Dimanche 11 janvier 2009

Les Grecs ne craignent pas d’aller aux Enfers. D’ailleurs, ils n’ont pas de Paradis. Peu importe de faire le Bien ou le Mal. Mais leur plus grosse peur est l’oubli. La cité grecque a donc en charge la mémoire des morts qui le méritent… La voix du poète, ou votre voix, lecteur qui passez par mon blog, est chargée de redonner vie au souvenir des défunts. Devant une telle responsabilité, les poètes se disputent pour composer les plus belles lignes commémoratives.

 

Voici une inscription sur les morts des guerres Médiques (Ve s. avant J.-C.). Elle est très courte mais définit de manière émouvante le rôle du citoyen athénien :

 

Toute la Grèce immobile sur le fil d’une lame

dut son salut à ce souffle expiré de nos vies.

 

Remplacez leurs vies par leurs âmes si vous préférez la rime.

Le sacrifice de quelques âmes pour la survie de l’espèce, cela me rappelle certains animaux ; ils feront l’objet de prochains articles sur mon blog. Car les animaux, comme les hommes, ont leur Histoire.

 

À quoi bon vouloir redonner vie à ces Grecs morts à la guerre ? À quoi bon vouloir leur redonner vie, à eux ainsi qu’à leurs Perses ennemis (l’historien ne prenant fait et cause ni pour les uns ni pour les autres) ? À quoi bon toutes ces commémorations ? Est-ce encore pour justifier ma passion pour l’Histoire ? Ou pour regretter notre société faite d’exhibition et d’indifférence, où chacun prétend mener sa barque comme il l’entend, sans se soucier d’autrui ?

 

J’ai écrit une série d’articles sur notre rapport à l’argent. Comme nous devons aux Grecs l’invention de la monnaie (j’y reviendrai), j’ai replongé dans cette culture qui fut à l’origine de ma situation professionnelle. Je dois en effet à cette passion pour les premiers Grecs mes études d’Histoire et mon métier de professeur. Certes, il n’y a pas que les Grecs, mais ils font partie de mes racines et de mes repères. À l’occasion du Printemps des Poètes 2008, on demanda aux enseignants de mon collège d’afficher sur la porte de leur classe un texte en vers ou en prose qui ferait l’éloge de l’Autre (thème de l’événement) tout en reflétant leur propre personnalité.

 

J’ai choisi, à cette occasion, d’afficher les paroles de Germaine Tillion, qu’elle tint un jour à la télévision, et qui furent rapportées par l’un de mes auteurs de référence, Jean-Pierre Vernant :

 

Lorsque quelqu’un frappe à la porte,

Il y a ceux qui ouvrent et ceux qui n’ouvrent pas.

Celui qui ouvre, c’est celui qui se sait en dette.

Les Grecs disaient déjà qu’il fallait ouvrir

Quand on venait frapper chez vous,

Parce que, n’est-ce pas, comment savoir

Si le vieux clochard qui empuantit alors votre jardin

N’est pas en réalité un dieu venu vous visiter pour voir

Si vous vous sentez bien en dette.

 

Je ne suis pas croyant au sens chrétien du verbe croire, je suis peut-être croyant au sens grec, non pas que je crois en Zeus, en Dionysos, ni en Aphrodite, mais parce qu’il m’arrive de me sentir en dette envers d'autres humains.

 

Pour le 100e article de mon blog, je voulais rendre hommage à cet Autre : une femme, une ethnologue humaniste, une résistante, une combattante, à la recherche du vrai et du juste contre l’arbitraire et la torture. En somme, une scientifique engagée dans son siècle. Souvenez-vous d'elle, Germaine Tillion (1907-2008). Cent ans et quel siècle ! Pendant lequel elle a su garder les yeux ouverts en nous ouvrant sa porte.

 

À la fin, J’écrivais aux élèves : « Son siècle est passé, votre siècle est venu, et sur ma porte, frappez, frappez toujours… Moi aussi, j’ai frappé à tant de portes. »

Par RanDom - Publié dans : Passé Présent
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Des mots entre nos chairs

Notre plaisir tient à ce baiser mêlant aux mots des autres nos propres mots pour composer des chairs, des chairs qui, entre nous, pourraient nous rendre légèrement sensibles. Alors bienvenue sur ces rives où Dam & son coblogataire Pignouf vous accompagnent.

De leur écriture.

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