Le concours de Miss Grèce avant Jésus-Christ

Publié le par Dam

(Trois déesses pour une pomme d'or)


        C'est le deuxième acte du scénario qui va conduire à la guerre de Troie. À qui revient, avec la pomme, le prix de la beauté divine ? Les dieux ne peuvent trancher. Si Zeus faisait le choix, une seule déesse serait satisfaite aux dépens des deux autres. En tant que souverain impartial, il a déjà fixé les pouvoirs, les domaines, les privilèges relatifs de chacune des trois déesses. Si Zeus donne la préférence à Héra, on incriminera sa partialité en faveur de l'épouse, s'il choisit Athéna, on invoquera la fibre paternelle, et s'il se prononce pour Aphrodite, on y verra la preuve qu'il ne peut résister au désir amoureux. Impossible pour lui de juger. Là encore c'est un simple mortel qui devra s'en charger. Là encore les dieux vont faire glisser vers les hommes la responsabilité de décisions qu'ils se refusent à assumer, comme ils leur ont destiné des malheurs ou des destins funestes dont ils ne veulent pas pour eux-mêmes.


Les dieux se déchargent sur les humains de la responsabilité de choisir ce qui est beau ou ce qui ne l'est pas. Or "trouver belle" ou "trouver beau" est un engagement de mortel afin de reproduire le mortel. Un engagement qui peut mener à la guerre ou à l'amour.

Cliquer ici pour voir une représentation d'Héra (Junon) protégeant les femmes mariées, modèle en plâtre retouché à la cire, d'Antoine-Louis Barye (1795-1875), conservé au Louvre.

        Le personnage qui a été choisi pour trancher la compétition entre les trois déesses s'appelle Pâris. Il a un second nom qui est celui de son premier âge : Alexandre. Pâris est le plus jeune des fils de Priam, il garde les troupeaux royaux de son père sur le mont Ida. Il est donc une espèce de roi-berger ou de berger royal, tout jeune, un kouros, dans la fleur de l'adolescence encore.

Le Jugement de Pâris, vu par Rubens (1600-1601)

Il a eu une enfance et une jeunesse extraordinaires, il est le plus jeune fils d'Hécube, épouse du roi Priam, maître de Troie, cette grande cité asiatique sur la côte anatolienne, très riche, très belle, très puissante. Pâris fut exposé à la naissance, voué à la mort, car un rêve avait annoncé à Hécube qu'au lieu d'un être humain, elle enfanterait une torche qui mettrait le feu à la ville de Troie. Pâris échappa à l'épreuve et le fait d'avoir victorieusement traversé les portes de la mort lui confère l'éclat d'un être d'exception, d'un élu. Au cours de jeux et de concours funèbres, le jeune Alexandre concourt avec les autres fils de Priam, contre l'élite de la jeunesse troyenne. Il l'emporte dans tous les concours. Tout le monde est stupéfait et se demande qui est ce jeune berger inconnu, si beau à voir, si fort, si habile. Un des fils de Priam, Déiphobe, est pris de fureur et décide de tuer cet intrus qui l'a emporté sur tous.


        Déiphobe poursuit le jeune Alexandre qui se réfugie au temple de Zeus, où se trouve aussi leur sœur, Cassandre, une jeune vierge très belle dont Apollon a été amoureux mais qui l'a repoussé. Pour se venger, le dieu lui a accordé un don infaillible de divination, mais qui ne lui sert à rien. Au contraire, ce don ne fera qu'aggraver son malheur, car personne ne croira jamais à ces prédictions. Dans la situation présente, elle proclame : « Attention, cet inconnu est notre petit Pâris. » Et Pâris-Alexandre exhibe en effet les langes qu'il portait quand on l'a exposé. Il suffit qu'il les fasse voir pour être reconnu. Sa mère, Hécube, est folle de joie, et Priam, qui est un très bon vieux roi, est ravi lui aussi de retrouver son enfant. Voilà donc Pâris réintégré dans la famille royale, mais il a gardé l'habitude, ayant passé toute sa jeunesse en berger, d'aller visiter les troupeaux. Il est un homme du mont Ida.


        Pâris voit donc arriver Hermès et les trois déesses, il est un peu surpris et inquiet. Inquiet parce que généralement, lorsqu'une déesse se montre ouvertement à un humain dans sa nudité, son authenticité d'immortelle, cela tourne mal pour les spectateurs : on n'a pas le droit de voir la divinité. C'est à la fois un privilège extraordinaire et un danger dont on ne se remet pas. Ainsi, Tirésias, d'avoir vu Athéna, en perd-il la vue.


Statue d'Athéna Pacifique (exposée au musée du Louvre)
Lire mon article sur le Parthénon, le temple d'Athéna à Athènes.

        Sur ce même mont Ida, Aphrodite, descendue du ciel, s'était unie à Anchise, le père de celui qui sera Énée. Après avoir dormi avec elle, comme avec une simple mortelle, au matin Anchise la voit dans toute sa beauté divine. La tête de la déesse touche le faîte de la salle, le corps paré de ses plus beaux atours, les joues « brillantes d'une beauté immortelle (kallos ambroton) ». Il lui suffit de voir « le col et les beaux yeux d'Aphrodite » pour que, pris de terreur, il l'implore en lui disant : « Je sais que je suis perdu, je ne pourrai plus jamais avoir de contact charnel, désormais, avec une créature féminine. Qui s'est uni à une déesse ne va pas ensuite se retrouver dans les bras d'une simple mortelle. Sa vie, ses yeux, en tout cas sa virilité sont anéantis. » Pour commencer, donc, Pâris est épouvanté. Hermès le rassure. Il lui explique que lui incombe de faire le choix, de décerner le prix en disant laquelle est à ses yeux la plus belle.


Comment choisir !

        Pâris se sent fort embarrassé. Les trois déesses, dont la beauté est sans doute équivalente, essaient chacune de le séduire par des promesses alléchantes. Quand Pâris a devant les yeux Aphrodite, Athéna, Héra, c'est en comparant, en confrontant le corps des trois déesses, en repérant leurs différences, que le futur séducteur d'Hélène peut deviner les pouvoirs et les privilèges qui appartiennent à chacune et dont ne manquera pas de le gratifier celle dont il aura su, en lui accordant son suffrage, se gagner les faveurs. Si elle devient l'élue de son choix, chacune d'elles jure de lui rapporter un pouvoir unique et singulier qu'elle seule a le privilège de donner.

>>> Que peut lui offrir Athéna ? Elle lui dit : « Si tu me choisis, tu auras la victoire dans les combats à la guerre et la sagesse que tout le monde enviera. »

>>> Héra lui déclare : « Si tu me choisis, moi, tu obtiendras la royauté, tu seras le souverain de toute l'Asie, car comme épouse de Zeus, dans mon lit se trouve inscrite la souveraineté. »

>>> Quant à Aphrodite, elle lui annonce : « Si tu me préfères, tu seras le séducteur complet, tout ce qu'il y a de plus beau sur le plan féminin te sera acquis et, en particulier, la belle Hélène, celle dont déjà la réputation s'est répandue partout. Celle-là, quand elle te verra, ne te résistera pas. Tu seras l'amant et le mari de la belle Hélène ».

Pâris choisit Hélène.
(cliquer sur le lien pour voir le tableau de Jacques-Louis David, Pâris et Hélène, 1789)
Voici du coup enclenché, avec à l'arrière-plan le nœud des relations entre les dieux et les hommes, le mécanisme dont la mise en place constitue le deuxième acte de cette histoire.

Comment expliquer ce choix ?
>>> Parîs est dans l'incapacité de comparer la beauté de trois déesses et choisit celle qui lui promet l'amour de sa vie (plus fort que la gloire, plus fort que le pouvoir et ne dit-on pas plus fort que la mort). Zeus ne pouvait trancher entre la beauté de son épouse devenue mère, la beauté de sa fille devenue sage, et la beauté de l'amour tout court. Pâris, au contraire, peut trancher, car il est mortel, dans un âge de sa vie où il est avant tout sensible au désir amoureux, où cette beauté lui paraît d'autant plus forte qu'il sait qu'il ne pourra l'apprécier que dans un temps limité.

>>> Pâris choisit donc Aphrodite parce que toute belle est aussi la Beauté, ce par quoi tout individu dans le monde, qu'il soit bête, homme ou dieu, est rendu beau et désirable. Dans son éclat, le corps de la déesse est la puissance même d'Éros, en tant que force universelle.

>>> On peut aussi considérer que la beauté n'existe que dans ce qu'elle favorise le passage d'un état à un autre : il ne s'agirait donc plus que d'une force que doit trouver l'homme en toute femme afin de passer d'un état à un autre qui le rendrait plus beau. Dans ce cas, la beauté serait miroir : est belle celle qui me rend plus beau, ou celle qui me rend plus sage, ou encore celle qui me rend plus puissant, plus riche, plus glorieux, etc. Peut-être, plus simplement, est belle celle qui me rendra plus vivant : Aphrodite, pour sauver Pâris du coup fatal que Ménélas s'apprête à lui porter, le fait ainsi disparaître du champ clos où se mesurent les deux hommes et le dépose dans la chambre d'Hélène. Grec ou Troyen, tout le monde n'y a vu que du feu. Pâris repose déjà au côté de sa belle que les guerriers grecs sont encore à chercher, dans les rangs ennemis... Où diable le Troyen a bien pu se cacher... (Iliade, III, 373-382)

 


Eros et Aphrodite, par Edouard Toudouze (XIXe siècle).

          Il est difficile de se représenter Aphrodite, la gagnante de ce concours comme les Grecs aimaient à les organiser : déesse de la Beauté, incarne-t-elle la Femme en ce qu'elle est belle ou la Beauté en ce qu'elle est femme ? Pâris la voit-elle belle ? Ou perçoit-il seulement les effets de cette beauté féminine qui le pousse à ravir Hélène ? La beauté est-elle cette force qui propulse la flèche à vous adressée par Eros ? Ou la beauté est-elle cet objet même, la flèche, vous reliant à l'Autre par un fil invisible ? Toutes ces interrogations, les artistes ont tenté d'y répondre, en nous faisant rejouer le jugement de Pâris : ont-ils donné corps à la beauté ou se sont-ils laissé guider par la beauté pour donner corps. Heureusement, c'est à nous de trancher, parfois en âme, d'autres fois en conscience.

Alors ne me demandez pas qui je trouve belle et selon quels critères ! Ce serait aussi difficile à expliquer qu'un mythe, car tout interviendrait, de l'éducation familiale à la culture de mon peuple, de ma psychologie personnelle aux pulsions animales, de mes goûts esthétiques à nos critères artistiques. Alors vaut mieux l'écrire ainsi : je te trouve belle parce que tu ne m'es pas liée comme Héra, à la fois épouse, soeur, et mère ; tu n'es pas aussi chaste qu'Athéna, jeune fille (parthénos) mais tu dégages quelque chose d'Aphrodite et de femme libre, sensuelle et séductrice, qui me fait vivre comme ne m'a pas fait vivre ma mère ni mon narcissisme.

Cet article est inspiré par ma lecture assidue de Jean-Pierre Vernant dont on trouvera ici un aperçu bibliographique.

Cliquer pour lire mon article : "L'art pour cultiver nos précieuses sculptures".

Publié dans L'autre sexe

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Catgirl 17/04/2009 16:22

mais mais mais je parlais de paris et de la belle hélène ;) d'où la boire belle Hélène (je dis ça, mais j'en sais rien) et toi tu parles de nous ... mais mais ... j'ai arreté de vivre en pensant à la fin, parce que je n'arrivais pas à vivre ainsi.d'un côté je vivais comme si j'avais l'éternité devant moi et pourtant je vivais en pensant que les gens pouvaient partir.maintenant je sais que je n'ai pas l'éternité devant moi, mais je vis sans penser qu'il y aura une fin, cela me permet d'être ancrée dans les instants présents, vraiment là et d'en profiter.la beauté c'est ce qui se dégage des gens, c'est l'image que tu as d'une personne, le souvenir que tu as de cette personne, et lorsque tu la vois, tu te dis, il est beau.se laisser surprendre, s'autoriser à voir autrement, à redécouvrir l'autre sans cesse.alors quand je t'ai vu entrer dans la boutique samedi, j'ai pensé "il est beau", tu étais différent de la première fois où je t'ai vu, et où j'avais pensé "il va falloir que j'aille vers lui, que je lui parle, que je construise le pont entre nous, sinon un mur va s'installer ..." parce que tu étais "ramassé" sur toi même, pas laid non ;) mais ramassé sur toi, parce que timide.samedi, tu n'étais pas pareil, tu avais changé, il se dégageait de toi autre chose !!!je crois que tout le monde a sa conception de la beauté, éphémère ou non, personne n'a raison et personne n'a tort :0010:

Dam 17/04/2009 17:45


J'avais bien compris que tu parlais de Pâris et de la Belle Hélène ;)
Moi aussi, je ne parle que de ça, du concours Miss Grèce Avant Jésus-Christ !
Or voilà que d'un mythe expliqué par Jean-Pierre Vernant (et je me contentais de le reprendre) nous dérivons vers de jolies réflexions sur la beauté en général... Et en particulier

Je comprends ce que tu veux dire et je suis en accord. Le sentiment de fin, je l'ai en moi, c'est comme ça, mes expériences à moi. Ne crois pas que j'attende la fin ! C'est justement parce que je
sais que toute fin existe que je profite de l'instant présent.
Cela ne m'empêche pas de vivre, car au contraire, cela me pousse à ouvrir les yeux pour trouver en toute chose sa beauté.

La beauté d'une personne est sans doute liée aussi à l'histoire que l'on construit avec celle-ci. Mais la beauté parfait n'existe pas, heureusement, ce qui permet d'aimer.

Cela me rappelle une histoire venue d'Ukraine (ou plutôt un petit conte kirghize) que j'avais depuis longtemps envie de citer sur mon blog et que je ferai donc bientôt, en lien avec cet article qui
inspire d'aussi longs commentaires :P

Gros bisous.


Catgirl 17/04/2009 07:01

crois tu que Paris sache vraiment que la beauté est une chose a apprécié car limitée dans le temps ? j'en doute, car pour qui aime, la beauté ne souffre le poids des années, bien au contraire ;) la vraie beauté réside dans le regard que l'autre porte sur soi, la plus belle des créatures ne saura réellement qu'elle est belle que lorsqu'elle verra dans les yeux de l'autre, le reflet de la beauté qu'il voit en elle, et qui dépasse bien souvent l'image physique.je crois que Paris a choisi Aphrodite car elle lui offre l'amour et que chez l'humain, le mortel, l'amour est une promesse de bonheur, bien plus que l'amour d'Hélène, Paris choisit le bonheur avec Hélène ... enfin, à mon sens :0010:

Dam 17/04/2009 10:41



Certaines beautés sont limitées dans le temps, je pense ; certaines beautés sont très éphémères. Et je suis très sensible à ces beautés éphémères. La beauté
d'un instant ! Ces beautés éphémères rendent la vie belle, car elles autorisent le souvenir de belles choses, et pour moi, ce souvenir des belles choses me permet de tourner les pages sans
regret ou avec regret. Si je n'ai pas de regret, je continue de vivre ainsi ; et si j'ai des regrets, je veux me rattraper pour profiter plus de la vie. Si la beauté ne
souffrait pas le poids des ans, alors ma vie serait moins intense, j'aurais l'impression d'être immortel, et je n'aurais pas besoin de dire à ma femme : "qu'est-ce que tu es belle !" Là, au
contraire, j'ai ce besoin : ce n'est pas seulement une question de physique ou de quoi que ce soit d'autre. Ce besoin de dire "tu es belle !", d'où vient-il ?

Pourquoi dis-je : "tu es belle ?" On peut dire que je me trompe : non, elle n'est pas belle ! Et pourtant, moi, je vois cette beauté. La beauté d'Aphrodite, tout le monde la voit, tout le monde
s'extasie, mais la beauté d'un(e) mortel(le), tout le monde ne la voit pas, parce qu'elle s'inscrit dans cette vie limitée où les perceptions évoluent au fil du temps, selon l'éducation, les
modes, les expériences, les perspectives d'avenir et de mort. Le fait qu'il y ait des débuts et des fins, c'est important. Les dieux immortels ne connaissent pas ce sentiment.

Dans la phrase de mon article, le "temps limité" désigne donc la vie de Pâris : sa vie est un temps limité puisque Pâris se sait mortel. Comme Pâris n'est pas chrétien, il n'y a
pas de paradis après sa mort, où il pourrait retrouver sa belle durant l'Eternité. Je ne parlais pas seulement de la beauté physique qui se flétrirait avec le temps, comme se
flétrissent les roses de Ronsard (d'ailleurs, pourquoi ne pas accepter cela, que la beauté s'échappe ? Toute la vie, on apprend bien à composer avec ses qualités et ses défauts, ses beautés et
ses laideurs). Je parlais de la beauté humaine qui a plus de valeur, aux yeux de Pâris, que la beauté des déesses, car la beauté d'une femme mortelle provoque un amour que les dieux immortels ne
pourront jamais connaître. Cet amour s'épanouit au cours de la vie et - c'est ce que je crois, ce n'est qu'une croyance fondée sur ce mythe - je pense que tout amour a bien une fin. Je ne
crois pas en l'amour immortel. Dès le départ, je sais que l'amour aura une fin, et c'est justement le fait de savoir que cet amour a une fin qui me pousse à profiter de la beauté de l'autre, de
notre relation, car on ne peut savoir quand et comment tout ça se terminera.

Les dieux grecs peuvent toujours continuer de se tromper entre eux, se faisant l'amour à la recherche d'une chose que seuls les humains, mortels, possèdent, cette perception d'une beauté qui n'a
qu'un temps et qu'on vit parfois en ayant l'impression qu'elle durera toujours, belle illusion.

Je reviens à l'article sur la connerie de Pignouf, où tu écrivais qu'on est toujours le con de quelqu'un. Même chose pour la beauté. On est toujours le beau ou la belle de quelqu'un. Si tu te
poses maintenant la question : pourquoi me trouve-t-il belle, cela me semble plus intéressant et plus fertile que de se regarder dans un miroir en lui demandant : "est-ce que je suis la plus
belle ? Au moins, est-ce que je suis belle ?" Car si je te trouve belle, c'est parce que des choses, dans ma vie, me permettent de percevoir ta beauté comme aucun autre individu (même si
beaucoup d'autres t'ont trouvé, te trouvent et te trouveront belle !), et parce que je sais que ce temps de vie est limité, d'où le besoin de vivre à fond ta beauté.

Pour finir, le titre de mon article montre que tout ça n'est pas forcément sérieux : je ne détiens pas plus la vérité, de même qu'un concours de Miss ne détient pas la Vérité. Je suis toujours
resté très froid devant ces concours de beauté. Vouloir remporter ces concours de beauté en calquant sa vie sur des critères décidés par les gens de pouvoir est une marque de soumission -
car c'est bien de cela dont-il s'agit : les dieux, les hommes au pouvoir, qui nous imposent jusqu'à leur conception de la beauté, comme si l'on ne pouvait pas être beau par soi-même ! Chez
les Grecs, la première femme n'est belle que pour soumettre les hommes aux dieux, par sa force de séduction. La beauté, force de séduction, peut donc être aussi bien force de soumission, pour
celui qui est séduit comme pour celle qui veut séduire. Certains diront que cette soumission, c'est de l'amour. La beauté est ainsi une arme redoutable qui peut entraîner l'amour et la vie aussi
bien que la mort (je pense ici aux femmes fatales de mes films noirs) Je pense aussi à ces hommes qui veulent enlaidir eux-mêmes leurs femmes, après avoir goûté à leur beauté, parce qu'ils
craignent de perdre cette beauté ! On pourrait en discuter longuement, comme quoi les mythes nous apprennent bien des choses sur la condition humaine, à condition de ne pas oublier que
les Grecs, auteurs de ces mythes, n'avaient pas tout à fait la même culture ni la même vie que moi. Par exemple, on pourrait trouver tout ça bien machiste et sexiste, de ne considérer la
Femme qu'au travers de sa Beauté. Car la Femme n'a pas besoin d'une quelconque Beauté pour être digne d'Amour !

Je rêve d'être beau par moi-même et de rencontrer quelqu'un qui me trouverait beau par elle-même. S'il n'y a pas de critères extérieurs, et si c'est
réciproque, ou la la, je ne te dis pas mon et peut-être notre Bonheur !