J'ai rêvé dans le train qui m'emmenait de l'Auzette au Pacifique

Publié le par RanDom

De Richard Brautigan, j’ai lu Sucre de Pastèque, Un privé à Babylone et Tokyo-Montana express… Chaque fois, ce fut un régal, une évasion : il suffit que Pignouf me présente des passages de cet auteur pour que j’abandonne sur le champ toute étude d’histoire. Comme si le plus important était de lever le nez pour regarder les nuages.



Richard Brautigan est le genre d’écrivain qui vous dissuade de le devenir à votre tour, écrivain… À quoi bon ? Puisqu’il existe déjà, Richard Brautigan.

 

Je vous ai recopié, dès lundi, un extrait relatif à la plus petite tempête de neige jamais recensée dans l’Histoire du monde. En plus d’atteindre les sommets de la littérature (américaine et humaine), Richard Brautigan est capable de s’insinuer dans les failles d’un blog aux penchants d’historien. Les deux passages suivants vous confirmeront, si besoin était encore, que la littérature sachant chatouiller vos hormones d’Histoire et de Géographie, peut vous faire voyager aussi bien sur Terre que dans l’Imaginaire.

 

Richard Brautigan nous avertit cependant : le Tokyo-Montana express est un train à grande vitesse ! C’est pourquoi il faut savourer le plus longtemps possible, et toujours relire, les nombreux arrêts qu’il a placés sur son parcours. Certaines de ces stations déploient leur nom avec confiance et d’autres sont encore à la recherche de leur identité…

Nuages sur l’Égypte

 

Un train a quitté Le Caire et fait route vers Alexandrie. Cela se passe en Égypte, par une journée de ciel bleu à nuages blancs. Moi, je suis en Californie et je regarde le train traverser mon écran de télévision : je me sens très loin du Moyen-Orient.

 

Pourquoi faut-il donc qu’alors que toujours j’en suis à regarder mon train tout d’un coup des nuages égyptiens me tirent l’œil ? Cela fait des semaines, voire des mois, que je n’ai plus vu de nuages. Que tout simplement je ne m’intéresse plus à la chose. Y a-t-il longtemps que je n’y prête plus attention ?

 

Dans ce train, il y a deux passagers : Jimmy Carter, président des États-Unis d’Amérique et Anouar el-Sadate, son homologue égyptien. Tous deux cherchent à faire la paix avec Israël. On est en plein désert, quelque part. Et pendant que toujours ainsi on en est à chercher la paix, moi je regarde les nuages et là, essaie de voir ce qu’ils sont dans ma vie.

 

Comme si dans l’Histoire chacun n’avait pas un rôle à jouer.

Comme si moi, mon rôle, ce n’était pas de m’occuper des nuages.


[Note de RanDom : 30 ans avant Barack Obama, Jimmy Carter fut le 39e Président des Etats-Unis d'Amérique (1977-1981) ; Anouar el-Sadate, après la guerre du Kippour (1973), obtint pourtant le Prix Nobel de la Paix (1978) suite aux Accords de Camp David (aux USA) ; malheureusement, ces accords provoquèrent une vague d'opposition en Egypte et, en octobre 1981, Anouar el-Sadate fut assassiné par un groupe de militants islamistes... Voilà pour les informations, je vous laisse libre, à présent (2009), de contempler les nuages, blancs. Et noirs.]

Océan Pacifique

 

Aujourd’hui, sur le quai de la gare de Shinjuku où j’étais à attendre le train de Yamanote, j’ai songé à l’océan Pacifique.

Je ne sais pas pourquoi j’ai songé à un Pacifique qui s’engouffrait en lui-même, s’entre-dévorait et océan, se bouffait les intérieurs, se faisait si petit si petit que déjà il n’était pas plus grand que l’État du Rhode Island et toujours continuait à s’avaler et à se rétrécir, – et avec quel appétit ! – à s’alourdir aussi parce qu’alors tout ce que pèse le Pacifique se rentrait dans une forme de plus en plus petite et là tout amassé, se faisait goutte d’eau unique pesant des milliards et des milliards de tonnes. C’est alors que le train est arrivé et comment dirais-je ? c’était pas trop tôt.

J’ai laissé le Pacifique derrière moi, là, sur le quai, juste en dessous d’un papier de bonbon.

Qui est Richard Brautigan ?

Puisque nous passons par le Japon, j'ajoute, pour ne pas finir, quelques grappes de sa poésie...

Chapitre 24 : Tout
Chapitre 25 : Va bien se passer
Chapitre 26 : Tu parles


Imaginons que mon esprit soit un taxi
Et puis soudain
Bon dieu qu'est-ce qui se passe ?
Vous vous retrouvez à l'intérieur.

Question 1 : Est-ce défendu par la loi de manger une glace en enfer ?

Pondre sur le champ
Un oeuf enchanté

Ce poème est-il si beau que deux billets de 5 dollars frottés l'un contre l'autre ?

L'été ne dure qu'un jour
La mort aussi

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Catgirl 15/01/2009 06:45

je me dis que j'ai bien raison d'attendre le petit matin pour lire tes articles désormais. Cela me donne une perspective de bonne journée.Mon premier souvenir de politique et de massacre politique, c'est l'assassinat de Anouar el-Sadate. J'avais 9 ans et quelques poussières, j'étais assise dans le bureau du garage de mon père à attendre que le téléphone sonne, puisque c'était moi qui me collais à y répondre, ainsi en avait il été décidé. Il me fallait passer le temps, mais quoi faire ? alors je lisais tout, les magasines, les journaux. Et puis il y a eu ce paris match, sur les images de l'assassinat de Anour el-Sadate ... je n'ai jamais oublié ces images, l'horreur, la mort en face ... les trains sont toujours proprices à se laisser emporter par les rêves, car si c'est partir vers quelque chose, c'est laisser quelque chose derrière soi. n'empêche que l'on est tourné vers où l'on va, vers qui l'on va, alors on rêve en regardant le paysage défilé, on imagine ...j'aime les mots que tu as mis à la fin, c'est un brin cynique, un brin moqueur !!!mais j'aime surtout imaginons que mon esprit soit un taxi et puis soudainbon dieu, qu'est ce qui se passe ?vous vous retrouvez à l'intérieur.le comble de l'horreur en somme . . je parle en général, se retrouver dans la tête de l'autre, quand dans sa tete c'est déjà le basard Je t'embrasse :0010:

RanDom 15/01/2009 20:30



Ouf, je viens de rattraper le temps et je peux enfin répondre à un commentaire d'aujourd'hui !

Et c'est le tien... Demain matin, il n'y aura pas d'articles, et les suivants reprendront le cours d'une lointaine Histoire. A moins qu'une idée farfelue me traverse l'esprit, car entre Pignouf
et RanDom, tout est possible ;)

Un petit texte de Brautigan rejoint la grande Histoire, et cette Histoire-là ravive tes souvenirs. Je n'avais que 5 ans, à l'époque, et je ne me souviens pas. La seule chose dont je me souviens,
pour l'année 1981, c'est le visage de Mitterrand qui s'affiche en gros pixels à l'écran de la télévision pour annoncer son élection. Je n'avais pas l'âge pour comprendre. Encore moins pour lire
Paris-Match ;)


Le train est mon moyen de transport préféré. Et un livre raconte ça : Le Stade de Wimbledon. Le titre est étrange. Il faudra que je le relise, c'est un de mes
préférés. Mon père m'a offert un roman (c'est très rare qu'il se risque à me faire un tel cadeau) qui évoque le train et la culture, qui se lit au rythme du train ou du jazz...

Tout à fait d'accord avec ton avis sur le taxi-esprit de soi et d'autrui. Je préfère la télépathie. Ou la transmission de pensée. Quand on découvre qu'on a pensé, sans le vouloir, à la même
chose, en même temps. Cela n'est pas dû seulement au hasard. Ce n'est pas seulement une coïncidence. C'est un signe que l'on connaît assez bien l'autre.

Un brin cynique, un brin moqueur, c'est un peu moi, parce que mon autre moitié est un brin naïf, un brin rêveur.

Bonne soirée, douce nuit, et les rêves...

Je t'embrasse sur le champ
D'un :0010: enchanté...