Les ennuis, c'est mon problème (Raymond Chandler)

Publié le par Dam

"Il était à peu près onze heures du matin, on arrivait à la mi-octobre et, sous le soleil voilé, l'horizon limpide des collines semblait prêt à accueillir une averse carabinée. Je portais mon complet bleu poudre, une chemise bleu foncé, une cravate et une pochette assorties, des souliers noirs et des chaussettes de laine noire à baguettes bleu foncé. J'étais correct, propre, rasé, à jeun et je m'en souciais comme d'une guigne. J'étais, des pieds à la tête, le détective privé bien habillé. J'avais rendez-vous avec quatre millions de dollars."

C'est Boris Vian qui traduit, en 1948, The Big Sleep (Le Grand Sommeil), le premier roman policier de Raymond Chandler, écrit en 1939, où apparaît Philip Marlowe. Le détective, bien habillé, est devenu à l'écran, sous les traits d'Humphrey Bogart, un des premiers grands héros mythiques  du roman noir.

Raymond Chandler commence une carrière d'écrivain professionnel à 45 ans, en 1933 : fini la comptabilité et la poésie, il tente sa chance dans le polar. Dans son premier texte, Les maîtres chanteurs ne tirent pas, on y trouve gangsters, enlèvement, chantage ; la psychologie est inexistante ; les dialogues sont nombreux. Le lecteur sait tout sur les costumes, les lumières, les mouvements ; il n'y pas de temps morts, pas de pause pour entendre les voix intérieures des personnages.

Un volume (Les ennuis, c'est mon problème, éd. Omnibus, 1216 pages), paru en mars 2009, reprend vingt-cinq de ses premières nouvelles, dans lesquelles l'auteur du Grand Sommeil modèle son détective. Plusieurs privés, avant Marlowe, essuient les plâtres, sous les noms de Mallory, Dalmas ou Carmady... Les intrigues sont plus stéréotypées et cinématographiques que littéraires mais on y trouve le terreau d'une oeuvre qui s'épanouit de 1939 à la mort de l'écrivain, le 26 mars 1959, il y a tout juste 50 ans.


L'intrigue de The Big Sleep :
Le vieux général Sternwood, à demi paralysé, est affligé de deux filles, Vivian et Carmen, qui sont absolument dépourvues de sens moral et se livrent à leurs vices avec une fureur maladive. Vivian se saoule et joue à la roulette. Carmen se drogue, a des crises d'épilepsie et d'érotomanie. Des gangsters chevronnés s'en mêlent aussi, mais le sympathique Marlowe fonce dans le tas et ne va pas tarder à remettre un peu d'ordre dans cette maison de fous !

Dans la collection Folio Policier, j'ai également lu : Adieu, ma jolie (1940), La Dame du Lac (traduit par Boris et Michèle Vian, 1943) et Fais pas ta rosière (The Little Sister).

Liens noirs :
The Raymond Chandler Web Site

The Long good-bye, roman de Raymond Chandler (Folio Policier)
Présenté sur le site www.polar.org.

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Catgirl 16/04/2009 19:14

alors il faudra que tu me fasses découvrir

Dam 16/04/2009 19:16


Volontiers
Avec autant de gros bisous !


Catgirl 15/04/2009 20:28

mais mais mais tu as lu un livre aussi gros, je suis impressionnée je ne connais que boris vian dans ce que tu nous dis. mais pourquoi pas en lire une nouvelle pour me faire une idée, même si c'est du sans psychologie :0010:

Dam 16/04/2009 19:11



Rassure-toi, le gros livre vient juste de paraître, donc je ne l'ai pas encore (lu) !
Par contre, je tenais à rappeler, à l'occasion du cinquantenaire de la mort de R. Chandler, le plaisir que j'ai eu à lire Le Grand Sommeil (1939) et les autres romans
noirs cités dans l'article.

Dans les polars actuels, on insiste beaucoup sur la psychologie des personnages, alors c'est étrange de lire les anciens polars qui privilégient l'action et ne laisse guère de place aux
introspections. Aujourd'hui, les polars sont plus littéraires, tandis que ces romans de Chandler sont plus cinématographiques, en lien avec les films noirs de cette époque. Or, quand tu regardes
un bon polar sur grand écran, tu n'entres pas comme ça dans la tête du détective. Chez Maigret, la sociologie des personnages prend aussi le pas. Aujourd'hui, tout devient trop psychologique...
Il faut trouver la bonne alchimie entre : l'action (l'intrigue), le rythme musical-jazz de la langue (familière ou littéraire, d'où Boris Vian), la sociologie (Simenon est un
écrivain-journaliste), et la psychologie...

Voilà, voilà, on dirait que je suis amateur de polars, moi