Au commencement était le noir...

Publié le par RanDom

Plusieurs de mes articles annonçaient ce livre que je reçus parmi les étrennes.

Présentation sur France Inter, l'humeur vagabonde

Car au commencement est souvent le noir, et pas seulement le café, nécessaire à cette heure-ci, pour faire naître une idée, ne serait-ce qu'une toute petite idée de départ.

Je pourrais au lieu de ça vous souhaiter une formidable année 2009...
Je pourrais, en forme de voeux, vous en faire voir de toutes les couleurs.
Il faut pourtant bien se résoudre à avancer dans le noir ou dans la neige. Tout dépend de ce que vous voulez bien voir, tout dépend si vous apercevez mes chaussures noires suivant les empreintes que vous avez laissées dans la neige pour me guider auprès de vous.

Et vous comprendrez pourquoi je suis heureux que vous daignez encore me lire en 2009, malgré 2008, malgré 2007, malgré 2006 aussi et malgré ce passé qui nous colle à la semelle et que j'éprouve tant de plaisirs à redécouvrir, dans ce blog comme dans ma vie.

Mais parlons d'avenir puisque nous avons franchi les premiers jours de cet avenir. Et parlons du noir qui s'offre à nous comme horizon nocturne.

Vous me demanderiez : "RanDom, que signifie tout ce noir ?"
Et je vous répondrais ainsi, par
un baiser de cinéma...
Pignouf, pendant ce temps-là (que dure le fameux baiser de cinéma dont on rêve), cherche à résoudre l'énigme : "Que peut-on bien entendre par noir, par rouge ou par blanc, qu'est-ce que c'est difficile d'y voir clair !" Avant qu'il ne se perde dans quelque arc-en-ciel, je lui colle sous les yeux la réponse de Ludwig Wittgenstein :
À la question : « Que signifient les mots rouge, bleu, noir, blanc ? », nous pouvons bien entendu montrer immédiatement des choses qui sont de telles couleurs. Mais notre capacité à expliquer la signification de ces mots ne va pas plus loin (Ludwig Wittgenstein
, Remarques sur les couleurs, 1, 68).

Et si je voulais vous montrer ce que signifie le noir, pourquoi vous montrerais-je la mort plutôt que l'amour ? Par exemple, pourquoi  cette
noire petite histoire en pays totalitaire plutôt qu'une future nuit à nous rapprocher de l'enfer ?

J'ai terminé l'année 2008 en regardant
L'Apocalypse sur arte mais puisque la fin du monde se fait attendre, il me fallait reprendre depuis les ténèbres de la Bible...

Dans la Bible, le noir précède toutes les couleurs.

 

Il a un statut négatif, associé aux ténèbres. Dans l’Antiquité romaine et pendant les premiers siècles du Moyen Âge, le bon et le mauvais noir cohabitent. D’un côté le noir renvoie à l’humilité et à l’autorité ; de l’autre au monde des morts et aux forces du mal.

Durant l’époque féodale, théologiens, moralistes, pratiques liturgiques concourent à en faire une couleur mortifère. Dans le domaine vestimentaire seuls les moines bénédictins lui restent fidèles.

La fin du Moyen Âge : période d’intense promotion pour le noir.

L’héraldique s’en empare et le délivre de ses aspects funestes. Les lois somptuaires, condamnant les vêtements trop colorés, accentuent sa dimension vertueuse. Alors que la teinturerie connaît de gros progrès, notamment pour les étoffes de soie et laine, les princes lui témoignent un amour immodéré ; le noir devient une couleur curiale et même royale et il le reste jusqu’au XVIIe siècle.

Un monde en noir et blanc

À la fin du XVe siècle, associé au blanc, le noir est conduit à ne plus être considéré comme une couleur. Toutes les images du Moyen Âge étaient polychromes ; les images, et les ouvrages imprimés, sont désormais en noir et blanc. En 1665-1666, quand Isaac Newton découvre le spectre, par ses expériences du prisme, il impose un nouvel ordre des couleurs au sein duquel il n’y a plus de place ni pour le blanc ni pour le noir. La photographie est en noir et blanc. Le cinéma vient relayer cette hégémonie.

Le noir, couleur « moderne » ou « comme les autres » ?

À l’horizon des années 1920-1930, les couturiers l’adoptent : la « petite robe noire » de Chanel (1926). Il est encore rebelle ou transgressif : les chemises noires, les blousons noirs, le drapeau noir…

Aujourd’hui, le noir est rentré dans le rang, occupant chez les consommateurs une place moyenne, après le rouge et avant le blanc. Serait-il devenu, se demande Michel Pastoureau, une « couleur comme les autres » ?

L’auteur : Michel PASTOUREAU



Historien, spécialiste de l’histoire des couleurs, des emblèmes et des symboles, Michel Pastoureau est directeur d’études à l’École pratique des hautes études et à l’École des hautes études en sciences sociales.

Bibliographie :

– La Bible et les saints. Guide iconographique, Flammarion, 1990 (en collaboration avec G. Duchet Suchaux).

– L’Étoffe du Diable. Une histoire des rayures et des tissus rayés, Seuil, 1991.

– Rayures, Seuil, 1994.

– Bleu. Histoire d’une couleur, Seuil, 2000.

– Une histoire symbolique du Moyen Âge occidental, Seuil, 2004.

– L’Ours. Histoire d’un roi déchu, Seuil, 2007.

– Noir. Histoire d’une couleur, Seuil, 2008.

Une bibliographie détaillée de l’auteur est disponible dans ce dernier ouvrage.

La liste des études préparatoires à ce livre est présentée, p. 210.

      Lire l'entretien "Le noir, tout un symbole" sur le site du Point.fr.

Je dois reconnaître que noir, ce livre n'est pas seulement une somme d'informations, mais c'est également un bel objet. L'impression en noir sur blanc ou en blanc sur noir donne du relief au sujet tandis que les belles illustrations approfondissent les mots de M. Pastoureau.

En voici le résumé de la 4e de couverture :

Longtemps, en Occident, le noir a été considéré comme une couleur à part entière, et même comme un pôle fort de tous les systèmes de la couleur. Mais son histoire change au début de l’époque moderne : l’invention de l’imprimerie, la diffusion de l’image gravée et la Réforme protestante lui donnent, comme au blanc, un statut particulier.

Quelques décennies plus tard, en découvrant le spectre, Newton met sur le devant de la scène un nouvel ordre des couleurs au sein duquel il n’y a désormais plus de place ni pour le noir, ni pour le blanc : pendant presque trois siècles, ce ne seront plus des couleurs.

                Toutefois, dans le courant du XXe siècle, l’art d’abord, la société ensuite, la science enfin redonnent progressivement au noir son statut de couleur véritable.

> Dans cette longue histoire du noir dans les sociétés européennes, l’accent est mis autant sur les pratiques sociales de la couleur (lexiques, teintures, vêtements, emblèmes) que sur ses enjeux proprement artistiques.

> Une attention particulière est portée à la symbolique ambivalente du noir, tantôt pris en bonne part (fertilité, humilité, dignité, autorité), tantôt en mauvaise (tristesse, deuil, péché, enfer, mort).

> Comme il n’est guère possible de parler d’une couleur isolément, cette histoire culturelle du noir est aussi, partiellement, celle du blanc (avec lequel le noir n’a pas toujours fait couple), du gris, du brun, du violet et même du bleu.


Je tourne déjà les pages. Je voudrais entrer dans les détails... Mais la nuit vient de tomber. Il me reste à mettre ici les titres des chapitres pour les développer dans un avenir prometteur. C'est tout ce que Pignouf nous souhaite, un bel avenir prometteur, qui nous apporte sa lumière.

Sommaire du livre de M. Pastoureau :

 

Introduction : Pour une histoire des couleurs, p. 11-17.

 

I. Au commencement était le noir. Des origines à l’an Mil, p. 18-44.

 

II. Dans la palette du Diable, Xe-XIIIe siècle, p. 45-76.

 

III. Une couleur à la mode, XIVe-XVIe siècle, p. 77-112.

 

IV. Naissance d’un monde en noir et blanc, XVIe-XVIIIe siècle, p. 113-151.

 

V. Toutes les couleurs du noir, XVIIIe-XXIe siècle, p. 151-195.


Pignouf vient d'allumer pour mieux voir dans toute cette pénombre et moi, alors aveuglé, à l'instant qu'il me fallut pour rouvrir les yeux, je vous ai perdue.

Publié dans Tant de couleurs

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Jean-Yves 05/01/2009 21:19

Dans l'ancien testament (Genèse), les ténèbres sont l’état primitif avant la victoire de la lumière apportée par Dieu. Pour un Occidental, il est donc difficile de se débarrasser d’une vision angoissante face au noir.
Le noir est pourtant devenu très prisé depuis deux siècles même s’il garde une dimension tragique : désespoir chez les romantiques ; emblème chez les anarchistes ; signe de vertu chez les professeurs (cf. les Hussards noirs)… je dois en oublier…
Du même auteur, j’ai lu, il y a quelques années, une histoire du « bleu » : celle d’un renversement dans le temps. Si les Romains ne prisaient pas le bleu, aujourd’hui, c’est la couleur préférée des Occidentaux… Il ne suffit que de penser au célèbre blue-jeans…
Mes meilleurs vœux à toi et à tous ceux qui te sont chers.

RanDom 05/01/2009 21:34


Merci pour tes voeux et pour ton regard sur le noir qui détaille mon article. Je développerai les différentes parties du livre de M. Pastoureau dans cette rubrique sur les couleurs. J'ai découvert
cet historien à l'Université de Tours où je faisais mes études. Notre association l'avait invité pour une conférence à la fin des années 1990. Il nous faisait découvrir alors que les couleurs avait
leur Histoire. En mêlant culture, art, science et technique, il m'a fasciné et j'ai donc beaucoup de ses ouvrages, notamment sur les rayures, et bien sûr, BLEU, livre de référence en la
matière. Malheureusement, je n'ai que le livre de poche et je suis heureux d'avoir eu la version "beau livre" de NOIR pour cette nouvelle année 2009 prometteuse.

Bonne soirée, Jean-Yves.


lorange violette 04/01/2009 09:11

J'ai lu une partie de cet article. Je reviendrai en savourer d'autres miettes plus tard...

RanDom 04/01/2009 11:33


Si tu savoures, prends tout ton temps à lire et relire l'article.
Si tu ne savoures pas, je ferais tout afin que tu reviennes lire les prochains !
Du moment que tu me laisses des miettes sur la table pour savourer, à mon tour, ces miettes que je saisis du bout de mes doigts pour en faire des étoiles...
Et en même temps que j'écris ça, je me dis, Pignouf, quel poète, tout de même !!!
Avec la grosse tête ampoulée qui ne tardera pas à griller...


Catgirl 04/01/2009 08:45

j'avais écouté un non voyant à qui l'on demandait ce que représentait les couleurs, à quoi il les associait, lui à qui l'on disait, qu'il  ne devait voir que du noir, puisque nous lorsque nous ne voyons rien, nous voyons du noir, mais lui qui n'a jamais vu le noir, voit-il noir ? rêve-t-il en couleur ? il avait répondu que ces mots nommant les couleurs étaient associées pour lui à des émotions, comme une madeleine qui le renverrait à l'enfance. J'aime le noir et blanc dans la photographie car elle confère une profondeur de champ, d'émotion que je ne retrouve pas dans la couleur, et pourtant, certaines photographies ne souffriraient pas de se retrouver en noir et blanc, puisque leurs couleurs leur donnent vie.Lundi je suis allée visiter Chenonceau, le château des dames. Louise de Lorraine s'y était retirée durant 12 ans après la mort de Henri III. Elle passa le reste de sa vie vêtue de blanc (couleur du deuil royal à l'époque) et sa chambre était peinte en noir avec des motifs morbides en argenté. Elle vivait donc sa vie en noir et blanc, elle aussi dans cet écrin de couleur.On s'approprie les couleurs. Depuis que j'ai enterré ma grand mère, il y a bientot dix ans, et que j'avais refusé de m'habiller en noir, c'est une couleur que je ne porte pas, en tout cas en vêtement du dessus. On dit cette couleur chic, le problème c'est que le noir est partout, et la vie, ce n'est pas que le noir, il n'y a pas que le noir qui soit chic, le chic, c'est une manière d'être pas une couleur. C'est comme le charme, le sensuel ... tu peux habiller une femme d'une robe haute couture, si elle n'a pas le petit truc, on dira qu'elle a un sac à patate sur le dos, tu pourras mettre un sac à patate sur une femme qui a un truc en plus, on dira qu'elle est magnifique.pareil pour le noir. Le noir est donc associé à des idées, reçues parfois, à des émotions toujours.Mais le noir est une couleur comme une autre, peut etre un plus dominante que les autres !!!bisous

RanDom 04/01/2009 11:16



J'ai un collègue daltonien et le "dialogue de sourds" que nous entretenons parfois à propos des couleurs est souvent joyeux. Il montre qu'à côté des observations
scientifiques, nos réactions face à la couleur dépendent aussi de nos apprentissages, de nos expériences et de ces émotions qu'évoque le non voyant dans ton commentaire.
Nous donnons au noir l'idée de vide ou de plein mais le noir peut être une nuance qui complète les autres couleurs. Donc, on pourrait penser qu'un non voyant perçoit plusieurs couleurs. Comme on
rêve bien de plusieurs couleurs sans voir les choses réellement. Mais ce n'est que ma théorie toute personnelle. Michel Pastoureau pense qu'il est possible de faire des rêves en noir et blanc,
comme un film ou une photo en noir et blanc. Un peu comme lorsqu'on part en voyage en pays étranger et que l'on se met à rêver en langue étrangère...
Mais là-dessus, je n'avance que des idées voire des croyances. C'est tout de même plaisant d'aller vérifier.

J'aime le noir et blanc dans l'art. Je ne dis pas que c'est ce que je préfère. Parce que là encore, cela révèle notre personnalité. Par exemple, ma couleur habituelle est le bleu parce que j'ai
toujours besoin d'être rassuré sur mes choix, et le bleu consensuel me met rarement en porte-à-faux. Et puis c'est la couleur de l'air, du ciel, et comme mon père a fait carrière dans l'armée de
l'air, comme il a passé sa vie à entretenir des radars pour scruter les cieux, son bleu a dû déteindre sur moi... Quant au noir, il m'évite aussi de choisir entre les autres couleurs ; comme si
c'était risqué de choisir une couleur plutôt que le noir ! Mais je crois que le noir, moins salissant qu'un drap blanc de fantôme, est parfait pour dévoiler mon humilité voire mon goût pour la
transparence. Et puis je suis très brun ; je redécouvre le fait de porter du noir...

Je ferais sans doute un article sur le château de Chenonceau, c'est un peu de mon pays adoptif, un peu de mon pays d'historien. J'y avais amené ma soeur en randonnée, visite de Chenonceau le
matin, puis traversée de la forêt à pied jusqu'à Amboise et son château. Tu as raison de dire que le noir n'est pas la couleur de deuil exclusive. Il peut y avoir le blanc... Et je crois, mais tu
sais sans doute ça mieux que moi, qu'en Asie, le blanc rappelle ce deuil plus que le noir. Il me semble qu'en Egypte, il s'agit du gris, couleur que prennent leurs corps momifiés. Enfin, tout ça
c'est à confirmer dans mes prochaines lectures. Je préfère rester ici avec cette image que tu me donnes, de cette Louise de Lorraine qui vit en noir et blanc dans sa chambre...

Le noir est certainement une couleur comme les autres. Le fait de lui accorder plus (ou moins) de valeurs révèle notre culture. C'est ce qu'étudie Michel Pastoureau. C'est ce qui me fait aimer
l'Histoire. Certains capitalistes ajoutent de la valeur marchande à leurs produits pour les revendre plus cher et s'enrichir, et moi je m'enrichis en étudiant la valeur ajoutée que nous
attribuons à nos petites vies quotidiennes. Ce n'est pas la Grande Histoire, mais le Noir appartient pourtant à notre Histoire à Nous. Et je m'intéresserais aussi aux autres couleurs, dans mon
souci d'égalité civique et d'impartialité scientifique !

Mes bisous du dimanche...



rosa bleu 03/01/2009 22:40

le noir allor il a fait u sa place dans l histoire    ;  le noir represente bien tout  les sentimant   moi je dit que la vie cest comme une toile  noir au grise avec des tache des coulours  qui se   bise

RanDom 04/01/2009 10:57


Te lire en 2009 comme en 2008, Rosa, est toujours unique ! Je veux encore tes mots et ton style inégalable... Tu ajoutes ta jolie couleur à mon blog et j'en suis fier.
Merci. :0010: