Ce que chacun donne à voir...

Publié le par RanDom

Pignouf est venu m’apporter l’enveloppe, me dit que c’est une nouvelle farce, et disparaît. Je me retrouve donc seul à mon bureau, à inspecter l’enveloppe. Pas la moindre mention d’un quelconque expéditeur. Je m’interroge, on dirait que ce pli, avec son timbre d’un autre âge, avec son oblitération de l’étranger, a traversé bien des temps et des civilisations pour parvenir en ma possession.

 

J’ouvre. Il y a là-dedans trois documents, qui semblent n’avoir aucun lien entre eux. J’examine d’abord la photographie.



Trop fatigué, je laisse les deux autres papiers de côté. Sur l’un d’eux, on peut lire : « Ce que chacun donne à voir… » Mais je ne vois plus grand-chose, à dire vrai, et n’essaye même plus de garder les yeux ouverts. Déjà, les premières images d’un monde qui m’est étranger viennent hanter mon esprit, avec sa douce calligraphie. Je m’endors.

Publié dans Passé Présent

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Jean-Yves 31/01/2009 13:15

Random porterait-il en lui une déchirure ? La déchirure originelle : cette conscience aiguë des frontières de son moi, sans cesse alertée par l'autre.
RanDom entend-il le cri qui jaillit au fond de la nuit ? Il sait que le spectacle de lui-même n'a pas d'audience. (1)
RanDom a-t-il la volonté d'écrire pour être aimé ? Et être aimé, pour lui, je devine que cela doit être beau.
(1) Je crois que RanDom ne souhaite pas faire de sa vie un spectacle : il préfère écouter en lui, dans l'abandon, ses résonances profondes. Il appartient à la catégorie des hommes qui refusent de s'exhiber pour camoufler sa fragilité.

RanDom 31/01/2009 15:07



J'aime le mot que tu emploies : "frontières". L'Auzette est à la frontière, comme beaucoup de fleuves, aujourd'hui, qui séparent les peuples tout en les reliant.

J'écris autant pour être aimé que pour aimer. Un peu comme lorsqu'un photographe veut saisir un instant de lui et le montrer ensuite à d'autres, pour partager ce qu'il a aimé autant que pour se
faire aimer des autres. Tout est dans l'échange plus que dans l'exhibition.

Il y a bien un RanDom qui se donne en spectacle, c'est le professeur du lundi matin qui se retrouve en scène sous le regard d'autrui, de ses élèves, de leurs parents, de ses collègues, et des
autres qui s'imaginent que professeur, c'est quelque chose !

Mais il y a le Pignouf du dimanche soir, fragile, qui refuse de s'exhiber et qui cherche tout de même a établir le contact avec ce que les autres ont de commun avec lui, cette part d'humanité qui
nous pousse autant à nous retrouver l'un en l'autre qu'à nous retrouver seul en soi. J'appelle cela mon syndrome du lundi matin, non pas que je craigne ce passage du week-end de loisirs à la
semaine de travail... Je me prépare surtout à passer de la sphère intime à la sphère publique. Voilà pour ce qui est de ma déchirure, cette fragilité, cette timidité, alors peut-être qu'écrire,
c'est une façon d'évacuer ces angoisses. 

J'ai répondu à Cat que je faisais partie d'une famille d'écrivains à la Bartleby, étudié par l'auteur espagnol Enrique Vila-Matas : ces écrivains qui n'écrivent jamais... Je n'imagine pas un
livre de moi. J'écris seulement comme je marche et je marche beaucoup puisque je n'ai pas de voiture. Or au cours de mes marches, au fil de mes écrits, je rencontre des personnes, comme toi, et
je les salue, et je suis intimidé mais ravi de nous voir ainsi exister par cet échange de regards et de reconnaissance.

Je te souhaite un bon week-end, Jean-Yves, ne sois pas surpris si j'effectue quelques changements quant au design de mon blog. J'aime marcher sur les ponts et traverser les rivières, alors en
cette fin de janvier, en ce passage en février, il y a quelques nouveautés.

Salut !



Catgirl 31/01/2009 06:44

ben voilà, c'est malin, le petit garçon, il me fait pleurer avec son cri de rage, comme seuls les enfants savent en avoir ...je n'ai pas tout compris au rêve de RanDom, à vrai dire, je n'ai rien compris.les autres perçoivent de nous ce que nous leur laissons percevoir. Mais souvent, il y a ce que l'on cache, par pudeur, par peur, et cela nous rend, en bonne partie inaccessible. La tv n'est qu'un jeu de dupe, les gens jouent à être, beaucoup de gens sur le net jouent à être aussi. Malheureusement. ton texte avec le petit garçon est très bien écrit, la fin est ... ne donne à voir de toi que la vérité, même si tu ne donnes pas toutes les clés, ne donne à voir que la vérité, car un jour où l'autre le masque tombe, et les gens ne garderont à l'esprit que le jeu de dupe que tu as joué. Pour certains, ils ne verront que ce que tu es réellement, sans indulgence, intransigeant. Pour d'autres, ils ne cesseront de s'interroger sur le fait qu'il n'avait pas vu avant, parfois en se demandant si tu as joué à tricher, ou bien si tu étais déjà comme cela au début, mais que ce sont eux qui n'ont pas voulu voir. Et puis il y a ceux qui au début seront blessés, et passés la stupeur de la découverte, s'interrogeront sur leur part, et choisiront de garder leur distance tout en restant poli. Ils accepteront de laisser à l'autre son jeu de dupe, le laisseront être ce qu'ils voient désormais de lui, essayerons de ne pas juger, mais feront en sorte de ne plus être le compagnon de ce jeu.Nul n'est parfait, et au final, ce que chacun donne à voir n'est que dans un seul but, le but de nous tous ... il ne faut pas se leurrer. On donne à voir ce qui peut nous faire aimer de l'autre, des autres ... car nous vivons dans le regard des autres ;)bisousps : pardon à Koulou pour ce long com :$

RanDom 31/01/2009 14:50



J'aime faire rire dans la vie, mais à l'inverse, mes écrits fouillent plutôt les sentiments de tristesse... Je me suis nourri à l'oeuvre de Zola, ce qui explique
peut-être cela. Cependant, comme Zola, je ne cherche pas à faire pleurer bêtement, mais à raconter une vie. Cet hôtel Chopin, je le connais bien, j'y ai dormi quelques temps, pour fuir l'image de
moi qu'on cherchait à m'imposer. Alors il doit y avoir un lien entre ce récit et le thème "ce que chacun donne à voir". Et puis cet écrivain qui ne donne rien à lire que les pages blanches de sa
vie, je le trouve très proche de l'écrivain raconté par Brautigan dans son roman Sucre de Pastèque (d'où la référence) ou des écrivains qui n'écrivent jamais rien, étudiés par Enrique
Vila-Matas. Je pense faire partie de cette famille... Même si j'écris beaucoup...

Pour le rêve de RanDom, l'article d'aujourd'hui t'apportera peut-être une réponse. Ceci dit, tu me l'enseignes parfois, il suffit de contempler sans vouloir chercher à tout comprendre.

Quant à ta réflexion sur la télévision et le net, je la trouve très juste, et Koulou peut y apporter son grain de sel quand il aura terminé ses dédicaces à Angoulême ;) Cet article de RanDom est
à suivre, puisque son fil directeur est le masque que tu as pris en photo.

Alors à bientôt. Bisous.