Autres voix, autres vies (5) : Little Jimmy Scott

Publié le par Dam

Voix de femme ? D'adolescent prépubère ? Voix bleue, très sombre. D'un charme paradoxal. D'un chant pas comme les autres.
Voix déchirée, voix déchirante.

Enfance désastreuse, mère déchiquetée sous ses yeux par un chauffard, orphelinat et séparation d'avec ses frères et soeurs, tristesse inguérissable et présence incandescente, sa vie est un filon pour tout journaliste musical porté sur le pathétique.

Jimmy Scott est né en 1925, il chante à douze ans. Peu après, il est atteint du syndrome de Kallmann qui arrête sa croissance et lui fait conserver sa voix d'adolescent. Découvert à 18 ans par Lionel Hampton, il part à New York l'année de ses 20 ans. Sa voix comparable à celle d'une femme y connaît le succès. Premier hit en 1950 avec Everybody's Somebody's Fool. Il obtient l'admiration des plus grands, de Ray Charles à Marvin Gaye, qui rêvent de chanter de façon aussi émouvante que lui. Mais toute sa carrière, le briseur de coeurs est avant tout considéré comme un monstre de foire. Un producteur, pour exploiter son mystère, mit sur la couverture de l'album The Source, en 1969, le visage d'une femme noire. Jimmy Scott, abusé par des producteurs véreux, sombre ensuite dans l'oubli, travaillant comme aide-soignant dans un hôpital puis commissionnaire bagagiste dans un hôtel.

 

Alors qu'il chantait Someone to Watch Over Me (le morceau précenté ci-dessous) au cours des funérailles d'un grand compositeur de blues américain (en 1991), le producteur de Madonna, Seymour Stein, craqua pour cette voix et d'autres artistes, parmi lesquels Lou Reed et Bob Dylan, le redécouvrent.

"Il a la voix d'un ange et peut vous briser le coeur." (Lou Reed) David Lynch, Joe Pesci et Robert De Niro deviennent spontanément ses attachés de presse. Son album de retour, All the Way (1992), où il est accompagné par le grand pianiste Kenny Barron, ravit aussi bien les amateurs de jazz que de pop avec ses chansons à vous flanquer le cafard.

Son biographe, David Ritz, explique : "Dans la fragilité de cette voix, il y a une force énorme. Ses chansons disent que nous pouvons vivre avec nos inconséquences ; nous pouvons être des fous et pourtant survivre ; nous pouvons encore espérer ces "pennies from heaven". Nous le regardons pour apprendre comment vivre nos vies avec patience, dignité, et un sens de la beauté qui émerveille."

La vidéo suivante, sur un enregistrement de 1955, nous montre une série de photos de sa carrière.


 




Liens :
Le site officiel de Jimmy Scott.

Jimmy Scott sur MySpace.

La ballade de Little Jimmy Scott, par le New York Times : "Jimmy Scott is perhaps the most unjustly ignored American singer of the 20th century."

→ Cliquer ici pour suivre la série : Autre voix, autres vies (6).

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Catgirl 16/04/2009 06:35

quelle voix incroyable !!! Obama a des faux airs de Jimmy Scott. quelle voix !!!et une vie difficile, qui a sans doute contribué aux émotions qu'il fait passer dans sa manière de chanter.bisous

Dam 16/04/2009 18:42



Billie Holiday a également connu une vie qui passe dans sa voix.
Ce Little Jimmy Scott illustre donc bien le titre "autres voix, autres vies".
Je découvre ces artistes qui appartiennent à l'Histoire mais qui transmettent pourtant des émotions bien présentes.

Bonne soirée !
Bisous



rose bleu 15/04/2009 20:41

des fois on dire le le move sort se acherne toujour sur les meme   une tres belle voit il dejage beaucoup de chaleur  il douve chante avec tout son ame   biz dam  

Dam 16/04/2009 18:50



Cet artiste nous rappelle que le chant est libérateur, autant pour celui qui chante que pour celui qui écoute cette voix pleine de vie. Tu as raison, Rosa, beaucoup de chaleur et de coeur qui
rendent si digne ce Little Jimmy Scott.