Marchand d'histoires

Jeudi 23 avril 2009

Pignouf termine ici le récit d'Isabel et les vents doux [1] - [2] - [3] - [4] - [5]

20ème CONCESSION (celle à perpétuité) :

        Au troisième étage, il y a des choses qui se répètent et leurs ombres me recouvrent plusieurs fois. L'atelier, Isabel, n'a jamais existé et l'amour, entre ta mère et moi, n'existait pas plus. Ce ne fut qu'une histoire de façade bourgeoise, une histoire d'argent sur laquelle soufflait la brise marine, une histoire de chemise Lacoste, pliée. Quand ta mère est venue m'annoncer ta naissance, Isabel, je ne savais pas encore quelle mort me donner. Il n'y avait que les choses peintes pour dessiner une belle mort, et l'ombre des choses peintes me sert d'atelier comme elle me sert de tombe.

21ème DEGRÉ OUEST (vers les îles sous le vent) :

        La scène du divorce m'est revenue au deuxième étage. J'aurais préféré revoir la scène du départ, Martin sur le pont du Véronèse, le signe d'adieu et la tête de ma femme posée sur mon épaule.

22ème NUE :

        Au deuxième étage, la tête de ma femme ressemble à une effigie de médaille. Je choisis le profil à caresser. Seulement, le temps de retourner la pièce, je me retrouve déjà un étage plus bas. Martin est revenu ; c'était sa promesse, avec une lunette et des nuages plein la tête.

        Ma femme est heureuse : je suis enfin au premier étage et nous allons pouvoir faire un enfant ; elle se retourne, nue, elle aime ne rien voir.

23ème SOUFFLE (fort) :

        Il n'y a plus de temps au premier étage ; pourtant, ça dure neuf mois. Je ne sais pas te décrire, Isabel, ce qui se passe à ce moment-là.
        Peut-être que je me suis, déjà, évanoui.

24ème HEURE & DERNIÈRE NUIT :

                                                                           Chère Isabel,
                                                             ce que je ferais de ma mort,
                                                                         à ta naissance,
                                                                               c'est ça
                                                                à moins que ce ne soient

                                                                     ... les vents doux...

                                                                      à travers tes bras
                                                                  qui voudront me saisir
                                                                      pour te maintenir
                                                                              debout.






___________________________________
Pignouf décida, un jour qu'il raconta ceci à Isabel, de mettre le manuscrit au feu, et d'en éparpiller les cendres. Aux quatre vents. Il finit ainsi cette histoire qu'il ne mettra plus jamais en vente.

Par Dam
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Jeudi 23 avril 2009

Pour lire cette nouvelle depuis le début, cliquer ici : Isabel et les vents doux (1).
Pour lire l'extrait précédent, cliquer ici :
Isabel et les vents doux (4).

15ème IMAGE (en si peu de secondes) :

        C'est minuit. Je me suis jeté pour imaginer ce que pouvait être la mort et peut-être pour me suicider (je pensais encore pouvoir remonter), mais comme tous ceux qui ont un jour sauté le pas, je réalise mon tort. Il n'y a pas toute une vie qui défile, il n'y a qu'une idée qui s'exprime par les pores du cuir chevelu désormais ouvert : je n'aurais jamais dû. Que cette idée soit juste ou fausse, peu importe. C'est l'unique ou l'ultime pensée qui relie le septième étage de mon immeuble et le sol. Je suis ce fil jusqu'au terme de la chute, avec le tort de mourir ainsi, le tort d'avoir vécu cela, le tort de ce pourquoi je me suis lancé, le désir de chasser la vie qui m'a donné une fille, l'illusion de pouvoir dépasser l'horizon.
        Je croyais pouvoir remonter le temps, je croyais pouvoir remonter le fil. Le sol s'approche de plus en plus vite. Peut-être reverrais-je ma vie défiler dans les dernières secondes précédant l'impact. Plus moyen de la rejouer, l'existence est finie. Je n'aurais jamais dû me lancer du septième étage, je n'aurais jamais dû me lancer dans cette double vie. La deuxième voie n'a pas remplacé la première et tout se brouille à présent dans cette voix qui s'écrit "Isabel" ou "les Açores" !

16ème TABLEAU :

        Un dimanche de mai, j'emmenais Isabel visiter mon atelier. Je souhaitais lui présenter ce qui me faisait vivre maintenant que je vivais seul. Au lieu d'examiner les lieux, Isabel s'arrêtait toutes les deux minutes, pour s'asseoir avec un tableau dans les mains. Il y avait un portrait.
        "Qui est-ce ? demanda Isabel.
        - Un portrait de Martin, répondis-je.
        - Qui est-ce ?
        - Martin est un ami, un navigateur solitaire. Il fait des tours en mer ; quand il revient sur terre, je peins ses voyages.
        - Mais là, ce n'est pas un voyage, c'est son portrait.
        - En effet, j'ai voulu peindre le portrait de celui qui me fait voyager.
        - Et tu n'as jamais peint son voilier ?
       - Il n'a jamais assez de mots pour me le décrire. J'ai bien essayé, mais je tombe toujours dans la caricature.
        - Les nuages sont très réalistes...
        - Les nuages sont ma spécialité.
        - Quelles sont ces îles ?
        - Les Açores, mais c'est une représentation symbolique, à partir de plusieurs textes. Je souhaite intégrer ce panneau dans un triptyque. Quand Martin reviendra des Açores, je peindrai une version plus moderne. Puis je me rendrai sur place pour réaliser le troisième volet.
        - C'est un programme de rêve, admit Isabel."


        Ma fille fit le tour de l'atelier. Elle s'arrêta pour observer une copie de l'Annonciation - l'original étant de Ghirlandaio. Dans mes premiers tableaux, je m'intéressais encore aux thèmes religieux. Ma chute me fait comprendre aujourd'hui que les ailes de Gabriel ne sont pas à la portée de tout le monde.

 - Est-ce que j'étais née quand tu as recopié ce tableau ?
  - Tu étais dans le ventre de ta mère.

  - Alors, tu n'avais pas beaucoup d'imagination. Maman en Marie et toi, es-tu l'archange, es-tu Joseph ? Tout ça est d'un pompeux... Même la colombe n'est pas réussie. Derrière, heureusement, les nuages sont raffinés.

< Ghirlandaio, L'Annonciation, 1486-1490.



17ème ENCRE :

        Isabel s'approcha des tableaux peints durant ma période abstraite. Elle prit un carton de 20×30 cm, intitulé Bouteille à la mer.
        " Je ne reconnais pas la bouteille, où est la clef ?
        - La bouteille à la mer est la dernière chose qui reste à un homme sur le point de mourir.

        - Quel rapport avec ce tableau ?
        - Chaque spectateur peut y retrouver, selon ce qu'il imagine, sa bouteille à la mer.
        - Est-ce que je suis ta bouteille à la mer, papa ?
        - Non.
        - Qu'est-ce que je suis pour toi, alors ?
        - Tu es le bout de papier sur lequel j'écris et que je mettrais à l'intérieur de la bouteille à la mer.
        - Et qu'est-ce que tu écris sur ce bout de papier ?
        - Ce que je ferais si j'étais mort !
        - Quelle idée ! s'écrie Isabel. Ce n'est pas un message à mettre dans une bouteille à la mer ! Sur le bout de papier, il faudrait écrire à l'aide, appeler au secours, inscrire au moins les trois lettres que tout le monde apprend dans les écoles de navigation.
        - Mais ce n'est qu'un tableau abstrait, Isabel ! Une mort de rêve, en quelque sorte... Qui voudrait être sauvé d'une mort de rêve ? Lancer une bouteille à la mer, c'est un acte, ce n'est pas un appel. Quand j'ai peint ce tableau, je ne voulais pas représenter un appel à l'aide, je voulais seulement que le spectateur retrouve de lui-même l'acte qui a conduit le peintre à jeter cette bouteille à la mer.
        - C'est bien compliqué !
        - Tu comprendras vite, et le jour où tu t'affranchiras de certaines règles, Isabel, tout ça ira trop vite.

18ème LETTRE :

        Je ne vois plus le sommet des choses, leurs ombres me recouvrent. Je ne vois plus personne. Les témoins m'entourent. Ceux-ci me considèrent mort, ceux-là ne me considéraient pas vivant. Je rêvais de peindre, Martin rêvait de partir.
        Nous avons rassemblé l'argent pour l'atelier et ce fut l'argent pour le navire. Martin est parti aux Açores et au cinquième étage, l'air est une drogue : l'atelier n'a jamais existé, les autoportraits sont restés lettres mortes, ma peinture ne s'est étalée que sur des façades bourgeoises.
        J'ai rassemblé l'argent pour le navire. Martin est parti aux Açores.

19ème FOIS :

        Je ne vois plus ma femme : mon ombre d'Homo sapiens sapiens me recouvre. Je ne vois plus ma fille. Les juges m'entourent et lisent mes torts, avec la même précision qu'emploie cette femme déshabillée, au quatrième étage, pour dissimuler son corps derrière des rideaux lourds. Martin ne risque pas de faire l'amour à cette femme : la fidélité de Martin est aussi tenace que sa volonté de partir en mer.
        " Quand l'as-tu aimée pour la dernière fois ? me demande Isabel.
        - Qui ?
        - Maman ! Quand l'as tu aimée pour la dernière fois ?
        - Je l'aime à chaque instant, ta maman fait partie de moi, maintenant...
        - C'est ce que tous les hommes disent, mais tu l'as trompée. Il n'y a pas de portrait de maman dans ton atelier. Il y a juste une Annonciation, il n'y a plus rien après... Étais-je née la dernière fois que tu as aimée maman ?
        - Non.
        - Alors, qu'est-ce que je suis pour toi ?

Suite et fin dans le prochain article : Isabel et les vents doux (6)...

Par Dam
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Mercredi 22 avril 2009

Ce texte est la suite de mon article précédent : Isabel et les vents doux (3), ce qui est somme toute logique pour un article intitulé : Isabel et les vents doux (4).

Mais écoutons Pignouf, c'est lui qui raconte, d'après une histoire écrite par Monsieur Labat.

10ème SCÈNE :

        Je pique du nez vers le parking de l'immeuble. Une décapotable grise se range entre deux petites cylindrées. Une femme et un adolescent sortent du véhicule, les portières claquent. Ils rentrent d'une séance de cinéma avec une Mercedes plus élégante que celle du film.
        La beauté de la conductrice consiste, pour le cadre supérieur qui l'a épousée, en deux ou trois heures quotidiennes de soins et autres maquillages. Elle a dépassé la quarantaine et son tailleur noir, impeccable, reporte mes regards sur les racines de sa chevelure blonde. Il y a bien quelques cheveux blancs qui la rassurent, tant qu'ils sont rares, et elle a soin de les arranger en petits brins coquets. L'allure de son dernier fils est plus négligée. Quel siège de la Mercedes occupait-il ? Se tenait-il à côté de la mère, adulte co-pilote ? Se prostrait-il derrière, tout derrière ? S'écartait-il sur les ailes, le regard perdu par-dessus la portière ? La mère se tourne vers l'adolescent : "Les spéculoos se trouvent dans la boîte à gants, n'oublie pas de les y remettre, ils risqueraient de ramollir, explique-t-elle avec sa manière à elle de donner du sens en plus de la vie."

        Je réalise que ma tenue vestimentaire pourrait choquer la Blonde épouse du Cadre supérieur. Ma tenue est aussi négligée que celle de son fils, or je ne suis pas son fils et je pourrais être son amant. Je regrette d'autant plus mon habillement (un pantalon de survêtement, un T-shirt taché) que les pompiers entourant mon corps sur le bitume méritent plus de respect. D'ailleurs, j'ai acheté dernièrement une chemise Lacoste que je n'ai jamais portée. C'était l'occasion rêvée, et même si c'est une fausse Lacoste, le crocodile est maintenant vrai, aussi vrai que des vanités peintes par Véronèse.
        Je cite Véronèse car c'est mon peintre préféré question vanités. Il n'y a pas encore de Mercedes dans Les Noces de Cana mais les crocodiles y sont, déguisés en chiens, autour de ma femme et de ma fille. Dans Les Noces de Cana, je côtoie l'aristocratie, la Blonde épouse du Cadre supérieur ou la famille de Martin. Je ferme les yeux, je cherche qui d'entre eux aurait intérêt à me trahir, qui voudrait me voir seul un week-end sur deux et seul avec ma fille le week-end précédent. Jusqu'au jour où je ne verrai plus du tout ma fille...
Véronèse, Les Noces de Cana, 1562-1563.

        "Que ferais-tu, papa, si t'étais mort ? Rejoue-moi la Cène, papa, pour que je te pardonne et te vénère."

11ème CADRE :

        Lorsque je rouvre les yeux, je constate que le sol s'est enfin rapproché : je suis désormais au sixième étage. Je ne suis plus suspendu au Jugement dernier. La descente est maintenant programmée et les mots dépassés, je fends le r de la mort vers les bras accueillants de la lettre T. Désolé pour la chemise Lacoste qui est restée, soigneusement pliée, dans l'armoire de ma chambre.

        Oublie-moi, Isabel, oublie les nuages qui ont traversé nos vies derrière une lunette... Je ne peux plus exister aujourd'hui que dans ton oubli - et c'est facile d'oublier comme je t'ai oubliée, ma fille, et comme tu sauras remplacer ton père par un cadre autrement supérieur.

12ème COUP DE MINUIT :

        Mon fossoyeur s'appelle Arthur. C'est donc un vieil homme à barbe blanche qui fait son travail pour enfermer ses jours et Vivianne dans un cimetière imaginaire. Le travail fini, il explore le visage de ma femme, ses larmes, comme il vient d'explorer les rides de la terre. Il a les mains sur les hanches et se penche. Depuis qu'il a enterré Ernest Hemingway, il s'estime en droit de partager ses vues d'esprit avec les proches du défunt. Ma femme, au lieu d'écouter, recherche à l'intérieur de mon cercueil les signes d'une vieillesse que nous aurions pu traverser ensemble.

        "Vous souhaitez connaître ma théorie ? Ma théorie est la suivante. Le suicide est une espèce d'IVG, une interruption volontaire de geôle. L'homme n'est pas sorti du ventre de sa mère et l'amour enfle encore... Quand il se forme un abcès, en plein coeur de la vie, il faut le crever. Ce n'est qu'une théorie, je vous l'expose. Vous pouvez me contredire, madame, vous pouvez m'affirmer ce que vous voulez : par exemple, on se suiciderait pour rejoindre le ventre de sa mère... Moi, je pense qu'au contraire, on se suicide pour quitter la mère et naître enfin. Bien sûr, c'est une erreur de point de vue de la part du suicidé... Qui ne commet jamais d'impair ? Il y a bien d'autres manières, en vérité, de quitter le ventre de sa  mère. Se jeter du septième étage n'est pas la plus belle, je vous l'accorde, d'autant que le nouveau-né s'est bien ratatiné !"

13ème CHAÎNON : Manquant.

14ème VER :

        J'aperçois maintenant le sommet de ma stèle et dispose de quelques minutes pour corriger les fautes d'orthographe qui apparaîtraient dans mon épitaphe. Ce n'est pas chose facile de relier le quatrain dispersé aux quatre coins de ma tête et je prie pour rester le plus longtemps possible en suspension dans les airs.

                                                                             VIVANTS
                                                                 PASSEZ VOTRE CHEMIN
                                                                            MORTELS
                                                                      PASSEZ VOTRE VIE

        Arthur affirme qu'oraison n'est pas raison. Ce dernier mot d'esprit lui reste en travers de la fosse parce qu'il voit bien que ma femme n'écoute pas ce qui est dit mais lit encore ce qui est écrit. Le vieil homme se redresse maintenant, ses mains quittent les hanches pour s'enterrer dans les poches :
        " Le suicide, c'est de la valeur ajoutée pour une entreprise comme la nôtre, conclut-il d'un ton goguenard. Il ne vaut mieux pas investir dans les souvenirs, madame, mais dans la construction prochaine, en ces lieux, d'un mémorial de sept étages."

Histoire à suivre dans le prochain article : Isabel et les vents doux (n° 5, si vous avez bien suivi) !

Par Dam
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Mercredi 22 avril 2009

Pignouf vend cette histoire depuis 2004. Il trouva le manuscrit sur le rebord d'une fenêtre, dans l'appartement qu'il loua cette année-là, à Compiègne.

Ce texte est une suite :
Isabel et les vents doux (1) - Isabel et les vents doux (2).

9ème ÉCLAT DE RIRES :

        Les peintres m'ont lâché : il n'y a plus d'horizon ni de perspective... Il n'y a que des lignes de fuite. Tout ce que j'observe à présent n'est plus de profil : tout ce que j'entrevois est le  sommet  d'une chose. Je suis moi-même au  sommet  de  mon   crâne   éc-aile-até  /  éc-air-asé. Crâne d'Homo sapiens sapiens aux dents déployées. Fou rire parce que je ne sais plus si je tombe en déchirant mes ailes ou si je m'envole en polluant les airs. Fou rire parce que je ne plane plus comme je planais au cours de mon adolescence Homo perverse perverse. Je me suis marié. Tout est planifié : ma tombe est sous ce platane, mon corps sera sur la dalle. Mon âme s'enverra donc en l'air.

        Et tout est écrit, là-haut sur le rebord d'une fenêtre, en quelques pages... Vous les lirez à celle que j'aime malgré ça, ce langoureux fratras.

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Pignouf a pris le manuscrit de Monsieur Labat, il en tire de jolis bénéfices. Un jour, il rencontra Isabel mais ça, c'est une autre histoire. En attendant, vous pourrez continuer de lire cet histoire dans l'article suivant : Isabelle et les vents doux (4)...

Par Dam
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Mardi 21 avril 2009

Suite de l'article précédent : Isabel et les vents doux (1).

4ème PRISE

        Martin m'amenait souvent sa lunette pour observer l'espace. Nos mains sur la lunette délivraient Andromède. Mon ami Martin est d'un genre humain fumant les pages littéraires qui portent sur le volcan de Pico aux Açores. Une éruption au large et l'anticyclone revenait sur nos terres, à chaque printemps. Nos mains sur sa  lunette et les printemps sur  la Loire façonnaient notre amour...

       
        Martin navigue à la remontée comme à la descente grâce à la voile. Sur sa toue cabanée, nous pêchions l'alose. L'alose remonte le cours à chaque printemps pour pondre. À chaque printemps, comme l'exige un contrat passé avec la nature. L'alose remonte notre intimité et meurt sans s'étonner de notre homosexualité, car il est spécifié, dans une clause de ce contrat, qu'il ne faut pas s'étonner de voir la nature expérimenter plusieurs sortes de combinaisons.
       
        Nous nous soutenions, seuls à la surface du fleuve, au risque de nous noyer ; les aloses surprises par le filet s'épuisaient. Quel vin pouvais-je boire afin d'espérer qu'il n'y ait aucun lien de cause à effet entre ça et le handicap de ma fille, Isabel ? Il n'y a aucun lien, me rassurait Martin. Et il me tendait une bouteille rapportée des Açores. Mes mains sur la bouteille délivraient Andromède.

^ Une toue cabanée sur la Loire (photo de Pignouf).

        Cette année, Martin est restée sur le continent. Je sais qu'il ne reviendra plus. Quand il partait aux Açores, j'étais sûr de le retrouver. Mais cette fois, après deux minutes d'efforts pour me dire adieu, il ne s'est pas retourné - aucun espoir. Les aloses, surprises par le filet, m'épuisent. Je bois, je nous revois et je comprends, malgré le vin, pourquoi les aloses nous ont fait ça. En se servant du vin pour délivrer Persée.

5ème ACTE

"Que ferais-tu, papa, si t'étais mort ?"

        Je vous laisse quelques lignes pour répondre à ma place :
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        Et je reprends ma place pour répondre.

        Isabel me pose de plus en plus souvent cette question. Il faudra bien que j'y réponde, c'est-à-dire que je lui rende une copie personnelle de ma propre réponse, au lieu de recopier tout ce que les autres pères lui répondraient dans la même situation : "Va voir ta mère, Elle, elle te dira..." Et c'est vrai que ma mère savait mieux que moi donner du sens en plus de la vie.
        "Dis, maman, que ferait papa, s'il était mort ?
        - Il te regarderait d'En-Haut pour que tu Lui souris..."

        Isabel revient me voir : "Maman dit que tu me regarderas sourire quand tu seras mort. Faut-il que je m'entraîne à te sourire ?
        - Non, tu n'as pas besoin de me sourire. Il te suffit d'ouvrir les yeux. Et tu verras une ombre. Mon ombre, tu devras la protéger du vent, comme on protège une flamme.
        - Mais je m'en fiche, de ton ombre ! Je m'en fiche, de ta flamme ! Imagine-toi mort, à quoi passerais-tu le temps ?
        - Je... Je ne vois pas...
        - Avec qui tuerais-tu le temps ?
        - Au moins, laisse moi réfléchir ! Et d'ailleurs, pourquoi me demandes-tu ça ?
        - Parce que même dans la vie, pour moi, c'est mon avis, papa, tu ne fais rien. Tu n'aimes rien et pourtant, tu fais comme si tu m'aimais bien... Moi aussi, je fais comme si je t'aimais bien. Mais pour trancher, je voudrais la Vérité : que ferais-tu, papa, si t'étais mort ?"

        Je réfléchis à la Vérité. Et à la Vérité, entre Martin et moi, la maman d'Isabel compte autant qu'elle nous sépare. Si j'écris qu'Isabel compte sept fois plus que ça, c'est parce qu'elle a sept ans, et qu'entre le sol et moi, il y a sept étages. C'est aussi pour le symbole que j'ai choisi sept, avec la pertinence d'un esprit empreint de Moyen Âge et qui préfère le symbole à la quantité. Quantifier la réalité n'est pas la Vérité. Après sept ans de mariage, bien des réflexions recouvrent le septième ciel. Des réflexions. Des nuages.

6ème SENS

"Que ferais-tu, papa, si t'étais mort ?"

Laisse-moi réfléchir, Isabel, et je te répondrai demain. Il me faut la nuit et tu auras ta réponse au réveil, sur le plateau du petit-déjeuner que je t'aurais concocté, pour que ce premier dimanche sans moi soit un délice.

7ème ÉTAGE

Du septième étage, le sol ressemble à (je te laisse deviner) :

A/ Une passoire qui garderait les os ;
B/ Un égouttoir qui sècherait le corps ;
C/ Une écumoire qui sauverait l'âme des eaux ;
D/ Une éponge qui absorberait le sang du mort.

Vaisselle cassée.

8ème CASE

        Peu après vingt-deux heures (à la nuit tombée), comme un personnage de bande dessinée, je reste suspendu, dans les airs. Sans tomber. Le Démon de la perversité m'a poussé et je lègue les éclats de mon crâne aux phrénologistes pour qu'ils y retirent tout ce que j'ai lu dans Edgar A. Poe. C'est maintenant minuit. L'heure de la Vérité. Et chassez tout ce qui vous ferait songer aux faits divers.

À suivre dans le prochain article...

Par Dam
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Lundi 20 avril 2009

Cette nouvelle est le seul texte qu'il nous reste de Monsieur Labat, dont l'histoire nous fut vendue par Pignouf pour que dalle : cliquer ici pour lire ou relire l'histoire de cet homme.

Ce récit date de fin 2001, d'un temps où les tours aussi se mirent à s'effondrer. Depuis, Monsieur Labat n'est plus.

Voici donc quelles furent ses dernières vingt-quatre heures...



PREMIER MOUVEMENT

        Pour saisir mon intimité la plus fragile, il faudrait commencer par décrire les nuages. Les nuages d'ici ne sont pas comme chez vous, ils ne peuvent traverser votre ciel : ils ne prennent pas toutes les formes que leur donne votre imagination. 

        Vous trouverez les mêmes, cependant, au Musée National d'Art Moderne, à Paris. Sur un seul tableau. Un tableau de Zao Wou-Ki. Cette oeuvre a pour titre Vent et l'artiste a calligraphié le vent à travers le mouvement des nuages, un vol, une vie qui s'effondre, un saut plus étrange que le saut des anges...

        Puisque vous allez serrer dans vos bras mon intimité, la plus fragile, je dois vous présenter ma fille, Isabel. Elle ne tient pas debout, je vous demanderais de la serrer plus fort dans vos bras. Elle ne tient pas debout et ses yeux ne s'ouvrent presque pas. Et sa voix ne s'entend presque pas. Un vent secret lui brise la nuque. Vous êtes cinquante ans après Vent et le tableau continue de représenter ce qu'Isabel exprime à travers quelques souffles.


< Zao Wou-Ki, Vent, 1954.



SECOND SOUFFLE (deux minutes d'effort, un espoir et le vent)

        Isabel a le battement du coeur qui rime avec ça : deux minutes d'efforts, un espoir, et le vent. J'ai moi-même mesuré ce qu'une telle épreuve représentait. Deux minutes d'efforts pour se relever correspond au temps que vous mettrez, en moyenne, à lire cette page. L'espoir de marcher, de connaître la suite, comme si la suite pouvait dépasser toutes les espérances, alors que la science a démontré que c'était plutôt le contraire qui se passait, une dégénérescence musculaire ou osseuse, une vie plus heureuse après la mort, au choix. Et puis vous tournerez la page - le vent - et tout recommence : deux minutes d'efforts, un espoir...
        Si mon épouse avait su, pour le vent qui empêche de marcher, pour les nuages qui empêchent de voir, elle aurait tout de même mise sa petite fille au monde. Moi, peut-être pas.

TROISIÈME TEMPS

        Madame Gaudry, sur la rive gauche de la Loire, une main sur le front en guise de visière : elle scrute l'horizon, elle sera la première. Pour annoncer, ce soir au dîner, l'arrivée de l'anticyclone. Avant même la blonde de la météo formatée, Madame Gaudry évoquera l'anticyclone des Açores.
        Au dîner, son fils André, l'unique invité, les yeux rougis et rivés à l'écran plat du téléviseur, lui rendra bien un sourire. À chaque "anticyclone des Açores", le sourire filial ; à chaque "réchauffement de la planète" ou à chaque "effet de serre", un sourire de fils aîné désormais fils unique. Chez Madame Gaudry, le sourire déferle par les yeux, comme une vague, mais au lieu de réciter son "anticyclone des Açores", elle ferait mieux, Madame Gaudry, de demander "mon fils, serre-moi fort..." Au moins pour se réchauffer, c'est sa cuisine.

        Madame Gaudry me croise régulièrement dans les escaliers, toujours comme un fait exprès, Tiens ! Monsieur Labat, comment allez-vous aujourd'hui ? "Aujourd'hui", un mot de cinq syllabes d'après le Petit Larousse de Madame Gaudry, édition 1954 : aujourd'hui signifie de-main-se-ra-pire... Sinon qu'on était si bien !
        Aujourd'hui, Madame Gaudry m'annonce l'arrivée d'un anticyclone assorti de son précieux effet de serre. J'aurais souhaité qu'elle me rappelle ses folles échappées à Paris, avec Monsieur Gaudry. Ses fugues dans le même parc que celui du tout début. Le même parc mais les baisers différents. Des baisers pour que les lèvres se touchent sans jamais songer qu'elles changent d'âge. Des baisers pour se taire. Des baisers pour sentir que tout autour de soi tout valse plus bas.

        Monsieur et Madame Gaudry s'embrassaient longuement... Ils s'embrassaient toujours très lentement... C'était avant, bien avant aujourd'hui. Bien avant André. Et ce n'était même pas fini... Il fallait encore qu'elle l'entraîne - folle, pensait-il - dans un restaurant - au hasard, pensait-elle. Pour le plaisir de choisir le menu le plus cher. Une fois de temps en temps, le menu le plus cher, dans un restaurant délaissé, dans une rue empruntée par hasard. La viande n'y était pas toujours tendre. Et la cuisson de la viande, elle y prêtait moins d'attention qu'aujourd'hui.
        Pour résumer notre conversation, il fera moins froid demain, grâce aux Açores. Je pourrais vous laisser auprès de Madame Gaudry, aux fourneaux de sa cuisine intime. Plutôt que de cuisiner mon intimité. Madame Gaudry possède plus de charmes, bien que je le concède, Madame Gaudry radote aujourd'hui.
       
        Demain, dans la cage d'escalier, elle ne croisera plus mon sourire... Il faudra bien qu'une personne, en l'absence de son fils, s'en charge et la rassure par le déferlement d'une vague dans les yeux. Alors si l'un d'entre vous pouvait ? Au moins pour écouter sa description de la Loire, et puis la vie passée des pêcheurs, son mari à l'imparfait, la gabarre retournée. Et lui rappeler Turner, lui mettre un tableau sous les yeux pour qu'elle imagine son mari au royaume des Açores.

Turner, scène sur la Loire, vers 1828-1830.

Suite dans le prochain article : "Isabel et les vents doux (2)".
 

Par Dam
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Mardi 3 février 2009

Il y a, sur les bords de l’Auzette, un arbre dont le tronc fut rompu par une tempête, et que les jardiniers du parc ont fini par abattre complètement. Pour Pignouf, l’arbre existe toujours, même s’il ne sait plus très bien de quelle essence il s’agissait. Il vient souvent s’y recueillir à la tombée de la nuit ; du moins, c’est assis à côté de la souche qu’on croit le trouver. Son ombre n’est guère perceptible dans la nuit noire, alors il faut que la lune brille suffisamment pour deviner sa présence.

 

Pignouf y écrit des histoires. Je le surnomme même « Le Marchand d’Histoires » parce qu’il lui arrive de vendre de courts récits aux promeneurs qui se risquent encore dans les allées du parc, à ces heures tardives.

 

Ce soir-là, un petit garçon est venu de lui-même. Il a demandé à Pignouf de le consoler avec l’une de ses histoires. Il s’est montré bien poli. C’était un petit Portugais qui avait perdu sa mère. Le garçon n’avait que quelques centimes en poche. Pignouf lui dit alors : « De nos jours, tu espères encore avoir une histoire pour moins d’un euro ! 

-          Excusez-moi, lui répondit le petit, on est dimanche soir, et je ne veux pas recommencer un lundi sans maman.

-          Bien, mais ne t’étonne pas si tu ne comprends pas mon histoire… Pour quelques centimes, je peux bien te faire passer le chagrin, mais saches que toutes les histoires à moins d’un euro n’ont ni queue ni tête.

-          Puisque c’est pour passer le chagrin…

-          Alors file-moi d’abord tes centimes ! »

 

C’est ainsi que Pignouf raconta à un gosse cette histoire pour que dalle.

 

« Elle s’intitule : Autobiographie ! Elle se déroule à l’hôtel Chopin, un hôtel de gare, avec sa façade noire et ses grosses lettres blanches (C H O P I N) suspendues dans le silence nocturne comme les touches blanches d’un Pleyel. Il faut dire que le Chopin ne figure plus dans le Guide rouge depuis 1977, alors la pollution routière…

-          C’est quoi un Pleyel ?

-         Chut ! Le gardien des lieux s’appelle Gilberto. Comme il est bien Français, il ne parle pas français, il préfère d’autres langues. Par exemple, il fume ; Gilberto, à l’entrée, ça lui plaît de griller sa cigarette et de penser à Madère comme s’il était son propre grand-père portugais. Ce soir, la neige ne tombe plus mais le mercure continue de descendre. Gilberto attend Monsieur Labat dans le froid. À lui, il dira deux, trois mots en français.

« Gilberto parle plusieurs langues s’il le faut, par bribes le plus souvent, mais pour penser à son grand-père portugais mourant à Madère, la fumée suffit. Une cigarette entre les lèvres, Gilberto s’assoit sur le perron de l’hôtel Chopin, parce que c’est lui qui garde l’hôtel de gare. Du blanc, dans ses yeux, jette une lumière ; les passants préfèrent l’éviter en changeant de trottoir. Le sourire, chez Gilberto, n’est guère employé. Il faudrait Paula. Paula, brune et unique employée d’un hôtel de gare.

« Deux, trois mots en français : Bonsoir, Monsieur Labat, lancera Gilberto, parce que Monsieur Labat ressemble un peu à son père (le même âge, la même absence de cheveux). Et devant Monsieur Labat, il s’exprimera en français, parce que son père avait décidé qu’en France, il était temps de parler français, même si tu peux dire Bonne nuit ! sans rien dire, à ta mère, sur la joue où tu déposes une bise, et Bonne nuit… à Grand-Père, à lui dans ses bras, dans les bras noueux d’un grand-père de Madère.

« Cependant, Gilberto n’est pas le héros de cette histoire. Il est juste là pour faire gardien d’un hôtel de gare. Bientôt, il aperçoit Monsieur Labat qui va l’éclipser :

-          Bonsoir, Monsieur Labat !

-          Bonsoir, Gilberto !

Monsieur Labat prenait souvent le train pour l’adultère, et sa femme a réussi à le rattraper, à obtenir le divorce parce que « Merde, tu as du temps à perdre ! » Depuis, Monsieur Labat perd du temps à cet hôtel de gare parce qu’il n’a plus de train à prendre. Il peut dormir de 0 à 24 heures, selon la durée du chômage, l’insalubrité de la chambre, la température annoncée à la RTBF, l’ouverture des musées ou d’autres lieux chauffés, le prix de la prostituée, la réponse à une lettre. »

 

« L’hôtel Chopin vaut donc qu’on s’y penche, tous les deux, n’est-ce pas ? demanda Pignouf au garçon…

-          Oui, mais je n’y comprends rien à ton histoire…

-         Ah, mais… C’est un hôtel de gare pour humains qui ne prennent plus le train mais qui empruntent des langues errantes. Par exemple, Paula est une femme errante : elle a traversé des vies d’hommes bruns et la fumée suffit à Gilberto pour se rappeler la fois où Paula est passée devant lui sur un autre air que Chopin. On passait une saudade à la radio, et Paula filait avec l’un de ces types bruns, italien ou galicien. Paula est le genre de fille qu’on glisse entre ses lèvres puis qui vous laisse dans un soupir. Une femme errante.

« Monsieur Labat est comme les autres clients de l’hôtel ; de passage ou pas, il se contente de voir chaque jour les trains partir vers le Sud et les avions s’en allant survoler Madère ; il rentre ensuite à l’hôtel sans avoir à régler un réveil pour se réveiller tôt le lendemain puisqu’il n’a pas de train à prendre.

-          Dormez bien, Monsieur Labat…

-          Bonne nuit, Gilberto !

-          Vous pouvez prendre l’ascenseur, il est réparé…

Mais Monsieur Labat monte au troisième étage par les escaliers. Il entre dans sa chambre comme s’il était le seul occupant de tout l’hôtel et comme s’il avait toujours été l’unique propriétaire des lieux. Il ne cherche pas à comprendre les bruits qui proviennent de la chambre voisine. Peut-être que ça le rassure de seulement les entendre : derrière les murs, ces sons familiers accrochent des portraits de famille, tandis que dans la rue, quand le feu passe au vert, le démarrage des voitures lui rappelle des départs en vacances, en Auvergne.

« Il allume la télévision et s’allonge un instant sur le grand lit. Il a choisi le grand lit parce que sur le dessus du petit lit, un trou de cigarette lui donne le vertige ; Monsieur Labat ne fume pas. Fumer est un caprice de grande sœur ou de grand frère. Et ce trou de cigarette, ça lui rappelle qu’on est passé là avant lui, qu’on a vécu ce qu’il vit là. Vertige. À la première angoisse, Monsieur Labat se redresse. Il s’installe au bureau, une maigre table rapportée là pour meubler, et bancale avec ça ; si les objets se mettent à vieillir, quand les humains cesseront-ils de pleurer !

« Par bonheur, Monsieur Labat est écrivain. Il peut revenir sur le passé, en combler les lacunes. Il écrit justement un livre, sur le pourquoi de maintenant, comme il se l’imagine. Toutes les pages blanches de son projet de roman autobiographique s’entassent en face du stylo qu’il a dérobé à une caisse de supermarché. Par-dessus la ramette, son sourire signifie : « Le temps peut bien passer et les trains peuvent partir. » Monsieur Labat cherche à traduire ce que Gilberto fait partir en fumée, et quand Gilberto demandera demain : « Avez-vous suffisamment de calme pour écrire, Monsieur Labat ? », l’écrivain répondra :

« Oh, si vous saviez comme le livre avance ! Seulement…

-          Seulement ?

-          Seulement, il me faudrait du sucre de pastèque !

-          Du sucre de pastèque !?

-          Oui, du sucre de pastèque pour le caraméliser.

-          Je ne comprends rien à ce que vous me dites, Monsieur Labat…

-          Alors, vous ne devriez plus fumer ! »

 

À cet instant du récit, le petit garçon interrompt Pignouf : « Je ne suis pas d’accord !

-          Pas d’accord avec quoi ? Tu as payé et tu crois qu’on peut rendre une histoire aussi facilement ?

-          Il me semble que Monsieur Labat a dit autre chose à Gilberto…

-          C’est-à-dire ?

-          Il n’a pas dit Vous ne devriez plus fumer… Voilà ce que je sais ! »

Pignouf n’avait pas l’habitude qu’on remette en cause le fin mot de ses histoires, alors il demanda au gamin ce que Monsieur Labat aurait dit à Gilberto. Et le gamin, criant presque, répondit : « Vous ne devriez plus pleurer, demain c’est lundi, ma mère ne viendra pas me réveiller, et comme je ne fume pas encore, c’est la seule chose qu’ait pu dire Monsieur Labat à Gilberto : Vous ne devriez plus pleurer… »

Par RanDom
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Des mots entre nos chairs

Notre plaisir tient à ce baiser mêlant aux mots des autres nos propres mots pour composer des chairs, des chairs qui, entre nous, pourraient nous rendre légèrement sensibles. Alors bienvenue sur ces rives où Dam & son coblogataire Pignouf vous accompagnent.

De leur écriture.

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