Le philosophe et la musique, que viens-tu faire Adorno dans ma vie ?

Publié le par Dam

Pourquoi écouter une émission de philosophie sur France Culture quand on a autre chose à faire ? Voilà bien le genre de questions que me pose régulièrement Pignouf. Certes, je n'ai pas plus de philosophie ni plus de culture qu'un Pignouf moyen, mais est-ce interdit d'écouter une émission de philosophie sur France Culture plutôt que le résumé de France-Lituanie (1-0) sur une chaîne de radio concurrente ?

Je dois vous l'avouer, je n'écoute France Culture que pour entendre le son de paroles prononcées avec calme, pour sentir aussi le respect de gens qui me sont inconnus et qui, pourtant, me parlent avec bien des égards, en employant des mots châtiés. Ils tiennent conversation et m'offrent de l'écouter. Parfois, je me demande comment les remercier de m'avoir instruit sur un sujet qui m'était complètement inconnu, mais les voilà qui s'esquivent sans demander leur reste !

Qui plus est, ils nous invitent maintenant à les podcaster...

Aujourd'hui, on parlait d'Adorno. Le nom me disait bien quelque chose. Au cours de votre vie, vous croisez des noms propres sans vous y arrêter. Vous les notez tout de même dans votre mémoire, au cas où vous vous croiseriez plus tard. C'est comme un nouveau-né que l'on revoit des années plus tard : ce bébé a 18 ans aujourd'hui... "La première fois que je t'ai vu, tu n'étais pas plus grand que ça !" faites-vous en écartant les mains de trois paumes.

La première fois que j'ai entendu parler d'Adorno, sans doute était-ce à ce fameux cours de philosophie où, assommé par l'ennui, je ne prêtais aucune attention à Adorno ! Il m'en était juste resté la musicalité d'un nom de trois pieds de long : A-dor-no. Une question suivie d'une négation... Adore ? No ! Tu dors ? Non... Aujourd'hui pourtant, je voulais dépasser les simples jeux de mots pour en savoir plus ! Et j'écoutais avec curiosité l'émission de philosophie sur France Culture, tandis que Pignouf m'aidait à quelques tâches ménagères... "Ce serait plus engageant de mettre un peu de musique, non ?"

Mais puisque de musique, il en était question !

"J'ai étudié la philosophie et la musique, déclare Adorno en 1960. Plutôt que choisir entre les deux, j'eus toute ma vie durant le sentiment d'être, dans ces deux domaines divergents, à la recherche d'une chose identique."

Qu'est-ce que cette chose identique ? La vérité ? La liberté ? La beauté ?

Né en 1903 à Francfort-sur-le-Main (Allemagne), Théodor Wiesengrund-Adorno est mort il y a tout juste 40 ans, en 1969. Sa mère était cantatrice et une tante musicienne contribua aussi à l'épanouissement musical d'Adorno. En 1923, il soutint une thèse sur Husserl, à l'Université de Francfort, intitulée fort judicieusement : "La transcendance de l'objectal et de la noématique dans la phénoménologie de Husserl". Il se rendit ensuite à Vienne où il étudia la composition musicale et le piano. Son oeuvre est alors inspirée par les poèmes de Georg, Trakl, Kafka, Brecht et par la musique de Schönberg.

De retour à Francfort en 1928, il rédige sa thèse d'habilitation sur Kierkegaard (Construction de l'esthétique, publiée en 1933, le jour de l'accession d'Hitler au pouvoir). En 1938, il devint officiellement membre de l'Institut für Sozialforschung et s'exile finalement aux Etats-Unis sur les conseils de Max Horkheimer.

Et bla bla bla, et bla bla bla, marmonnait Pignouf en s'accordant une valse avec la serpillière. Bien sûr, nous ne comprenions pas tout. N'empêche que je commençais à m'attacher à la figure d'Adorno. "Oh, Pignouf ! Va enlacer la serpillière là où je ne pourrais pas te ficher le manche à balai en plein derrière !"

Au cours de la Deuxième Guerre mondiale,  l'activité musicologique d'Adorno est réduite à quelques articles consacrés au jazz, au rôle culturel de la radio et des mass-media. Par contre, il concentre ses études sur  la personnalité autoritaire et publie The authoritarian personality, en collaboration avec E. Frenkel-Brunswik , Daniel J. Levinson et R. Nevitt Sanford,  à New-York, en 1950.



De retour en Allemagne, après la guerre,  et avec la réinstallation de l'Institut à Francfort, il entreprend une oeuvre critique foisonnante qui témoigne d'une pensée dialectique complexe où s'entrelacent la critique musicologique et les réflexions critiques, polémiques parfois, sur les rapports entre la culture et le monde "administré" de la société industrielle avancée.

Autrement dit : "Refusant tout dogmatisme, la pensée d’Adorno a ainsi permis la valorisation de l’expérience subjective pour élaborer une dialectique consciente de la souffrance des hommes dans un univers d’aliénation toujours menacé de glisser vers le totalitarisme et la barbarie : " le besoin de faire s’exprimer la souffrance est condition de toute vérité ; car la souffrance est une objectivité qui pèse sur le sujet."
La philosophie adornienne se définit ainsi comme une libération radicale de la pensée : « Le penser est en soi déjà, avant tout contenu particulier, négation, résistance contre ce qui lui est imposé ». C’est précisément à partir de ce projet philosophique de désentravement de la pensée que ce livre entend présenter la philosophie de celui qui fut le plus célèbre représentant de l’école de Francfort."

Le paragraphe ci-dessus est extrait de la 4e de couverture du livre d'Arno Münster, Adorno, aux éditions Hermann, 2009.

Mais voilà que Pignouf revient et, croyez-moi, il est si triste que je me dois de lui mettre de la musique afin de le réconforter un peu, après ma saillie précédente... Je consacrerai d'autres articles à Adorno pour mieux connaître ce personnage qui, dans la philosophie comme dans la musique, cherchait une chose identique, mais quoi ? Le bonheur ?


Cette vidéo (extraite d'un documentaire d'arte) est en allemand, mais les propos d'Adorno sont sous-titrés en anglais. L'entendre critiquer et qualifier d'insupportable la musique populaire (et en particulier, la chanson de John Baez contre la guerre du Viet-Nam) rend ce philosophe fort plaisant ! Pourquoi ? Mais justement ! Parce que le rôle du philosophe, c'est de faire réfléchir... En vous invitant à danser !

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Catgirl 04/04/2009 08:19

je n'ai pas le temps d'écouter, mais j'ai eu le temps de tout lire.je n'ai pas entendu parler de cet homme phylosophe musicologue durant mon année de philo ... mais que dire de mon année de philo ... rien rien rien ... nada ...la pensée serait donc réfractaire selon Adorno, sans doute, inconsciemment je pense ... OUI MAIS ... bisous

Dam 04/04/2009 13:02



Je te souhaite de profiter de ton samedi ! :D Mes pensées t'accompagnent dans ta famille...

Moi non plus, je ne connaissais pas Adorno. Le but de cet article est de m'arrêter sur ce personnage pour voir ce qu'il peut encore, 40 ans après sa mort, m'apporter. Comme j'aime la musique et
que je ne rechigne pas à réfléchir, je vais donc me documenter sur Adorno et mettre au fur et à mesure, sur mon blog, les résultats de mes recherches le concernant.

La vidéo est une introduction à la pensée d'Adorno, je la reprendrai donc dans un prochain article. Les questions posées concernent la distinction entre grande musique (des élites) et petite
musique (populaire), bonne ou mauvaise musique, et aussi la musique comme instrument capitaliste d'uniformisation dans notre société de consommation (culture de masse).

OUI MAIS ou NON MAIS, c'est tout ce qui fait la différence entre le citoyen et le sujet. Le citoyen vote MAIS... Tandis que le sujet, dans un régime totalitaire, doit dire OUI ou NON, à 100%,
suivant les ordres donnés. Donc, j'aime ton MAIS qui fait de toi une personne libre et te fais exister à mes yeux.

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