me souvenir de mes passions premières, j'entrerais dans une routine que connaissent de nombreux professeurs pour qui
le métier n'est plus devenu qu'un gagne-pain. Je ne veux pas en arriver là. J'ai choisi ce métier quand j'avais 12 ans. J'ai obtenu mon concours à 23 ans. J'ai aujourd'hui 32 ans. Je suis
encore jeune, en effet, mais si on compte bien, cela fait tout de même 20 ans maintenant que je me consacre à l'Histoire. De 1988 à 2008 en passant par ma maîtrise en 1998, tu
vois que les dates sont importantes. Les choisir pour le symbole, et envisager l'avenir avec tous ces souvenirs, avec sérénité aussi, parce qu'on peut parfois être fier de ce qu'on a déjà
construit (malgré certains jugements hâtifs sur les fonctionnaires) avant de continuer à construire.