
L'Auzette à mes lèvres
Contrairement à ce que pourrait laisser transparaître mon blog, ces derniers temps,
je n'ai aucun amour particulier pour les animaux. Aucune bête de compagnie à déclarer. Tout juste une certaine curiosité pour quelques créatures et une phobie pour quelques autres. Pas
de quoi fouetter un chat, juste assez pour respecter le vivant qui partage notre planète, notre environnement naturel.
Ainsi ne suffit-il pas de dire : "Voilà, je m'intéresse à l'histoire des animaux". La vérité, c'est que je m'intéresse à
l'histoire des animaux dans la mesure où cette histoire nous en apprend beaucoup sur la nôtre, d'êtres humains. Je n'envisage pas l'animal pour l'animal, je ne vous retracerai pas l'évolution du
chien ou du chat de la préhistoire à nos jours ; je préfère en effet explorer les rapports de ces animaux avec l'homme, avec notre société, notre économie, notre culture, notre vie religieuse,
symbolique, scientifique, etc.
D'ailleurs, puisque l'on fait débuter notre Histoire aux premières écritures du IVe millénaire avant notre ère, existerait-il une Histoire des animaux
sans l'écriture de l'homme ? Et puisque cette Histoire des animaux est ainsi écrite par l'homme, à partir de notre point de vue humain, est-il sérieux de s'engager dans une histoire purement
scientifique d'un animal qui serait ou bien pour nous sauvage ou bien par nous domestiqué ? Voilà pourquoi je m'intéresse avant tout à une histoire culturelle de l'animal et non à une
histoire qui serait strictement zoologique.
On parlait bien d'animaux, lors de mes études d'Histoire. Plus souvent, il s'agissait des animaux de la ferme. Une camarade pratiquant l'équitation
tenta bien des recherches sur le cheval. Ce qui m'intéressait le plus, déjà, c'était la manière dont les hommes intègrent la bête dans son monde, dans son mode de vie, dans ses modes de pensée.
Et puis je me demandais, comme aujourd'hui encore, si les humains, au lieu de seulement opposer l'homme à l'animal, n'établissait pas plutôt un "nuancier" du vivant évoluant avec le
temps, avec des hommes qui se trouveraient plus près des dieux que d'autres, avec des hommes qui se trouveraient plus près des bêtes : ces discriminations, parfois basées sur un discours
scientifique, n'ont-elle pas légitimé, à leur époque, l'exploitation d'esclaves par leurs maîtres ? Inversement, l'anthropomorphisme peut rapprocher des animaux de l'homme et faire qu'on les
considère comme nos égaux voire même comme sacrés...
J'avais toute ces idées en tête ; cependant, n'ayant pas d'animal de compagnie qui aurait pu m'y intéresser de près, il fallut qu'un auteur me
transmette sa passion. Il s'agit de Michel Pastoureau. J'ai découvert cet historien médiéviste par les couleurs. Et notamment le BLEU. C'est d'ailleurs son ouvrage sur le NOIR qui eut toute mon
attention en ce début d'année 2009.
> Lire mon article du 3 janvier 2009 : au commencement était le noir.
On trouvera dans cet article une photo de l'auteur, avec une petite notice bibliographique. Michel Pastoureau a déjà écrit sur le cochon, le cheval dans l'héraldique et L'Ours, histoire d'un roi déchu, Seuil, 2007.
> Lire le compte-rendu de ce livre sur le site des Clionautes.
Ma passion pour les chats, ne cessant d'augmenter cette année (lire mon article sur "Une histoire du chat de
l'Antiquité à nos jours"), ainsi que le numéro spécial de L'Histoire, consacré à "Des animaux et des hommes" (n° 338, janvier
2009), me persuadèrent finalement de ne pas négliger, dans mes études d'Histoire, cette partie de vie animale qui nous lie à la Terre. Et Cat-la-bien-nommée me résolut de prendre le petit livre sur la couverture duquel le lapin d'Alice nous entraîne vers son
pays aux merveilles.

> Cliquer sur la couverture pour obtenir les références sur le site de l'éditeur.
> Cliquer ici pour lire le compte-rendu qu'en font les Clionautes.
Michel Pastoureau croque, en 36 tableaux, une quarantaine d'animaux parmi lesquels le cochon et l'ours ont une place privilégiée. "Vedettes" de l'auteur
et vedettes de l'histoire, ces deux-là sont les "cousins" de l'homme. Les chapitres s'enchaînent dans l'ordre chronologique et se lisent facilement : Michel Pastoureau s'offre ici une
"récréation" et son propos s'adresse aussi bien au grand public qu'aux étudiants.
Introduction (p. 9-15) :
Longtemps délaissés par les historiens, les animaux gagnent à être connus depuis que Robert Delors, l'un des pionniers en la matière, écrit en 1984 : Les animaux ont une
histoire. Grâce à la collaboration de plus en plus fréquente avec des chercheurs venus d'autres horizons (zoologues, anthropologues, ethnologues, linguistes), l'animal est enfin
devenu un objet d'histoire à part entière, présent partout, à toutes les époques, dans tous les documents, et posant à l'historien des questions essentielles, nombreuses et complexes.
Michel Pastoureau se cantonne à ce qu'il connaît le mieux de par sa culture européenne et chrétienne : il interroge les animaux de la Bible, de la mythologie gréco-romaine, du christianisme,
de l'histoire médiévale et moderne de notre continent. S'il laisse volontairement de côté les animaux des cultures africaines, asiatiques et amérindiennes, il ouvre son arche de Noé aux créatures
littéraires et imaginaires : "L'imaginaire semble avoir dans ma sélection plus de place que la réalité. Mais l'historien ne doit jamais opposer trop
fortement l'imaginaire et la réalité. Pour lui, comme du reste pour l'ethnologue, l'anthropologue ou le sociologue, l'imaginaire fait toujours partie de la réalité."
Dans ce bestiaire, les quadrupèdes sont plus et mieux représentés que les oiseaux, les poissons, les serpents et les insectes. Du côté de la Bible, on trouve le serpent du péché originel, les
animaux de l'arche, l'ânesse de Balaam et la baleine de Jonas. Pour la mythologie grecque, on retrouve avec plaisir Le Minotaure et le Cheval de Troie. Les Romains ont bien leur louve, les oies
du Capitole et affrontent les éléphants d'Hannibal. Pour les chrétiens, le boeuf et l'âne de la crèche sont incontournables... Viennent ensuite les animaux qui marquèrent le Moyen Âge et les
Temps Modernes. Ainsi jusqu'aux héros de notre enfance : de l'ours en peluche (Teddy Bear) aux sangliers d'Obélix, en passant par Mickey... La dernière notice, sur Dolly la brebis clonée, nous
ramène à des considérations plus citoyennes.
Parmi les absences que Michel Pastoureau regrette le plus, manquent à l'appel la chouette d'Athéna, Bucéphale, la chienne de Montaigne, le perroquet de Flaubert, Baloo, Babar, Jolly Jumper, Félix
le Chat, la Panthère rose... Mais un trop grand nombre de chapitres auraient transformé cette invitation récréative en une encyclopédie. D'ailleurs, l'auteur accompagne chaque notice d'une
bibliographie sommaire, et achève son ouvrage par une bibliographie assez fournie pour que le lecteur, de nouveau entraîné par le lapin d'Alice, prolonge son séjour au pays des merveilles !
AU MENU :
Je développe en d'autres articles de mon blog les chapitres que j'ai
préféré.
Vous trouverez ainsi, en cliquant sur les liens suivants :
→ La louve romaine (article du 6/06/09).
→ Laïka, la première chienne cosmonaute (article du 4/06/2009).
♥ Le livre est publié dans une collection qui me plaît bien : "Arléa-Poche".
Je possède déjà, dans ma bibliothèque :
→ Tzvetan TODOROV, Les Abus de la Mémoire, 1995.
- Pierre VIDAL-NAQUET, Le Choix de l'Histoire, 2004.
Notre plaisir tient à ce baiser mêlant aux mots des autres nos propres mots pour composer des chairs, des chairs qui, entre
nous, pourraient nous rendre légèrement sensibles. Alors bienvenue sur ces rives où Dam & son coblogataire Pignouf vous accompagnent.
De leur écriture.
Et n'oubliez pas de balancer votre petit caillou pour en compter les ricochets. On ne sait jamais, peut-être bien que l'Auzette...


Isabel et les vents doux 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6
Vos ricochets