Isabel et les vents doux (6)

Publié le par Dam

Pignouf termine ici le récit d'Isabel et les vents doux [1] - [2] - [3] - [4] - [5]

20ème CONCESSION (celle à perpétuité) :

        Au troisième étage, il y a des choses qui se répètent et leurs ombres me recouvrent plusieurs fois. L'atelier, Isabel, n'a jamais existé et l'amour, entre ta mère et moi, n'existait pas plus. Ce ne fut qu'une histoire de façade bourgeoise, une histoire d'argent sur laquelle soufflait la brise marine, une histoire de chemise Lacoste, pliée. Quand ta mère est venue m'annoncer ta naissance, Isabel, je ne savais pas encore quelle mort me donner. Il n'y avait que les choses peintes pour dessiner une belle mort, et l'ombre des choses peintes me sert d'atelier comme elle me sert de tombe.

21ème DEGRÉ OUEST (vers les îles sous le vent) :

        La scène du divorce m'est revenue au deuxième étage. J'aurais préféré revoir la scène du départ, Martin sur le pont du Véronèse, le signe d'adieu et la tête de ma femme posée sur mon épaule.

22ème NUE :

        Au deuxième étage, la tête de ma femme ressemble à une effigie de médaille. Je choisis le profil à caresser. Seulement, le temps de retourner la pièce, je me retrouve déjà un étage plus bas. Martin est revenu ; c'était sa promesse, avec une lunette et des nuages plein la tête.

        Ma femme est heureuse : je suis enfin au premier étage et nous allons pouvoir faire un enfant ; elle se retourne, nue, elle aime ne rien voir.

23ème SOUFFLE (fort) :

        Il n'y a plus de temps au premier étage ; pourtant, ça dure neuf mois. Je ne sais pas te décrire, Isabel, ce qui se passe à ce moment-là.
        Peut-être que je me suis, déjà, évanoui.

24ème HEURE & DERNIÈRE NUIT :

                                                                           Chère Isabel,
                                                             ce que je ferais de ma mort,
                                                                         à ta naissance,
                                                                               c'est ça
                                                                à moins que ce ne soient

                                                                     ... les vents doux...

                                                                      à travers tes bras
                                                                  qui voudront me saisir
                                                                      pour te maintenir
                                                                              debout.






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Pignouf décida, un jour qu'il raconta ceci à Isabel, de mettre le manuscrit au feu, et d'en éparpiller les cendres. Aux quatre vents. Il finit ainsi cette histoire qu'il ne mettra plus jamais en vente.

Publié dans Marchand d'histoires

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rose+bleu 12/05/2009 20:45

le texte est tres bon  dam ne le met pas dans les flamme  au contrere donne si sa vie   biz

Monologueuse 07/05/2009 18:21

Je suis tout a fait d'accord, ce texte est bien joli.

Catgirl 01/05/2009 09:53

un très beau premier mai ... M ...:0010:

Catgirl 23/04/2009 19:24

c'est un très beau texte dans son ensembleparfois violentmais jamais larmoyanttriste certesmais jamais larmoyant.bravo !bisous