La femme est l'avenir de l'homme

Publié le par Dam

        Cher Hong Sangsoo,

Ces quelques mots pour vous avouer combien Pignouf aime votre cinéma. Qu'il prononce votre nom "On a le sang soûl", après avoir vu l'un de vos films, ne serait sans doute pas pour vous déplaire.

        Dans votre film, La femme est l'avenir de l'homme, deux amis de longue date se retrouvent et décident de partir sur les traces d'un souvenir : une jeune fille dont ils étaient amoureux quelques années auparavant. Dans la poursuite de leur passé enfui, enfoui, ils ne trouvent pas le bonheur, mais ils se trouvent. Tout l'avenir s'ouvre alors à eux.


        Vous ne racontez pas seulement une histoire coréenne qui se déroulerait seulement à Séoul. C'est une histoire universelle et les deux amis, souvent, se heurtent ou se soutiennent en se lançant comme excuse : "C'est difficile d'être humain, essayons de ne pas devenir des monstres."

        Cher Hang Songsoo, voilà bien ce que se disent souvent Pignouf et RanDom, lorsqu'ils se heurtent puis se réconcilient : "C'est difficile d'être humain, essayons de ne pas devenir des monstres."

        Dans un autre de vos films, Turning Gate, on retrouve encore deux amis : l'un demande à l'autre comment lui, autrefois si séducteur, coureur de jolies filles, avaient pu tomber enfin amoureux. La réponse : "Tu rencontres une fille qui n'est pas ton genre et, tout à coup, elle t'apparaît comme une femme."


        Pignouf et RanDom voulaient inscrire sur leur blog un peu de cette humanité que l'on trouve dans vos films avec de ce sang saoul qui s'écoule de Séoul à l'Auzette.

        Bien à vous.

Publié dans Leurs vies en films

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rose bleue 14/03/2009 19:16

et tu dit bien ;)  

Dam 25/03/2009 18:42


:0010:


Jean-Yves 14/03/2009 19:01

Damien, je te remercie, de ta réponse. Comment approcher la notion de « monstre » ?
Le « monstre » peut se définir à partir de l'idée qu'il faut se défendre contre tout ce qui est différent du statu quo : cette différence serait par essence dangereuse. Le statu quo, je me le représente comme une cage, une prison, dans le domaine social, philosophique, sexuel… que certains (les monstres) voudraient remettre en cause.
Pourtant les études ethnologiques ont montré que le « monstre », la chose des ténèbres, la chose qui rôde à l'extérieur, pouvait être une force de changement, de transformation et de compréhension. L'homme ou la femme qui se trouve au seuil, à la frontière, du naturel ou du surnaturel (exemples : le sorcier, le chaman…), est extérieur au statu quo de la tribu.
Alors que l'homme qui possède femme, enfants, chien, etc. est un prisonnier qui porte des œillères et qui est terrifié par tout ce qu'il possède. Il n'ose, pas lever les yeux pour regarder les étoiles et il n'ose pas regarder à l'intérieur de lui-même, parce que toute perspective qui est plus grande que lui, que sa vie, le menace. Il ne rêve pas.
Je crois que nous sommes à la fois attirés et terrifiés, par tout ce qui peut nous changer. Mais le monde n'acceptera jamais les « monstres » qui menacent à chaque instant de renverser le monde et ses petites forteresses. Le « monstre » crée son propre système, ce qui est, à mon sens, la chose la plus importante à accomplir dans sa vie. Que ce système soit de nature philosophique, sexuelle, etc. n'a aucune importance. Ce qui est important, c'est de ne pas être la victime des lois qui ont été édictées par quelqu'un d'autre.
Oui, je suis un monstre.
Merci à toi de ce dialogue.

Loren 12/03/2009 22:02

Pour vous
 Projet d’art postal  « Une bouteille à la mer » (mail art)
Et
 Projet d’installation d’une oeuvre rencontre « Une bouteille à la mer »Une « oeuvre rencontre » est l’idée d'un partage simple, d’une possible rencontre à travers la création. En chacun de nous sommeille un créateur, son expression singulière est riche. Qu’une œuvre d’un artiste connu voisine avec celle d'un enfant ou d'un peintre amateur.... Que chacun ait une place...Chacun apporte son maillon créatif à une oeuvre collective cohérente.
Pour en savoir +
http://bouteille.a.la.mer.over-blog.com/

Dam 14/03/2009 11:41



C'est sans doute un projet intéressant, cette bouteille à la mer, mais ma toute petite petite bouteille que je jette dans l'Auzette a encore beaucoup de chemin à
faire, de cours d'eau à suivre, de lits à découvrir, avant de retrouver la mère ;)



rose bleue 12/03/2009 18:10

je se pas quesque sa rend humain vraimant mais l amour  celul que est partage donne des ailes........................................   motre je croix que cest l etre que jamais a connu meme pas une miette d amour        bon rusemant que des fois les film et le livre pour porte a vivre une autre vie        bise  

Dam 14/03/2009 11:39


Ciao Rosa :D

Oui, tu as raison, l'amour, l'amour...

L'amour rend aveugle et quand je suis amoureux, je ne me demande plus : est-ce qu'elle est humaine ou est-ce qu'elle est monstrueuse ?

Quand je suis amoureux, je dis : "elle est belle".
Monstrueusement belle.
Et belle humaine.

Bisous


Jean-Yves 11/03/2009 18:57

Être humain, n'est-ce pas offrir à l'autre le courage qu'on a tiré de nos propres faiblesses ?

Dam 14/03/2009 11:37


Bonjour Jean-Yves. J'ai attendu mon week-end et du temps libre pour répondre à ta question. Et je suis en train de t'envoyer un colis avec une carte. Tu devrais recevoir ça dans les prochains
jours. J'ai pris mon temps. J'ai besoin de temps.

Mais j'aime bien ta question.

Depuis que je suis adolescent, je me suis aperçu que dans de très rares relations, je ne m'apercevais plus que j'étais moi parce que l'autre me faisait oublier que j'étais seul. Et je croyais lui
offrir un courage, une force, une énergie, alors qu'en vérité, il m'offrait en même temps son courage, sa force, son énergie. J'écris "il", car ça peut fonctionner entre deux hommes. Lors de mon
adolescence, j'ai ressenti ça avec mon grand frère. Nous avions nos faiblesses et chacun s'offrait son courage. Le risque de l'offre, c'est l'étouffement ou le vide. Si l'un voit que l'autre offre
plus, ou qu'il offre moins, ou si l'on offre trop, alors on s'étouffe et l'on se vide. Il faut arriver à l'équilibre, et cet équilibre entre deux êtres peut être perçu aussi bien humain que
monstrueux. Et le déséquilibre, la rupture, cela peut-être perçu comme humain ou monstrueux.

Je dirais donc qu'il faut s'empêcher de percevoir notre humanité ou notre monstruosité. Heureusement l'amour rend aveugle !

Je ne suis pas philosophe, mais si j'aime cette boutade : "c'est déjà difficile d'être humain, ne devenons pas des monstres", c'est parce que je ne suis pas un être
humain, pas plus que je ne suis un monstre. Je suis un animal vivant qui tisse des relations humaines ou monstrueuses. Qui décide si c'est humain ou monstrueux ? C'est notre culture. Parce qu'en
plus d'être des animaux vivants, nous sommes des animaux vivant en société. Et la société peut déterminer si ma relation à l'autre est humaine ou monstrueuse. Tu vas me dire que c'est la définition
d'Aristote, l'homme est un animal politique, alors excuse-moi de t'infliger cette philosophie de comptoir. Je te l'ai dit, je ne suis pas philosophe, je répète seulement ce que j'apprends et qui
m'inspire.

Par exemple, lorsque je lis L'Iliade et l'Odyssée, je vois des héros grecs qui font le tour du monde, qui font le tour de l'humanité, pour déterminer ce qui est humain et ce qui
est monstrueux, ce qui est civilisé et ce qui est barbare. Pourquoi ce souci de faire une distinction claire et nette, définitive, entre l'humain et le monstre.

Je crois que cette recherche effectuée par les Grecs, nous l'avons encore dans nos veines. Ce que mange un humain n'est pas ce que mange un monstre. Un monstre mange des hommes, les hommes mangent
les animaux, et les animaux se mangent entre eux. On fait ainsi des hiérarchies au sommet desquelles se trouvent souvent des dieux. En-dessous des dieux se trouvent des héros monstrueux, puis les
humains, et les animaux.

Certains prétendent que c'est justement ce qui nous rend humain, ce besoin de faire la différence entre notre humanité et la monstruosité du monde. D'autres vont prétendre que nous participons à la
monstruosité du monde. Et d'autres encore vont prétendre que c'est nous, humains, qui transformons notre environnement en monstruosité.

Peut-être vas-tu me demander dans lequel de ces trois camps je me situe. Quand j'étais enfant, je me situais dans le premier camp : le monde est monstrueux et moi je suis l'humain. Adulte intégré à
ma société, je me dis : je suis humain en train de rendre le monde monstrueux. Et quand je serais plus sage, plus vieux, je me dirais : il n'y a pas de monstre, il n'y a pas d'humain, tout ça n'est
que balivernes pour nous faire croire que la vie a un sens.

Le sens humain a ma vie est donc, actuellement, d'offrir à l'autre mon humain-aveuglement d'amoureux. Au lieu de dire à l'autre : "à quoi bon nous aimer si c'est seulement pour nous reproduire
comme de simples animaux ou pour nous détruire comme de simples monstres".

Bien à toi, Jean-Yves.