Vous comprendrez qu'il ne faut pas vouloir profiter de tout.

Publié le par RanDom

Je ne m'y connais pas assez en économie pour débrouiller les tenants et les aboutissants de ce qu'on nomme "crise" avec ou sans grand C. Je m'intéresse juste à notre passé recomposé. Il m'arrive parfois de remonter jusqu'en des temps très lointains. Pourquoi tourner ainsi  mes regards vers ces civilisations fort anciennes ? Si exotiques que leurs langues sont désormais "mortes" pour la plupart d'entre nous ? Et à notre époque où priment la survie pour les uns et le profit pour les autres ? Pourquoi vouloir raconter notre Histoire quand tant d'histoires envahissent notre quotidien à ne plus savoir qui croire ?

J'ai profité de mes vacances pour lire plus que d'habitude. J'avais le temps de m'instruire puis de réfléchir à ce que j'avais lu. Le temps est de l'argent, dit-on. J'ai découvert un article dans le n° 338 de
L'Histoire (janvier 2009), p. 32-33. Son auteur, Christophe Pébarthe, y parle d'argent. En 2008, il publia Monnaie et marché à Athènes à l’époque classique, aux éditions Belin. Je mets ici un lien au compte-rendu qu'en font les Clionautes

L'économie, oikonomia pour les Grecs, est l'art de gérer son patrimoine. Des traités d'économie apparaissent dans la deuxième moitié du Ve siècle avant J.-C. mais l'essentiel de ces oeuvres est perdu pour nous. Il nous reste toutefois le traité de Xénophon (l’Économique) écrit vers 380 av. J.-C. Sous la forme de deux dialogues socratiques, ce penseur athénien définit la richesse et l'oikonomia.

Xénophon, comme on peut le voir au Musée du Prado à Madrid.
Cliquez sur l'image pour avoir des précisions sur lui.

Xénophon reconnaît à la richesse une dimension immatérielle et sait qu’elle se mesure le plus souvent en monnaie d’argent. Il n’ignore pas que la bonne gestion du patrimoine (objet de l’oikonomia) ne doit pas s’en tenir à une propriété tranquille et durable mais bien permettre son accroissement. L’un des interlocuteurs de Socrate, Ischomaque, raconte la méthode de son père qui consistait à acheter des terres peu ou pas exploitées, afin de les rendre cultivables et de les revendre. Le profit, de 100 pour 1, est réinvesti dans l’achat de nouveaux domaines en friche, et ainsi de suite.

Aristote, au IVe siècle avant J.-C., entend réduire la définition de l’oikonomia à la seule préservation du patrimoine. Il se démarque ainsi volontairement de son prédécesseur Xénophon, prenant également ses distances avec le monde de son temps. Que ce soit en Macédoine (sa région d’origine) ou à Athènes (cité dans laquelle il fonde son Lycée), il n’a pu que constater l’engouement pour l’argent et l’accroissement de la prospérité autour de lui.
Les riches Athéniens investissent alors dans la production des mines d’argent du Laurion où sont frappées les pièces de monnaie. Ils placent leur argent auprès de banquiers sur des comptes rémunérés et ils n’hésitent pas à prêter eux-mêmes d’importantes sommes à des commerçants qui pratiquent le commerce outre-mer. Le taux est attractif, entre 22,5 et 30 %, contre de grands risques ; car en cas de naufrage, il n’y a pas de remboursement. Mais quand on pense au 12 % qu’autorisent les prêts dans l’agriculture, la tentation est forte de risquer une partie de sa fortune sur des placements plus spéculatifs.


Aristote est un conservateur. Dans le régime politique qui a sa préférence, un cens permet aux plus riches d’accéder aux fonctions électives importantes. Si certains parviennent à s’enrichir, ils perturbent cet ordre social en accédant à des responsabilités pour lesquelles ils n’ont pas les capacités nécessaires. C’est au nom de ses conceptions politiques qu’il affirme la distinction entre l’oikonomia et la
chrématistique, la prospérité durable et la richesse illimitée. Son combat contre le marché ou bien encore sa recherche de la justice dans l’échange ne sont en fait qu’une défense de l’ordre social établi.

On apprend aussi dans cet article comment la cité grecque intervient directement dans la vie économique.

Athènes vit grâce aux échanges commerciaux avec le reste du monde et y trouve une source importante de prospérité.

Elle surveille le niveau des prix et n’hésite pas, parfois, à les fixer.

Elle peut acheter elle-même des céréales en cas de grave crise alimentaire pour les redistribuer à prix coûtant voire gratuitement. 

Elle peut décider de lancer des travaux publics pour que la richesse collective bénéficie à tous.

Elle est un acteur à part entière et non un simple spectateur dont l’intervention se réduirait à l’indignation.

Socrate, lui, dispense son enseignement sur l'Agora, non loin des marchands...
Pour lui, la monnaie est indispensable au bon fonctionnement de l’économie mais il refuse d’être rétribué. Les présents qu’il reçoit ne dit pas plus la valeur de son enseignement. Par son refus, il affirme que tout ne s’achète pas, qu’il doit y avoir une limite au pouvoir de l’argent. Dans l'article suivant, nous nous demandons toujours si l'argent fait bien le bonheur...

Si, comme l’affirmait Protagoras, l’homme est à la mesure de toute chose, veillons alors à ne pas lui substituer l’argent.

Sophocle, Antigone, 295-314 : « (…) Vous comprendrez qu’il ne faut pas vouloir profiter de tout ; vous verrez que les gains infâmes perdent plus d’hommes qu’ils n’en sauvent. » 


Publié dans Passé Présent

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Catgirl 07/01/2009 22:04

mais je n'ai pas de tirelire en forme de chat, moi c'est un petit cochon bleu avec des nuages dessus.il est plein à craquer de centimes qui restent où ils sont ... parce que je les oublies lol:0010:

Catgirl 07/01/2009 20:59

Antigone, une de mes pièces préférées !!!tout ne s'achète pas, le principal ne s'achète pas ... à quoi bon la richesse s'il n'y a ni amour véritable, ni sincérité.cela me fait penser à un passage dans Maus, Vladek raconte à son fils que son cousin, tant qu'il a eu de l'argent pour payer sa cachette, la polonaise l'a caché, mais le jour où il n'a plus eu d'argent, elle l'a donné à la gestapo ...l'argent a eu un pouvoir dans cette guerre, beaucoup se sont enrichis sur le malheur des autres, le monde n'a pas changé mais heureusement ils restent les irréductibles, ceux qui savent que l'argent n'a aucun valeur humaine ... bisous

RanDom 07/01/2009 21:25


L'argent me sert à exprimer ma générosité. Mais la générosité ne s'exprime pas que par l'argent : d'autres valeurs, d'autres principes, sont en effet plus
importants pour moi. Tu les indiques dans ton commentaire... Il y a le smile de Charles Chaplin à la fin des Temps Modernes. A cette époque déjà,
la puissance du dollar et de la machine écrasait l'homme et surtout la femme qui ne voit pas forcément cet argent ou qui peut être déconsidérée quand elle veut sa part.

Je poursuivrais cette série sur l'argent et le bonheur dans mes prochains articles : je prépare la réponse à Solon sur la question de Crésus : "est ce que l'argent fait le bonheur
?" et puis je rappelerai plus tard que les Grecs ont inventé notre monnaie, invention récente, quand on y pense, et pas toujours nécessaire, en fin de conte (et ils furent heureux
et...) et en fin de compte en banque !

Je quitte mon blog pour ce soir et je te fais donc plein de bi-sous à mettre dans ta tirelire en forme de chat porte-bonheur ;) :0010:


rosa bleu 07/01/2009 10:40

je vole avec ta musique  belle belle    bise

RanDom 07/01/2009 19:20



La musique est aussi importante pour moi que les mots, je suis content qu'elle te plaise, mais fais attention aux chasseurs qui eux, ne font pas la différence entre
un canard et un pétale de rose bleue ;)
:0010:



rosa bleu 05/01/2009 22:53

en fin des conte tout etais deja avant  comme ajourdhuii  au po pret   bise random 

RanDom 06/01/2009 18:32



Oui, c'est ce que je voulais montrer, Rosa.

Nous croyons toujours découvrir la pluie parce que notre mémoire est plutôt courte. Le besoin de mettre cet article en ligne est aussi motivé par mon besoin de défendre l'enseignement de
l'Histoire. L'Histoire est utile parce que les questions d'aujourd'hui étaient déjà posées autrefois. Certes, nos ancêtres n'avaient pas les ordinateurs pour y répondre, mais ils n'étaient
pas plus bêtes ni plus intelligents que nous et ils étaient autant humains, avec les mêmes défauts et les mêmes qualités que nous. Qui a raison, les Anciens ou les Modernes ? Je crois
que l'Histoire aide les citoyens que nous sommes à départager : parfois, il vaut mieux suivre les conseils des Anciens ; d'autres fois, il vaut mieux s'inspirer des Modernes. C'est au
citoyen de décider et mieux il est instruit et informé, meilleur est son choix.
Merci pour ton observation et bonne soirée, bisous, Rosa !