La plus petite tempête de neige jamais recensée dans l'Histoire

Publié le par RanDom

La première (et dernière ?) vague de neige de mon hiver limougeaud m’a rappelé les articles que j’avais consacrés, fin 2008, à la fonte des glaces polaires.

 

Un monde sans glace ? (1)Un monde sans glace ? (2) : L’Arctique.

 

J’aurais bien d’autres occasions d’évoquer le réchauffement de notre planète et son prochain printemps. Avant la disparition des dernières traces de neige dans le parc d’Auzette, il me fallait avant tout évoquer une histoire, hélas, trop vite refoulée dans les mémoires, celle de la plus petite tempête de neige jamais recensée. Essayez donc et demandez à vos aînés s’ils s’en souviennent : à quand remonte leur plus petite tempête de neige ? Nul doute que vous produirez chez eux la plus grande perplexité ! Alors pour vous, j’ai fouillé dans mes archives et ma bibliothèque afin de retrouver trace d’un tel événement exceptionnel. Je vous prie, s’il vous arrivait de rencontrer d’autres témoignages de cette tempête, de me laisser un commentaire avec toutes références utiles me permettant de recouper mes informations.

La plus petite tempête de neige
jamais recensée dans l’histoire du monde

 

Il y a une heure de ça, dans le jardin de derrière chez moi, s’est produite la plus petite tempête de neige jamais recensée. Elle a dû faire dans les deux flocons. Moi, j’ai attendu qu’il en tombe d’autres mais ça n’a pas été plus loin. Deux flocons : voilà tout ce qu’a été ma tempête.

 

Ils sont tombés du ciel avec tout le poignant dérisoire d’un film de Laurel et Hardy : même qu’à y songer, ils leur ressemblaient bien. Que tout s’est passé comme si nos deux compères s’étaient transformés en flocons de neige pour jouer à la plus petite tempête de neige jamais recensée dans l’histoire du monde.

 

Avec leur tarte à la crème sur la gueule, mes deux flocons ont paru mettre un temps fou à tomber du ciel. Ils ont fait des efforts désespérément comiques pour tenter de garder leur dignité dans un monde qui voulait la leur enlever parce que lui, ce monde, il avait l’habitude de tempêtes beaucoup plus vastes – genre soixante centimètres par terre et plus –, et que deux flocons, y a de quoi froncer le sourcil.

 

Et puis ils ont fait un joli atterrissage : sur des restes de tempêtes précédentes – cet hiver, nous en avons déjà eu une douzaine. Et après ça, il y a eu un moment d’attente – dont j’ai profité pour lever les yeux au ciel, histoire de voir si ça allait continuer. Avant d’enfin comprendre que mes deux flocons, c’était côté tempête aussi complet qu’un Laurel et Hardy.

 

Alors je suis sorti et j’ai essayé de les retrouver : le courage qu’ils avaient mis à rester eux-mêmes en dépit de tout, j’admirais. Et tout en les cherchant, je m’inventais des manières de les installer dans le congélateur : afin qu’ils se sentent bien ; qu’on puisse leur accorder toute l’attention, toute l’admiration, qu’on puisse leur donner les accolades qu’ils mettaient tant de grâce à mériter.

 

Sauf que vous, vous avez déjà essayé de retrouver deux flocons dans un paysage d’hiver que la neige recouvre depuis des mois ?

 

Je me suis propulsé dans la direction de leur point de chute. Et voilà : moi, j’étais là, à chercher deux flocons de neige dans un univers où il y en avait des milliards. Sans parler de la crainte de leur marcher dessus : ça n’aurait pas été une bonne idée. 

 

J’ai mis assez peu de temps avant de comprendre tout ce que ma tentative avait de désespéré. De constater que la plus petite tempête de neige jamais recensée était perdue à jamais. Qu’il n’y avait aucun moyen de la distinguer de tout le reste.

 

Il me plaît néanmoins de songer qu’unique en son genre, le courage de cette tempête à deux flocons survit, Dieu sait comment, dans un monde où semblable qualité n’est pas toujours appréciée.

 

Je suis rentré à la maison. Derrière moi, j’ai laissé Laurel et Hardy se perdre dans la neige.

 

Texte de Richard Brautigan, Tokyo-Express,
traduit de l’américain par Robert Pépin,

Paris, Christian Bourgois Éditeur, « 10/18 », 1981.

Publié dans Passé Présent

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Jean-Yves 15/01/2009 08:13

C'est magnifique : il faut non seulement un oeil pour voir une telle tempête mais aussi une vision poétique de chaque parcelle de la vie. Talentueuse, cette écriture.

RanDom 15/01/2009 20:54



Je voudrais l'avoir, cette talentueuse écriture. Je retrouve l'envie d'écrire. C'est douloureux. Ou plutôt, c'est excitant. Et c'est après le plaisir que vient la douleur, jusqu'à l'arrivée d'une
nouvelle excitation. Chez moi, écrire n'est plus vivre, et pourtant, j'en ai besoin comme je respire. Mes prochains articles (retour à l'Histoire) devraient donc calmer mes ardeurs, en attendant
d'oser prendre mon courage à deux mains et d'écrire toujours.

Je n'ai pas répondu aux compliments de ton précédent commentaire, à propos de mon humanisme, par pudeur peut-être, mais aussi parce que c'est au lecteur de prendre dans ses lectures ce que sa
propre part d'humanisme veut bien y mettre. Tu apportes ton flocon à ma neige, je le distingue à présent parmi les autres flocons, je l'apprécie, et quand j'écris, il m'arrive de penser à vous et
à toi qui me lirez. Cela donne une motivation, cela encourage à continuer, avec ce voeu de vous intéresser, un tout petit peu.

Bonsoir Jean-Yves.



vita 13/01/2009 13:21

La VITA  te salute.

RanDom 15/01/2009 20:14


Te salute DOLCE !


Catgirl 13/01/2009 06:44

une belle histoire qui va accompagner mon mardi. j'espère te concocter une aussi belle histoire dans ce genre pour le danube bleu.j'ai déjà quelques idées en tête ... je t'embrasse :0010:

RanDom 15/01/2009 20:09



Pour ta version du Danube bleu, j'attends patiemment. Il y a longtemps que je n'ai pas remis le pied sur ces rives de mon blog. Ta version m'en redonnera le
plaisir. Mais elle viendra quand elle viendra. Je suis à la fois curieux et patient. Parce qu'attendre fait aussi partie de la découverte. 

Ce mardi est derrière, vendredi et samedi restent à faire. Je te souhaite bon courage pour ces deux jours de travail à passer avant le week-end.

:0010: 



lorange violette 12/01/2009 22:08

Petite histoire jolie comme tout. Ca me fait penser à ...
 
La Foule Edith Piaf Paroles: Michel Rivgauche. Musique: Angel Cabral Je revois la ville en fête et en délire Suffoquant sous le soleil et sous la joie Et j'entends dans la musique les cris, les rires Qui éclatent et rebondissent autour de moi Et perdue parmi ces gens qui me bousculent Étourdie, désemparée, je reste là Quand soudain, je me retourne, il se recule, Et la foule vient me jeter entre ses bras... Emportés par la foule qui nous traîne Nous entraîne Écrasés l'un contre l'autre Nous ne formons qu'un seul corps Et le flot sans effort Nous pousse, enchaînés l'un et l'autre Et nous laisse tous deux Épanouis, enivrés et heureux. Entraînés par la foule qui s'élance Et qui danse Une folle farandole Nos deux mains restent soudées Et parfois soulevés Nos deux corps enlacés s'envolent Et retombent tous deux Épanouis, enivrés et heureux... Et la joie éclaboussée par son sourire Me transperce et rejaillit au fond de moi Mais soudain je pousse un cri parmi les rires Quand la foule vient l'arracher d'entre mes bras... Emportés par la foule qui nous traîne Nous entraîne Nous éloigne l'un de l'autre Je lutte et je me débats Mais le son de sa voix S'étouffe dans les rires des autres Et je crie de douleur, de fureur et de rage Et je pleure... Entraînée par la foule qui s'élance Et qui danse Une folle farandole Je suis emportée au loin Et je crispe mes poings, maudissant la foule qui me vole L'homme qu'elle m'avait donné Et que je n'ai jamais retrouvé...


LA CHANSON

RanDom 15/01/2009 20:02


Entraînés par la foule qui s'élance 
Et qui danse 
Une folle farandole 
Nos deux mains restent soudées 
Et parfois soulevés 
Nos deux corps enlacés s'envolent 
Et retombent tous deux 
Épanouis, enivrés et heureux... 
Oui, plus je fredonne cette chanson du bout des lèvres (merci d'y avoir collé les paroles), plus j'entends les voix de mes flocons de neige. Et c'est ça...
Entraînée par la foule qui s'élance 
Et qui danse 
Une folle farandole 
Je suis emportée au loin 
Et je crispe mes poings, maudissant la foule qui me vole 
L'homme qu'elle m'avait donné 
Et que je n'ai jamais retrouvé...

Merci Lorange Violette, pour avoir contribué ainsi à donner vie à cette tempête.
 Tes commentaires sont toujours, pour l'Auzette, de savoureux ricochets.


rose bleue 12/01/2009 20:06

tu a miz te lunette    je croit pas quil se sont pas dessu tu le a  cherche au move androit ;)  il sont en train de voiage dans tes penze   la plus petite tempete a l aire d un petit conte il voiage dans mes penze la aussi ils se serait til duplique  ??? !!!   bise Random  merci pour cette aventure  

RanDom 15/01/2009 19:45



Et merci à toi pour avoir laissé tes empreintes de pas dans mon jardin enneigé. C'est un jardin imaginaire, certes, mais ta rose bleue y a toute sa place. J'espère
ainsi te faire partager d'autres aventures... :0010: