Parce que le Danube craint de perdre sa mémoire en Bulgarie ?

Publié le par RanDom

Le Danube a bien passé l’année 2009 mais ne traverse toujours pas la Bulgarie. Elle borde seulement le nord de ce pays d’Europe de l’Est sur plus de 470 kilomètres. La municipalité de Svishtov est la zone la plus au sud du Danube, et donc le point de départ de la route la plus courte du Danube vers la mer Egée.

 

Localiser Svishtov sur une carte.

Lire plus de précisions sur le site (en français) de la municipalité de Svishtov.

 

« Si le Danube traversait la Bulgarie, ce fleuve se jetterait sûrement dans la mer Égée, conclut Pignouf. Or, au lieu d’aller toujours plus vers le Sud, comme le ferait n’importe quel touriste en quête de Méditerranée, le Danube repart vers le Nord et traverse la Roumanie… »

 

En novembre 2008, le Gnouf et Moi nous interrogions sur le cours de ce fleuve européen.

Pourquoi le beau Danube bleu se jette-t-il dans la mer Noire ?

Quatre hypothèses furent passées en revue. Sans nous convaincre vraiment. L’ami Gnouf m’offrait donc l’occasion de revenir sur ce sujet et de nous remettre à l’ouvrage. Le Danube se jetterait dans la mer Noire pour éviter la Bulgarie. Il me fallait comprendre pourquoi.

 

Le Danube prend sa source en Allemagne. En 1989, un mur s’effondre à Berlin. Une série d’événements est prévue cette année pour commémorer les 20 ans de l’écroulement du régime communiste (expositions, festivals, débats et concerts). Les Allemands retrouveront des briques de ce mur, ou les fabriqueront, pour les vendre en guise de souvenirs. Tout le monde sera de la fête pour partager sa propre expérience de novembre 1989.

 

Le Danube pourrait aussi commémorer 1989 en Pologne. Le Premier ministre Donald Tusk a annoncé que les Polonais se souviendront de manière solennelle, le 4 juin à Gdansk, de ces élections parlementaires historiques remportées par le mouvement Solidarnosc en 1989. Les dirigeants et les intellectuels de toute l’Europe sont conviés. Et si le Danube pouvait…

 

Ces commémorations ne se limitent pas à l’Europe. Elles touchent bien sûr l’Amérique (dont le modèle économique fut déclaré vainqueur de la Guerre Froide cette année-là). Une fondation américaine vient ainsi d’ouvrir le Global Museum on Communism sur le Web (www.globalmuseumoncommunism.org) pour « rendre hommage aux 100 millions de victimes du communisme à travers le monde ».

 

Et le Danube, après avoir traversé la capitale de la Slovaquie (Bratislava), puis celle de la Hongrie (Budapest), préfère la Roumanie de Ceausescu (exécuté le 25 décembre 1989) à la Bulgarie… Pourquoi ? En Bulgarie aussi, on marquera les 20 ans de la fin du communisme.


« Marquer n’est peut-être pas le mot exact car, pour l’instant, les autorités n’ont prévu aucune forme de commémoration et encore moins de festivités sur ce thème. (…) La question de la commémoration est peut-être plus douloureuse qu’ailleurs, parce qu’il nous manque encore beaucoup d’éléments pour comprendre les événements de cette année-là. Nous ne savons toujours pas ce qui s’est réellement passé en 1989 en Bulgarie. Nous n’avons toujours pas réglé nos comptes avec le passé. Nous ne disposons même pas d’un lieu ou d’un symbole pour concrétiser cette révolution. Nous n’avons ni le Mur ni Gdansk, et nous avons perdu cette impressionnante concentration d’espoir et de détermination qu’ont connue les rues de Sofia à cette époque. Souvenez-vous des mots d’ordre d’alors :

« Le temps nous appartient ! »,

« La dernière valse »,

« Le meilleur est à venir » !

Le premier est devenu : « Lorsque le moment viendra… », le deuxième une interminable farandole, et le troisième un slogan publicitaire pour une compagnie de téléphonie mobile. »

 

Ces propos n’appartiennent pas à Pignouf mais à Iva Roudnikova, qui écrit dans l’hebdomadaire bulgare Kapital (fondé en 1992). On peut lire son article, traduit en français, dans le Courrier International, n° 949, du 8 au 14 janvier 2009, p. 22. Que s’est-il donc passé en Bulgarie en novembre 1989 ? Todor Jivkov fut écarté du pouvoir le 10, au lendemain de la chute du Mur de Berlin, à la faveur d’une révolution de palais. Il fut remplacé par un autre communiste, Petar Mladenov, considéré comme plus libéral que Jivkov sans être vraiment réformiste : il était très proche de Moscou.

 

Cliquer ici pour plus de précisions sur le site de l’Université de Sherbrook.

 

« Hé, oh ! Pignouf ? »

Excusez-moi de vous infliger cette interpellation inopportune, mais je vois que Pignouf est parti dans ses rêves, ou plutôt dans ses souvenirs ; il avait 13 ans en 1989 et se rappelle très bien avoir… Enfin bon, cela ne concerne ni le Danube, ni les Bulgares !

« Pignouf ?

        Oui ?

        Tu crois vraiment que le Danube se détourne de la Bulgarie à cause de 1989-2009 ?

        C’est troublant, non ?

        Puis-je toutefois t’apporter une seule contradiction ?

        Je réponds de tout et tu ne m’effraies plus avec tes raisonnements cartésiens !

        Eh bien, tu savais que le Danube traversait l’Europe d’Ouest en Est et qu’il coulait déjà ainsi bien avant 1989 ?

       

        Et tu savais que le Danube se jetait dans la mer Noire avant même que les républiques socialistes soviétiques ne voient le jour ?

       

        Car vois-tu, je pense même que le Danube se jetait dans la mer Noire avant le Déluge !

        RanDom… J’appelle tout de suite Noé et je lui demande de donner la place qui t’était réservée, sur son ferry-boat, au moustique. »

 

Pour savoir quel moustique a piqué Pignouf sur les bords du Danube, un petit extrait d’un film bulgare et un lien pour vous expliquer The Mosquito’s Problem.


Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Catgirl 16/01/2009 17:02

hum continue continue tu viens de me donner un nouvel élément pour ma version ;) continue ;)bien joué en tout cas, les hypothèses pour se rememorer les différents éléments en 1989 ... pour moi, c'est l'année où mon arrière grand mère est décédée ... j'étais au lycée, je vivais dans ma bulle, le mur de Berlin, la chute, je voyais cela à la tv, et je ne pensais pas que cela allait changer le monde ... cela ne l'a pas changé ;)bisous

RanDom 16/01/2009 17:18



Bonsoir Cat !

J'étais au collège, moi, en 1989, et vingt ans plus tard, non, ça n'a pas changé, je suis encore au collège! Ensuite, il y eut la première guerre du Golfe et la guerre en Yougoslavie ! Nous avons
déjà discuté de cela... J'ai de la mémoire ;)

Disons que la chute du mur et l'effondrement du bloc soviétique a changé beaucoup de choses. Mais cela ne signifie pas que ça change du mal au bien ou du bien au mal. Pour beaucoup de populations
d'Europe de l'Est, cela a changé des choses. D'où les commémorations. Ce n'est certes pas aussi flagrant que... 1789...

Bien sûr, ni la fin du monde, ni le Paradis, n'est venu sur Terre, parce que les hommes d'avant 1989 sont toujours des hommes après. Là, je suis tout à fait d'accord avec toi. La chute du mur n'a
pas signé la fin des corruptions.

Cet article m'a fait réfléchir sur l'histoire et la mémoire : la mémoire et l'histoire ne sont pas la même chose. L'histoire répond a un besoin de vérité : les Bulgares veulent savoir ce qui
s'est réellement passé en 1989. Les historiens peuvent enquêter sans juger. La mémoire, elle, répond à un besoin de tourner la page et de vivre. Les Allemands tournent la page de la réunification
par la fête et la commémoration de novembre 1989. Les Bulgares, eux, n'ont pas tourné la page, parce que Moscou, c'est encore trop près et trop frais dans leur mémoire. Ils refoulent 1989
dans leur mémoire mais c'est là, ils ne peuvent oublier l'espoir qu'ils avaient eu à l'époque et qu'on leur a enlevé. La mémoire, c'est aussi la liberté d'oublier. Mais pour avoir la liberté
d'oublier (et donc de pardonner pour continuer de vivre), il faut savoir ce qui s'est passé. Les secrets trop gardés sont les meilleurs ennemis de la mémoire, de l'oubli, de la
liberté. 

Bisous