Passé Présent

Mercredi 10 juin 2009

        Entre les deux derniers livres d'Histoire que je me suis procurés (Jeanne d'Arc de Colette Beaune et Les Animaux célèbres de Michel Pastoureau), il y a un lien fondamental. Dès l'introduction de leurs ouvrages, les auteurs préviennent :

→ Colette Beaune, p. 9 : "Ce qui n'est ni forcément vrai ni réel a en histoire une énorme importance."

→ Michel Pastoureau, p. 12 : "L'imaginaire semble avoir dans ma sélection plus de place que la réalité. Mais l'historien ne doit jamais opposer trop fortement l'imaginaire et la réalité. Pour lui, comme du reste pour l'anthropologue ou le sociologue, l'imaginaire fait toujours partie de la réalité."

        Je n'illustrerai ces mots que par deux exemples, l'un relatif à Jeanne d'Arc et l'autre à la louve romaine.

→ Si tu me demandes : "Est-ce que Jeanne d'Arc a bien entendu des voix ? Est-ce que ces voix ont réellement existé ?" Je répondrais : "Cela n'a aucune importance, car ce qui compte, c'est que Jeanne et ses contemporains y ont cru : les voix sont un fait historique incontestable, qu'elles aient existé ou non, elles ont fonctionné comme du vrai."

→ Si tu me demandes : "Quelle était cette louve romaine qui allaita les jumeaux Romulus et Rémus, fondateurs légendaires de Rome ? A-t-elle existé vraiment ?" Je répondrais : "Peu importe qu'elle aient ou non existé : image sacrée placée aussi bien dans les temples et les tombeaux que sur les monuments et les monnaies, elle a constitué pendant un millénaire une figure protectrice rappelant le souvenir de la fondation de Rome."

Des expressions me viennent alors à l'esprit, de "trop beau pour être vrai" à "la réalité dépasse la fiction". L'historien qui ferait le tri entre les faits réels et les images de légendes, comme pour séparer du bon grain l'ivraie, ferait une redoutable erreur de méthode. Il est en effet nécessaire, pour récolter le vrai, de moissonner aussi le faux.

♥ Liens à mes articles sur Jeanne d'Arc (sans portrait 1sans portrait 2).

♥ Liens :
 - à mon article sur la louve romaine ;
 - à mon compte-rendu du livre de Michel Pastoureau, Les Animaux célèbres.

Par Dam
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Mardi 9 juin 2009

        En début d'année se tenait, au musée Rodin, l'exposition "La Passion à l'Oeuvre, Rodin et Freud collectionneurs". Le sculpteur et le psychanalyste étaient associés pour leur passion, partagée, de l'Antiquité. Auguste Rodin proclamait : "L'Antique est la vie même" ; Sigmund Freud avouait avoir lu "plus d'ouvrages sur l'archéologie que sur la psychologie." D'où les six mille pièces antiques collectionnées par Rodin, les trois mille statuettes (égyptiennes, grecques) de Freud.

        Auguste Rodin, en artiste, amasse selon son tempérament, suivant son instinct du beau ; Sigmund Freud, lui en homme de sciences, exigeant des preuves. Ce dernier compare les collectionneurs (dont il fait ainsi partie) à des répliques de Don Juan. Comme l'archéologue, il met à nu plusieurs couches de la psyché de son patient, avant de parvenir à ce qui est le plus précieux, mais le plus profondément enfoui... Rodin, lui, en reçoit une incitation créatrice : "Ces dieux mutilés m'instruisent, ils sont animés et je les anime encore plus." Il réalise des moulages qu'il greffe sur des supports évasés, selon un principe d'association libre qui rappelle l'interprétation des rêves par l'inventeur de la cure analytique.

        Parmi les pièces exposées au Musée Rodin, celle qui me touche beaucoup est "La naissance de Vénus dans un vase tubulaire" (que vous pouvez contempler en cliquant sur le lien mis en bas d'article). Il s'agit d'un assemblage réalisé entre 1895 et 1910 de plâtre et de céramique antique. Le réemploi du vase antique serait, aux yeux des conservateurs, un véritable sacrilège. Mais cette association, évoquant d'autres montages surréalistes dont l'art est fertile, ravive un objet du passé, un récipient du quotidien et un mythe tout aussi fertile que celui de Vénus, déesse de la beauté. Que de la coupe naisse cette féminine ivresse, me voilà inspirée et prêt à me plonger dans quelques rêves freudiens !

La Naissance de Vénus dans un vase tubulaire, de Rodin, entre 1895-1910, exposé au musée Rodin, Paris.

Par Dam
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Mercredi 3 juin 2009
        Il est tout de même étrange qu'en tombant ainsi sur la statue de Jeanne d'Arc, à l'hôtel Groslot d'Orléans, j'imaginai qu'elle tenait un bébé et qu'elle se penchait sur lui pour lui redonner le sourire.

Photographie prise le 26 avril 2009, à l'hôtel Groslot, Orléans.
Pour agrandir le cadre, cliquer ici : Jeanne sans portrait.

        Cette vision de la Pucelle berçant un nouveau-né est sans doute influencée par mon histoire personnelle : ma soeur accoucha quatre jours plus tard (voir son blog). Ou bien avais-je en tête le rôle primordial que l'on fait tenir à toute femme dans bien des sociétés : la procréation. Et que cette idée me vienne à propos de la chaste Jeanne n'était pas si absurde, puisque certains nous disent qu'on lui doit la naissance de la nation France. Ainsi tenait-elle notre destinée dans ses bras. Mais je vous l'avoue, en vérité, l'opposition entre Jeanne la Pucelle et Jeanne la Mère offrait à mon esprit une image fort érotique, elle me charma le temps d'une photo ; elle m'invita surtout à m'intéresser à cette femme dont nous avons perdu la chair pour la rendre mythique et spectrale...

        Mais avant de te présenter Jeanne d’Arc, il me faudrait t’expliquer l’idée que l’on se faisait, au Moyen Âge, de toute personne.

 

> Au XXIe siècle, la personne est d’abord un individu pourvu de caractéristiques physiques et morales propres. Or, du vivant de Jeanne d’Arc, nul chroniqueur n’a éprouvé le besoin de nous en dresser un portrait, même fort peu détaillé. Comme s’il était inutile ou insuffisant, pour la reconnaître, de la distinguer ainsi, par la description de son physique ou de son caractère.

 

> Aujourd’hui, en plus de photographies plus ou moins volées, le journaliste nous ferait toucher ou retoucher du doigt la « réalité » d’une étoile filante par un portrait aiguisé entre quelques commentaires sur sa personnalité. Mais la personne médiévale qu’est Jeanne, elle, ne s’atteint qu’à travers des allusions et les mots qu’elle prononça lors de son procès.

 

Alors disons tout de suite qu’elle n’est pas très grande : 1,60 m d’après le métrage utilisé pour le vêtement aux couleurs d’Orléans. Le cheveu authentifiant la lettre aux Rémois est noir, Jeanne est brune. Le port de l’armure suppose de la force physique, Jeanne est solide. Est-elle jolie ?

 

        Émouvante est la première image connue de Jeanne ; Clément de Fauquembergue, le greffier du parlement de Paris, relate la libération d’Orléans par « les ennemis qui avaient en leur compagnie une Pucelle seule ayant bannière » ; il dessine, dans la marge, une silhouette féminine, les cheveux longs, l’épée au côté ; son étendard flotte au-dessus de sa tête, déployé comme en bataille. C’est la seule effigie de Jeanne d’Arc dessinée de son vivant. Clément de Fauquembergue a commis quelques inexactitudes – il la représente comme il se l’imagine d’après l’idée que chacun s’en faisait. Pour marquer la féminité de Jeanne, il lui fait porter cheveux longs et habit de femme, pour illustrer sa relation de la libération d’Orléans, il insiste sur l’épée et l’étendard.


        Pourquoi les traits individuels de Jeanne d’Arc intéressent-ils si peu ? La définition de la personna médiévale repose sur un nom, un vêtement, un rôle à jouer dans la société – nom, vêtement et rôle doivent s’accorder. D’où la première question posée par les juges : « Quel est ton nom ? »  Réponse de Jeanne, à cette même question, le 24 mars 1431 : « Je m’appelle la Pucelle ». Le greffier note, en latin, puella et non virgo : la catégorie des « jeunes filles » de 13 à 18 ans, dans laquelle s’inscrit Jeanne, est à la fois une réalité (vierge) et une place dans la société (liée à l’âge). Toutes les pucelles ont le devoir de coïncider avec le modèle.

Jeanne d’Arc a bien l’âge et la virginité voulus, mais le vêtement qu’elle porte opère une double distorsion :

-          C’est un habit d’homme et non de femme.

-          C’est l’habit d’un jeune noble, coloré et brillant, et non celui de la paysanne.

Jeanne d’Arc bouscule ainsi les limites sexuelles et sociales, s’attribuant un rôle à part, androgyne et socialement impossible à situer…

 

        Reprenons.
> La réussite d’un individu, au Moyen Âge, n’est pas d’être lui-même ni d’être unique, mais de se rapprocher de son modèle, voire de coïncider avec lui. Il n’est donc pas question, à cette époque, d’afficher son individualité ni sa particularité : chacun appartient à un groupe (une famille, un village, une confrérie). Chacun fait partie d’un état du monde qui a ses normes auxquelles il faut se conformer. Jeanne n’a pas à être Jeanne : elle est Pucelle ou paysanne et tous la voient à travers ces modèles. L’individu n’a guère d’existence en dehors de ses liens aux autres et de son rapport à Dieu. Enfin et surtout, Jeanne est une fille d’Eve dont les clercs attendent le pire (Eve a perdu l’humanité) comme le meilleur (Marie l’a sauvée).

 

> En remettant en question des rôles que la société médiévale attribue aux femmes, Jeanne s’applique à la fois des modèles purement féminins (la Pucelle) et des modèles strictement masculins (le chevalier) ; ce brouillage des limites est la raison fondamentale de la perplexité qu’elle suscita alors. Jeanne fut, plus que Jeanne d’Arc, une nouvelle Déborah, une sainte Catherine, avant de mourir comme un nouveau Christ. Son succès, comme son échec final, n’est pas le succès ni l’échec d’un individu, d’une femme ; si succès ou échec il y a, il repose avant tout sur les images, les présupposés et les modèles que tous, y compris elle-même, du Moyen-Âge à aujourd’hui, nous avons en tête…

 

        Jeanne, sans portrait, n’est donc pas sans image, et ces images, plutôt que de représenter Jeanne telle qu’elle était vraiment, nous la représentent telle qu’elle passa dans l’Histoire, avec notre façon à nous, de la voir. Et ma façon, à moi, de te la présenter…

Cet article est en grande partie redevable des ouvrages de Colette Beaune :
- La biographie de Jeanne d'Arc, aux édition Perrin, coll. Tempus (poche), 2009.
- La mise au point : Jeanne d'Arc, Vérités et Légendes, Perrin, 2008.

Par Dam
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Mardi 19 mai 2009

Il n'existe aucune relique directe de Jeanne d'Arc et cela n'a d'ailleurs pas grande importance pour l'historien.

  

Photographie prise à Orléans, Hôtel Groslot, le 26 avril 2009.

"O Jeanne sans sépulcre et sans portrait, toi qui savais que la tombe des héros est le coeur des vivants, peu importent tes vingt mille statues, sans compter celles des églises : à tout ce pourquoi la France fut aimée, tu as donné ton visage inconnu."
(André Malraux, discours à Rouen, 1964)

Citation tirée du récent ouvrage de Colette Beaune, Jeanne d'Arc, vérités et légendes, Perrin, 2008, p. 214.

Voir d'autres photos de la même statue, sur le site de Cat :

Sous le signe de Jehanne d'Arc (1 - 2 - 3)

Par Dam
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Dimanche 12 avril 2009

La scène se passe en Pologne. C'est-à-dire, nulle part. Ce n'est pas moi qui l'écris mais Alfred Jarry qui l'assure. Unité de lieu pour quelle unité de temps ? Prenons les années se terminant en neuf, comme 2009...

1939 : début de la Seconde Guerre mondiale.
1989 : accords de la "table ronde" et premières élections pluralistes du bloc soviétique qui aboutissent, en août, au premier gouvernement non communiste.
1999 : entrée dans l'OTAN.
Pour un rappel des faits : lien au site de Solidarnosc pour le Futur.

La commémoration du passé connaît un sommet
dans l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste.
On pourrait ajouter à cette liste la Russie stalinienne.


Autant dire que les Polonais ont, cette année, l'occasion de fêter plusieurs anniversaires. Leur gouvernement prépare une série de manifestations regroupées sous un nom unique, Freedom 89. L'objectif ? Rappeler aux Européens que ce n'est pas la chute du mur de Berlin mais bien l'installation de la "table ronde" qui marque la fin du communisme.

Freedom 89 est coordonnée par un mandataire gouvernemental, Janusz Przewoznik, secrétaire du Conseil de la protection de la mémoire de la lutte et du martyrologe (tout un programme !) Il s'agit de présenter aux spectateurs des pays d'Europe, par des courts-métrages, la version polonaise de l'Histoire, selon laquelle le communisme a craqué en Pologne cinq mois avant la chute du mur de Berlin. En Allemagne, des panneaux devraient être installés pour expliquer que tout ce qui était vraiment important s'est joué en Pologne et non à Berlin. Dans toute l'Europe, les ambassades polonaises organiseront festivals, expositions, concerts et rencontres avec les représentants de la culture et de l'opposition démocratique de l'époque.

De son côté, L'IPN (Institut de la mémoire nationale qui accuse Lech Walesa d'avoir été un mouchard de la police politique communiste) organise sa propre action, intitulé Pologne 89. Ce projet vise à commémorer la chute du communisme, avec une conférence internationale réunissant historiens, politologues et acteurs de l'année 1989 (politiciens occidentaux et soviétiques, anciens dissidents).

Pour l'année 1939, on retrouve cette même concurrence entre le gouvernement et l'IPN. Tandis que le plan gouvernemental est de défiler à Varsovie (avec en prime un spectacle multimedia à Gdansk), l'IPN préfère rappeler que la guerre a commencé en Pologne par l'agression allemande. L'Institut ouvrira pour cela un site Internet multimédia et éditera un livre d'histoire sur le sujet. Des panneaux seront accrochés jusqu'en Allemagne.

J'en sais qui croient que la haine s'apaise :
Mais non ! l'oubli n'entre pas dans nos coeurs.


Bilan de ces anniversaires ? Les Polonais veulent-ils signifier que c'est en Pologne et non en Allemagne que s'est nouée et dénouée l'Histoire de l'Europe ? Et alors ? Les Allemands ne sont pas à l'origine de la chute du communisme ? Et alors ? L'Allemagne a provoqué la guerre ? Et alors ? Où veulent en venir les Polonais ? Allez dire, après cela, que la Pologne n'en veut pas à l'Allemagne ! Qu'il n'y  a aucune rancoeur ! Que les Allemands n'y sont pour rien mais qu'on regrette seulement toute cette Histoire...

Envisageons 2010, à ce rythme d'anniversaires-là : en 2010, on fêtera les 180 ans de l'insurrection antirusse de Novembre (1830), le 90e anniversaire de l'invasion de l'Armée rouge miraculeusement arrêtée près de Varsovie, sur la Vistule, les 30 ans de Solidarnosc. Et débrouillez-vous pour la campagne d'informations visant à rassurer la Russie : ce n'est pas contre vous, c'est contre l'Histoire !

Igor Ryciak, jeune journaliste polonais, travaillant pour l'hebdomadaire Przekroj, s'inquiète de ces anniversaires en pagaille, dans l'édito du Courrier International, n° 952 (fin janvier 2009). On peut s'interroger, avec lui, sur l'usage institutionnel de cette mémoire, sur la manipulation politique de ces commémorations, sur leurs retombées dans les consciences nationales et européennes.

Si je reprends ici son article, c'est parce qu'il me rappelle un passage, lu dans l'essai de Tzvetan Todorov, sur Les Abus de la Mémoire. J'ai déjà évoqué cet ouvrage sur mon blog :

> Une lettre pour sept : M E M O I R E.
> Les abus de la mémoire selon Tzvetan Todorov.

Tzvetan Todorov, reprenant Jacques Le Goff, s'interroge sur les bons et mauvais usages de la mémoire. En effet, dans le monde moderne, le culte de la mémoire ne sert pas toujours les bonnes causes. "La commémoration du passé connaît un sommet dans l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste." Ce passé est soigneusement trié afin de flatter l'orgueil national et de suppléer à la foi idéologique déclinante.

En France même, Paul Déroulède (fondateur de la Ligue des patriotes et militariste convaincu) s'écriait en 1881 : "J'en sais qui croient que la haine s'apaise : mais non ! l'oubli n'entre pas dans nos coeurs." Alors que le rôle du politique est d'enlever à la haine son caractère éternel, en subordonnant le passé au présent, la mémoire telle qu'elle est exacerbée par Déroulède pave le chemin pour la boucherie de Verdun. Les exemples cités par Igor Ryciak pour la Pologne montrent que tous les rappels du passé ne sont pas également admirables. Je cite Tzvetan Todorov et fais mienne sa pensée : "Celui qui nourrit l'esprit de vengeance ou de revanche suscite, en tous les cas, quelques réserves. On peut légitimement préférer le geste [à l'époque] du président polonais Lech Walesa qui a invité, pour commémorer le 50e anniversaire de l'insurrection de Varsovie, les représentants des gouvernements allemand et russe [expliquant] :

"Le temps de la division et de la confrontation est arrivé à sa fin."

(p. 28-29 au paragraphe : "mémoire et justice")

Il semble que pour les Polonais, ce débat ne soit pas vraiment tranché. L'est-il au moins pour les Français ? Que doit signifier le 8 mai, qui nous offrira, dans moins d'un mois, son heureux jour férié ?

Par Dam
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Mercredi 8 avril 2009

"Barbares, métèques, frontières : l'Autre", tel était le thème du 5e Festival européen de latin et de grec (FELG) qui s'est tenu du 26 au 29 mars 2009, à Nantes.

Voir le site www.festival-latin-grec.eu

Dans un monde où le succès se mesure à la rentabilité, vouloir faire vivre des langues considérées comme mortes est fort appréciable. Mortes, elles ne le sont certainement pas. Anciennes, elles sont d'autant plus respectables. Car la langue qui me sert à vous écrire, lecteurs, puise sa sève dans des racines gréco-latines profondément ancrées dans notre culture. Pour vous en convaincre, il suffit d'aller visiter cette page où l'on traduit en latin des chansons contemporaines. Pignouf n'a pu résister : il s'est pris pour un légionnaire en train de fredonner "Jolie môme" ou pour un gladiateur clamant "Emporté par la foule"...

Mais revenons au thème du FELG 2009. Les Grecs et les Romains, dont les chemins se sont très tôt croisés, ont aussi rencontré d'autres peuples sur lesquels ils nous ont laissés leurs témoignages. Quelles images avaient-ils des Perses, des Scythes, des Carthaginois, des Numides, des Gaulois ou des Germains ? Ils leur a fallu réfléchir au droit de cité, à la citoyenneté et à la frontière qui sépare les étrangers des autochtones. Ces réflexions se poursuivent encore en Europe et dans le monde : tandis que certaines frontières disparaissent, d'autres entraînent l'érection de murs ou le creusement de fossés.

Le droit du sol, les politiques d'intégration, les propos racistes ou les mariages mixtes, tout cela ne date pas d'aujourd'hui ! On voudrait enterrer pour de bon l'Antiquité mais voilà que c'est au contraire l'Antiquité qui nous enracine. On croit chaque jour inventer la pluie quand il suffit de retrouver tant de pluies dans les textes anciens. Alors ce FELG 2009 est une invitation à rencontrer l'étranger, en sautant par-dessus les frontières à la fois spatiales et temporelles. Un recueil coordonné par un helléniste et un latiniste (Christophe Cusset et Gérard Salamon) nous fait tourner les pages d'un monde antique et cosmopolite.

Cliquer sur la couverture pour obtenir les références précises sur le site de l'éditeur.

Dans la même collection :
Panthéon en poche (Dieux et déesses de l'Antiquité)
- A la table des Anciens (Guide de cuisine antique)
- Séduire comme un dieu (Leçons de flirt antique)
- A l'école des Anciens (Professeurs, élèves et étudiants)

A paraître : Les Monstres ; Les Voyages en mer ; L'Homosexualité ; Les Oracles.

Pignouf ! C'est quoi cette chanson ?
- Hum... Euh, Sancti-Joannis Amans...
- Tu chantes Mon Amant de Saint-Jean !
- Oh, ça va, c'est juste pour entendre comment ça sonne en latin...
- Eh bien, en attendant, il pleut à Rome.
- Non, pas à Rome, sur Nantes ! Il pleut sur Nantes...

Par Dam
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Lundi 6 avril 2009

Pignouf revient du plus profond de mon blog pour me rassurer : le Parthénon est encore là, fièrement dressé sur son Acropole, attirant toujours autant de visiteurs, à Athènes et sur mon site.

 

"Encore un mystère lié au monument grec ! soupire mon Gnouf : tu fais un simple compte-rendu d'un documentaire passé sur arte, et voilà que ton article devient le plus visité alors qu'il n'est même pas ton préféré ! Même pas sûr qu'il réponde à toutes les interrogations des curieux ! 

J'imagine un élève pressé par son professeur de faire un exposé sur le Parthénon. Il recherche des informations sur les effets d'optique du temple, l'ordre dorique de ses colonnes, etc. Il clique, plein d'espoirs, à l'idée que mon article puisse lui apporter toutes les réponses... Et sur quoi il tombe ?

Il tombe là-dessus ! Cliquer pour voir l'article en question.

"Ah la la ! Il te faut toutes ces phrases pour décrire quelques vieilles pierres ! râle encore Pignuit : tu devrais mettre un avertissement en tête d'article...
- Par exemple ?
- Ceci : Attention, l'auteur de ce blog décline toute responsabilité en cas d'ennui mortel provoqué par la lecture d'un compte-rendu aussi long... Si malgré tout vous vous êtes risqués à lire, il y a de fortes chances que vous n'ayez pas trouvé de réponse à vos questions. Dans ce cas, n'hésitez pas à vous plaindre en laissant quelque commentaire vengeur !"


D'accord, Pignouf, je vais y penser. En attendant, je vais conseiller aux élèves et aux étudiants intéressés par le Parthénon, ou forcés de s'y intéresser par un professeur helléniste, un livre.

Cliquer sur la couverture du livre pour obtenir les références sur le site de l'éditeur.
Ce petit livre de 240 pages, publié en 2008, montre que le sujet n'est pas épuisé. Bien des détails de la fameuse frise des Panathénées (dont il fournit un très beau dessin au trait sur une planche en portefeuille) posent encore des questions, auxquelles l'auteur suggère des réponses qui ne sont pas sans intérêt. Rappelons la principale difficulté : l'état de délabrement du monument et la dispersion de nombreux fragments sculptés.

Eh, Pignouf ! Repose le pied que tu as pris ici et la main que tu as prise là !!!

Le livre de François Queyrel présente l'histoire du Parthénon, de sa construction au Ve siècle avant J.-C. à ses malheurs ultérieurs, qui commencent dès la fin de ce même siècle, par un incendie qui ravage la partie arrière. Le temple d'Athéna devint église puis mosquée, et même réserve de munitions (d'où son explosion en 1687). Ensuite, le Parthénon subit les avanies de ses admirateurs, empressés à s'en approprier des morceaux.

Eh, Pignouf ! Je t'ai dit de reposer le pied que tu as pris ici et la main que tu as prise là !!!
- Oh, Dam, tu ne trouves pas que tout ça ferait de chouettes presse-papiers ?

Les efforts récents pour rendre au temple une part de sa splendeur passée et d'en réunir les éléments dispersés firent l'objet du documentaire diffusé sur arte et du compte-rendu qui attire la plupart des visiteurs sur mon blog. Qu'ils soient ici remerciés de leur visite, qu'elle fut ou non fructueuse. Si vous avez lu jusqu'ici, n'hésitez pas à me laisser vos commentaires !

Par Dam
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Des mots entre nos chairs

Notre plaisir tient à ce baiser mêlant aux mots des autres nos propres mots pour composer des chairs, des chairs qui, entre nous, pourraient nous rendre légèrement sensibles. Alors bienvenue sur ces rives où Dam & son coblogataire Pignouf vous accompagnent.

De leur écriture.

Et n'oubliez pas de balancer votre petit caillou pour en compter les ricochets. On ne sait jamais, peut-être bien que l'Auzette...

Quelques notes de passage

Un mot plus haut

Vos ricochets

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