L'autre sexe

Jeudi 16 avril 2009 4 16 /04 /2009 19:11

(Trois déesses pour une pomme d'or)


        C'est le deuxième acte du scénario qui va conduire à la guerre de Troie. À qui revient, avec la pomme, le prix de la beauté divine ? Les dieux ne peuvent trancher. Si Zeus faisait le choix, une seule déesse serait satisfaite aux dépens des deux autres. En tant que souverain impartial, il a déjà fixé les pouvoirs, les domaines, les privilèges relatifs de chacune des trois déesses. Si Zeus donne la préférence à Héra, on incriminera sa partialité en faveur de l'épouse, s'il choisit Athéna, on invoquera la fibre paternelle, et s'il se prononce pour Aphrodite, on y verra la preuve qu'il ne peut résister au désir amoureux. Impossible pour lui de juger. Là encore c'est un simple mortel qui devra s'en charger. Là encore les dieux vont faire glisser vers les hommes la responsabilité de décisions qu'ils se refusent à assumer, comme ils leur ont destiné des malheurs ou des destins funestes dont ils ne veulent pas pour eux-mêmes.


Les dieux se déchargent sur les humains de la responsabilité de choisir ce qui est beau ou ce qui ne l'est pas. Or "trouver belle" ou "trouver beau" est un engagement de mortel afin de reproduire le mortel. Un engagement qui peut mener à la guerre ou à l'amour.

Cliquer ici pour voir une représentation d'Héra (Junon) protégeant les femmes mariées, modèle en plâtre retouché à la cire, d'Antoine-Louis Barye (1795-1875), conservé au Louvre.

        Le personnage qui a été choisi pour trancher la compétition entre les trois déesses s'appelle Pâris. Il a un second nom qui est celui de son premier âge : Alexandre. Pâris est le plus jeune des fils de Priam, il garde les troupeaux royaux de son père sur le mont Ida. Il est donc une espèce de roi-berger ou de berger royal, tout jeune, un kouros, dans la fleur de l'adolescence encore.

Le Jugement de Pâris, vu par Rubens (1600-1601)

Il a eu une enfance et une jeunesse extraordinaires, il est le plus jeune fils d'Hécube, épouse du roi Priam, maître de Troie, cette grande cité asiatique sur la côte anatolienne, très riche, très belle, très puissante. Pâris fut exposé à la naissance, voué à la mort, car un rêve avait annoncé à Hécube qu'au lieu d'un être humain, elle enfanterait une torche qui mettrait le feu à la ville de Troie. Pâris échappa à l'épreuve et le fait d'avoir victorieusement traversé les portes de la mort lui confère l'éclat d'un être d'exception, d'un élu. Au cours de jeux et de concours funèbres, le jeune Alexandre concourt avec les autres fils de Priam, contre l'élite de la jeunesse troyenne. Il l'emporte dans tous les concours. Tout le monde est stupéfait et se demande qui est ce jeune berger inconnu, si beau à voir, si fort, si habile. Un des fils de Priam, Déiphobe, est pris de fureur et décide de tuer cet intrus qui l'a emporté sur tous.


        Déiphobe poursuit le jeune Alexandre qui se réfugie au temple de Zeus, où se trouve aussi leur sœur, Cassandre, une jeune vierge très belle dont Apollon a été amoureux mais qui l'a repoussé. Pour se venger, le dieu lui a accordé un don infaillible de divination, mais qui ne lui sert à rien. Au contraire, ce don ne fera qu'aggraver son malheur, car personne ne croira jamais à ces prédictions. Dans la situation présente, elle proclame : « Attention, cet inconnu est notre petit Pâris. » Et Pâris-Alexandre exhibe en effet les langes qu'il portait quand on l'a exposé. Il suffit qu'il les fasse voir pour être reconnu. Sa mère, Hécube, est folle de joie, et Priam, qui est un très bon vieux roi, est ravi lui aussi de retrouver son enfant. Voilà donc Pâris réintégré dans la famille royale, mais il a gardé l'habitude, ayant passé toute sa jeunesse en berger, d'aller visiter les troupeaux. Il est un homme du mont Ida.


        Pâris voit donc arriver Hermès et les trois déesses, il est un peu surpris et inquiet. Inquiet parce que généralement, lorsqu'une déesse se montre ouvertement à un humain dans sa nudité, son authenticité d'immortelle, cela tourne mal pour les spectateurs : on n'a pas le droit de voir la divinité. C'est à la fois un privilège extraordinaire et un danger dont on ne se remet pas. Ainsi, Tirésias, d'avoir vu Athéna, en perd-il la vue.


Statue d'Athéna Pacifique (exposée au musée du Louvre)
Lire mon article sur le Parthénon, le temple d'Athéna à Athènes.

        Sur ce même mont Ida, Aphrodite, descendue du ciel, s'était unie à Anchise, le père de celui qui sera Énée. Après avoir dormi avec elle, comme avec une simple mortelle, au matin Anchise la voit dans toute sa beauté divine. La tête de la déesse touche le faîte de la salle, le corps paré de ses plus beaux atours, les joues « brillantes d'une beauté immortelle (kallos ambroton) ». Il lui suffit de voir « le col et les beaux yeux d'Aphrodite » pour que, pris de terreur, il l'implore en lui disant : « Je sais que je suis perdu, je ne pourrai plus jamais avoir de contact charnel, désormais, avec une créature féminine. Qui s'est uni à une déesse ne va pas ensuite se retrouver dans les bras d'une simple mortelle. Sa vie, ses yeux, en tout cas sa virilité sont anéantis. » Pour commencer, donc, Pâris est épouvanté. Hermès le rassure. Il lui explique que lui incombe de faire le choix, de décerner le prix en disant laquelle est à ses yeux la plus belle.


Comment choisir !

        Pâris se sent fort embarrassé. Les trois déesses, dont la beauté est sans doute équivalente, essaient chacune de le séduire par des promesses alléchantes. Quand Pâris a devant les yeux Aphrodite, Athéna, Héra, c'est en comparant, en confrontant le corps des trois déesses, en repérant leurs différences, que le futur séducteur d'Hélène peut deviner les pouvoirs et les privilèges qui appartiennent à chacune et dont ne manquera pas de le gratifier celle dont il aura su, en lui accordant son suffrage, se gagner les faveurs. Si elle devient l'élue de son choix, chacune d'elles jure de lui rapporter un pouvoir unique et singulier qu'elle seule a le privilège de donner.

>>> Que peut lui offrir Athéna ? Elle lui dit : « Si tu me choisis, tu auras la victoire dans les combats à la guerre et la sagesse que tout le monde enviera. »

>>> Héra lui déclare : « Si tu me choisis, moi, tu obtiendras la royauté, tu seras le souverain de toute l'Asie, car comme épouse de Zeus, dans mon lit se trouve inscrite la souveraineté. »

>>> Quant à Aphrodite, elle lui annonce : « Si tu me préfères, tu seras le séducteur complet, tout ce qu'il y a de plus beau sur le plan féminin te sera acquis et, en particulier, la belle Hélène, celle dont déjà la réputation s'est répandue partout. Celle-là, quand elle te verra, ne te résistera pas. Tu seras l'amant et le mari de la belle Hélène ».

Pâris choisit Hélène.
(cliquer sur le lien pour voir le tableau de Jacques-Louis David, Pâris et Hélène, 1789)
Voici du coup enclenché, avec à l'arrière-plan le nœud des relations entre les dieux et les hommes, le mécanisme dont la mise en place constitue le deuxième acte de cette histoire.

Comment expliquer ce choix ?
>>> Parîs est dans l'incapacité de comparer la beauté de trois déesses et choisit celle qui lui promet l'amour de sa vie (plus fort que la gloire, plus fort que le pouvoir et ne dit-on pas plus fort que la mort). Zeus ne pouvait trancher entre la beauté de son épouse devenue mère, la beauté de sa fille devenue sage, et la beauté de l'amour tout court. Pâris, au contraire, peut trancher, car il est mortel, dans un âge de sa vie où il est avant tout sensible au désir amoureux, où cette beauté lui paraît d'autant plus forte qu'il sait qu'il ne pourra l'apprécier que dans un temps limité.

>>> Pâris choisit donc Aphrodite parce que toute belle est aussi la Beauté, ce par quoi tout individu dans le monde, qu'il soit bête, homme ou dieu, est rendu beau et désirable. Dans son éclat, le corps de la déesse est la puissance même d'Éros, en tant que force universelle.

>>> On peut aussi considérer que la beauté n'existe que dans ce qu'elle favorise le passage d'un état à un autre : il ne s'agirait donc plus que d'une force que doit trouver l'homme en toute femme afin de passer d'un état à un autre qui le rendrait plus beau. Dans ce cas, la beauté serait miroir : est belle celle qui me rend plus beau, ou celle qui me rend plus sage, ou encore celle qui me rend plus puissant, plus riche, plus glorieux, etc. Peut-être, plus simplement, est belle celle qui me rendra plus vivant : Aphrodite, pour sauver Pâris du coup fatal que Ménélas s'apprête à lui porter, le fait ainsi disparaître du champ clos où se mesurent les deux hommes et le dépose dans la chambre d'Hélène. Grec ou Troyen, tout le monde n'y a vu que du feu. Pâris repose déjà au côté de sa belle que les guerriers grecs sont encore à chercher, dans les rangs ennemis... Où diable le Troyen a bien pu se cacher... (Iliade, III, 373-382)

 


Eros et Aphrodite, par Edouard Toudouze (XIXe siècle).

          Il est difficile de se représenter Aphrodite, la gagnante de ce concours comme les Grecs aimaient à les organiser : déesse de la Beauté, incarne-t-elle la Femme en ce qu'elle est belle ou la Beauté en ce qu'elle est femme ? Pâris la voit-elle belle ? Ou perçoit-il seulement les effets de cette beauté féminine qui le pousse à ravir Hélène ? La beauté est-elle cette force qui propulse la flèche à vous adressée par Eros ? Ou la beauté est-elle cet objet même, la flèche, vous reliant à l'Autre par un fil invisible ? Toutes ces interrogations, les artistes ont tenté d'y répondre, en nous faisant rejouer le jugement de Pâris : ont-ils donné corps à la beauté ou se sont-ils laissé guider par la beauté pour donner corps. Heureusement, c'est à nous de trancher, parfois en âme, d'autres fois en conscience.

Alors ne me demandez pas qui je trouve belle et selon quels critères ! Ce serait aussi difficile à expliquer qu'un mythe, car tout interviendrait, de l'éducation familiale à la culture de mon peuple, de ma psychologie personnelle aux pulsions animales, de mes goûts esthétiques à nos critères artistiques. Alors vaut mieux l'écrire ainsi : je te trouve belle parce que tu ne m'es pas liée comme Héra, à la fois épouse, soeur, et mère ; tu n'es pas aussi chaste qu'Athéna, jeune fille (parthénos) mais tu dégages quelque chose d'Aphrodite et de femme libre, sensuelle et séductrice, qui me fait vivre comme ne m'a pas fait vivre ma mère ni mon narcissisme.

Cet article est inspiré par ma lecture assidue de Jean-Pierre Vernant dont on trouvera ici un aperçu bibliographique.

Cliquer pour lire mon article : "L'art pour cultiver nos précieuses sculptures".

Par Dam - Publié dans : L'autre sexe
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Jeudi 23 octobre 2008 4 23 /10 /2008 21:34

Je termine mon compte-rendu du Courrier International, n° 917, 29 mai - 4 juin 2008, dossier : "Femmes à vendre", p. 38-43.

Article du jeudi 9 octobre 2008 : "Quand l'esclavagisme a de l'avenir".
Article du lundi 13 octobre 2008 : "Un trafic international".
Aujourd'hui : Les instruments juridiques pour lutter contre ce trafic à l'échelle mondiale.

En 1949, la Convention des Nations unies pour la répression et l’abolition de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui a établi un lien entre le trafic et la prostitution. Depuis, un nombre considérable de conventions et d’accords internationaux ont été signés pour lutter, directement ou indirectement, contre le trafic de femmes et d’enfants, ainsi que contre le mariage et le travail forcés.

F En 2000, la quasi-totalité des pays a signé la Convention de l’ONU contre la criminalité transnationale organisée, dont l’un des deux protocoles, celui de Palerme, donne la première définition complète du trafic d’êtres humains. Les pays signataires sont tenus :

·                    d’adopter de nouvelles lois, de criminaliser le trafic,

·                    d’enquêter sur les trafiquants et les poursuivre en justice,

·                    de protéger l’identité des victimes du trafic.

N Mais le protocole ne prévoit pas grand-chose en ce qui concerne la protection des prostituées, car il ne requiert pas des signataires qu’ils apportent une aide ou une protection aux victimes du trafic. Il est devenu la cible des critiques des organisations féministes.

F Aux États-Unis, organisations féministes et chrétiens évangéliques ont uni leurs forces pour revendiquer comme modèle la lutte contre la traite des esclaves et les souffrances infligées aux femmes par les hommes (principalement par le biais de la sexualité). Comme le gouvernement Bush leur prête une oreille attentive, ces deux mouvements ont activement soutenu l’opération « Innocence perdue » du FBI (qui vise à protéger les mineurs). En 2002, Bush a créé au sein du département d’État une nouvelle entité chargée de « surveiller et combattre le trafic d’êtres humains » dans le monde entier (cet organisme classe les pays selon leur propension à combattre le trafic et menace de sanctions ceux qui ne se montrent pas coopératifs). En 2007, parmi les seize principaux contrevenants, l’Algérie, Bahreïn, le Koweït, Oman et Qatar (voir le 2e article, dans les pétromonarchies du Golfe) mais la diplomatie américaine peut-elle sanctionner les pays les plus utiles aux États-Unis ?


Entrée en vigueur le 1er février 2008, la Convention européenne sur la lutte contre la traite des êtres humains s’applique à toutes les formes de traites, nationale ou transnationale, liée ou non au crime organisé – c’est-à-dire à l’exploitation sexuelle, au travail forcé, à l’esclavage et au prélèvement d’organes. Les États signataires s’engagent à ériger en infraction pénale tout acte relevant de la traite des êtres humains. La Convention stipule que les victimes doivent être reconnues en tant que telles afin de ne pas être assimilées à des immigrants clandestins ou à des criminels, et doivent disposer au minimum de 30 jours pour décider d’une éventuelle coopération avec les autorités.

L’initiative du Conseil de l’Europe a été accueillie avec enthousiasme par les milieux associatifs, car c’est non seulement un instrument de lutte contre le crime organisé, mais aussi l’unique instrument juridiquement contraignant qui comporte des dispositions visant à fournir une protection aux femmes et enfants victimes de ce trafic. Il peut offrir un permis de séjour en échange de leur témoignage contre les trafiquants (ce que la plupart des pays, à l’exception de la Belgique, des Pays-Bas et de l’Italie, avaient négligé de faire jusqu’ici).

À Londres, la Fondation Helen Bamber, qui vient en aide aux personnes victimes de tortures, accueille ces temps-ci un nombre croissant de femmes comme Nita, détruites psychiquement et physiquement par les sévices, la peur et l’incertitude.

L’un des thérapeutes de la fondation, Michael Korzinski, explique : « Aux yeux de la loi, le trafic d’êtres humains est purement affaire de criminalité et de complicité. On ne prend absolument pas en compte la violence inouïe qu’il implique. Pour nous, le trafic est une autre forme de torture. C’est une torture aussi élaborée que la torture d’État, à ceci près qu’elle n’a pas lieu dans un pays brutal et répressif, mais dans des appartements de Turin ou dans une banlieue résidentielle du Vermont. »


Les nombreux accords internationaux conclus jusqu’ici se sont avérés extrêmement faciles à élaborer et à ratifier, mais, tant que l’on ne remontera pas à la source du trafic – jusqu’à ces jeunes femmes naïves contraintes par la pauvreté et dupées par des inconnus –, ils resteront lettre morte.

La conséquence en est que, quand des femmes parviennent à échapper aux trafiquants, elles sont presque aussitôt expulsées. De retour dans leur pays, elles sont confrontées pour la plupart au rejet de leur famille, à la discrimination, à l’hostilité et retournent dans un état de pauvreté à laquelle, contraintes ou consentantes, elles avaient espéré échapper.

Pensez-y : le 2 décembre est la journée internationale pour l'abolition de l'esclavage.
Pour améliorer votre information, vous pouvez cliquer ici.

Par RanDom - Publié dans : L'autre sexe
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Lundi 13 octobre 2008 1 13 /10 /2008 22:11

Cet article est la deuxième partie d'un dossier consacré au trafic international d'êtres humains. J'ai entrepris le compte-rendu d'articles, publiés dans le Courrier International n° 917 (29 mai - 4 juin 2008), sur un sujet intitulé "Femmes à vendre". Nous avons tous plus ou moins entendu parler de ces filles de l'Est qui, abusées par des rabatteurs, se retrouvent sur les trottoirs de nos pays occidentaux, à se prostituer pour payer des dettes accumulées. Mais le phénomène étudié ici dépasse le cadre de la prostitution et du proxénétisme. On n'ose parler d'esclavagisme, mais à lire les diverses enquêtes réalisées, comment qualifier autrement cette "Traite" de femmes dont l'espoir d'accéder à notre bonheur occidental est exploité par des filières de mieux en mieux organisées.

Désormais, comme il existe un marché mondialisé pour la plupart des marchandises, il existe un marché international pour ces marchandises déshumanisées et ballottées à travers chaque continent, voire dans le monde entier. Il est difficile d'analyser froidement ces faits. Dans
un premier article, je suis parti de cas particuliers qui m'ont touché pour brosser des généralités plus objectives.

Dans ce deuxième article, je passe en revue les différentes régions du monde pour évoquer les particularités de chacune d'entre elles et les convergences de méthodes.

Dans un dernier article, je conclurais par les lenteurs de la prise de conscience et de la réaction des organisations internationales (comme l'ONU, l'UE ou les Etats-Unis).

1) Partons de
la carte « traite des êtres humains » qui se trouve à la page 41 de ce Courrier International n° 917. On constate que les filières de l'esclavage sexuel exploitent les pays moins développés pour fournir les plus riches.

a) En Europe, les pays d'origine se situent à l'Est, les pays de destination à l'Ouest ; la Pologne ou la République tchèque sont à la fois pays d'origine et de destination. Selon le journaliste britannique Misha Glenny (auteur de McMafia : Crime Without Frontiers, Bodley Head, avril 2008), la Bulgarie joue un rôle crucial dans les opérations de trafic : les gangs bulgares envoient des femmes vers le sud, dans l'UE via la Grèce, vers le sud-est (en Turquie et au Moyen-Orient), vers l'ouest (en Albanie) et vers le nord (en Rép. tchèque et en Allemagne). Une fille qu'il a interviewée en Israël était passée entre les mains de Moldaves, d'Ukrainiens, de Russes, d'Égyptiens et de Bédouins, avant d'arriver à sa destination finale : un bordel de Tel-Aviv.

La région des Balkans est une plaque tournante du trafic. Il y est impossible de distinguer pays d'origine, de transit et de destination. La transition de l'économie planifiée à l'économie de marché, ainsi que les conflits (Kosovo, Bosnie...) ont permis aux trafiquants de recruter des victimes parmi les nouveaux pauvres et les nouvelles catégories de personnes vulnérables : jeunes au chômage, femmes ayant perdu leur emploi, membres de la communauté rom. Quand le conflit des Balkans s'est calmé, on a commencé à voir sur les routes des trafiquants qui se rendaient de Serbie au Kosovo et en Bosnie pour organiser des ventes aux enchères de femmes. Les victimes étaient ensuite réparties dans des maisons closes où les premiers clients étaient souvent des casques bleus, protégés par l'immunité diplomatique que leur confère leur statut de personnel des Nations unies. Lire 
l'histoire de Nita.

b) En Amérique, les pays d'origine sont «latin» (Brésil, Mexique...) ; les pays de destination au Nord.

c) On trouve aussi des pays d'origine en Asie (où Chine - lire ci-dessous - et Inde sont à la fois d'origine et de destination). Le Japon et l'Australie sont des pays de destination. En Thaïlande - lire ci-dessous, - le commerce sexuel des enfants s'est répandu essentiellement pendant la guerre du Vietnam quand les soldats américains fréquentaient les bordels de Bangkok. Dans les années 1970, des groupes criminels, conscients des profits juteux qu'ils pouvaient en tirer, ont commencé à organiser des voyages de tourisme sexuel en Thaïlande pour les hommes européens. Mais c'est dans les années 1990, au moment où l'essor économique de l'Indonésie, de la Malaisie, des Philippines et de Singapour a commencé à marquer le pas et que des femmes sans emploi se sont laissé attirer par le secteur du « divertissement », que le trafic transfrontalier s'est développé. Aujourd'hui, on estime qu'environ 200 000 de ces femmes travaillent au Japon, dans des saunas, des salons de massage et des réseaux de téléphone rose pour rembourser les prétendus coûts de leur recrutement et de leur voyage, enchaînées aux proxénètes et aux trafiquants par des liens de peur, de servitude et de honte. Selon End Child Prostitution in Asian Tourism (organisation internationale dont le siège est à Bangkok), les enfants vendus par les parents indigents ou enlevés par des groupes mafieux sont introduits du Vietnam en Thaïlande, du Myanmar aux pays de la côte Pacifique et du Népal en Inde.

d) En Afrique, le Nigeria (malgré sa richesse pétrolière) a l'un des revenus par habitant les plus faibles du monde ; depuis quelques années, de jeunes nigérianes arrivent en Italie, officiellement « parrainées » par des amis proches, pour travailler comme infirmières ou dans l'hôtellerie, mais elles ne tardent pas à s'apercevoir qu'elles sont tombées dans des réseaux de prostitution dirigées par des mères maquerelles. Elles sont maintenues dans un état d'esclavage pour dettes par l'intermédiaire de rites vaudous et de serments. Après un périple à travers l'Afrique qui peut durer plusieurs mois et au cours duquel elles passent d'un rabatteur à l'autre, elles se retrouvent sur les trottoirs du nord de l'Italie, isolées, perdues et terrorisées par les punitions infligées par des « gros bras » ou par les menaces de représailles contre leur famille restée au Nigeria.


2) Après cette première revue générale des différentes régions du monde, on peut zoomer sur certaines d'entre elles.


a) Femmes roumaines et moldaves livrées à l'Ouest
La jeune photographe Dan Popa s'est fait connaître par son reportage sur le trafic d'êtres humains en Moldavie, qui a été publié par le magazine Ogoniok (Moscou). Elle a réalisé les portraits de quelques-unes des 500 femmes retournant chaque année en Moldavie et bénéficiant de l'un des programmes de réinsertion mis en place par l'antenne locale et l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). On estime à 100 000 par an le nombre de femmes placées sur le « marché des services sexuels » par des pays de l'ex-URSS. Ce trafic est l'un des effets collatéraux des changements politiques qui ont provoqué la disparition du bloc socialiste dans les années 1990.
À Chisinau, l'OIM est à l'origine de nombreuses initiatives pour tenter de sensibiliser la population aux dangers du trafic d'êtres humains : n° de téléphone gratuits, sites Internet et nombreuses campagnes d'affichage ciblant notamment les plus jeunes. L'OIM a parrainé la projection dans les lycées moldaves du film suédois Lilya 4-Ever (2003) qui raconte l'histoire d'une mineure russe prise au piège de la prostitution forcée. Le film, tiré d'une histoire vraie, a été également diffusé par la télévision nationale. L'OIM assiste par ailleurs les nombreuses ONG installés en Moldavie, telle La Strada qui aide les femmes à se réinsérer, car celles qui parviennent à échapper aux griffes de leurs geôliers doivent affronter l'opprobre d'une société encore très traditionnelle... Entre 2000 et 2007, l'OIM a aidé au rapatriement de 1277 victimes en Roumanie. Certaines de ces personnes, essentiellement des jeunes femmes, vivent aujourd'hui cachées, bénéficiant du programme de protection de témoins mis en place par le gouvernement roumain sous la pression de l'UE. En Roumanie, l'application de la convention entrée en vigueur au mois de février 2008 (à lire dans le prochain article) est de la responsabilité de l'Agence nationale contre le trafic de personnes (ANITP) qui a traité en 2007 les cas de 1659 personnes (dont 750 hommes et 274 mineurs) reconnues victimes de la traite d'êtres humains.

Les trois phases principales du trafic d'êtres humains :
1. La phase « orientale » (fin des années 1980 et début des années 1990) :
La « marchandise » était principalement acheminée vers Istanbul, Ankara et les autres grandes villes turques.
2. La phase « yougoslave » jusqu'en 2003 :
Pendant le régime de Slobodan Milosevic, l'embargo international a favorisé l'apparition de nombreux groupes criminels et les contrebandiers des années 1990 travaillaient de mèche avec les autorités. Les premiers Roumains à s'intéresser à ce trafic se sont associés à leurs voisins ex-yougoslaves qui avaient défriché le terrain. Grâce à eux, la « marchandise » roumaine et moldave arrivait plus vite en Italie et, de là, dans toute l'Europe occidentale.
3. La phase « européenne » à partir de 2004 :
Le centre de gravité de ce trafic s'est encore déplacé : si, dans les années 1990, les trafiquants se concentraient sur l'axe turco-yougoslave, ils se sont aujourd'hui réorientés sur le centre de l'Europe, notamment à cause des nouvelles adhésions à l'UE (Bulgarie, Roumanie). À partir de 2004, les trafiquants ayant accumulé beaucoup d'argent ont commencé à acquérir des pied-à-terre en Europe occidentale pour développer leurs activités : clubs de nuit et autres maisons de passe semi-légales devenus trop visibles, il ne fallait pas moins regrouper les filles encore dispersées à travers la Serbie, la Bosnie, le Kosovo, la Macédoine et l'Albanie. Après l'an 2000, on a vu émerger des destinations « exotiques » : certains États arabes (lire ci-dessous, « Dans les pétromonarchies du Golfe ») et même le Japon. L'appât du gain a pratiquement éliminé les barrières de nationalité ou d'origine : les chefs de réseau sont roumains, mais aussi italiens, autrichiens, grecs... Des sources policières affirment ainsi qu'un des principaux fournisseurs du marché japonais est la mafia tchétchène, qui était active en Moldavie et en Roumanie dès les années 1990. À travers diverses filières, des filles roumaines sont arrivées au Japon, dans les régions de Tokyo (dont le quartier de Kichijoji), de Nagano, de Chugoku, de Shimane...

Le calvaire des jeunes filles prises au piège
1. L'annonce dans le journal : « On recrute des danseuses pour... » une destination de rêve. D'autres annonces offrent des emplois de baby-sitter, d'hôtesse d'accueil ou même de cueilleuse de fruits. Elles s'adressent, comme par hasard, à des femmes, jeunes de préférence... Les annonces sont attractives : bon salaire, logement compris, frais de transport remboursés.
2. La frontière franchie, confiscation du passeport. On donne aux filles quelques billets pour les amadouer. Elles apprennent ensuite que des messieurs tout ce qu'il y a de plus honorable désirent les connaître en échange de sommes d'argent. Les récalcitrantes sont battues et séquestrées jusqu'à ce qu'elles acceptent les nouvelles règles du jeu.
2.1. Les filières qui traversent aujourd'hui la Roumanie vers l'espace ex-yougoslave ont été aidées indirectement par les réaménagements politiques et territoriaux des Balkans. Les tensions inter-ethniques, les combats récurrents, l'enclavement, l'état d'insécurité, l'aggravation de la corruption et du trafic d'armes ont représenté autant de facteurs favorisant le développement de ce phénomène. De Roumanie, les convois de trafiquants d'êtres humains partent en Serbie, se dirigeant souvent vers la zone hôtelière de Veliko Grodziste ou de Varset, en Voïvodine.
2.2. Leurs routes se divisent : les filles peuvent aller en Albanie (à destination de Tirana ou de Durrës), en Bosnie (vers Sarajevo, Brcko ou le fameux marché «Arizona» fréquenté par les soldats de l'ONU - au Kosovo, les policiers affirment qu'on trouve les plus grands bordels des Balkans à cause des soldats internationaux) ou en Italie, via Bari. Dans une autre variante, les filles arrivaient en Occident par Belgrade, la Croatie ou la Slovénie.
2.3. Les trafiquants ont pour règle de se respecter et de se soutenir mutuellement, sinon de s'ignorer dans leurs opérations ; il en résulte une délimitation assez précise de leurs « territoires » : dans la zone albanaise, la mieux organisée, trois gangs sont dirigés par les Dusan, Alahalec et Samir ; la filière serbe est sous le commandement de Jivan et Zvonko ; les principaux convois à destination de l'Italie sont organisés par un certain Genarinno. Les Serbes conduisent la «marchandise» jusqu'à la frontière du Kosovo (ou de l'Albanie). De là, les filles sont prises en charge par les Albanais, qui les transportent en Italie dans des embarcations rapides.

3. Prostitution, mendicité, travail illégal, il existe des réseaux spécialisés dans chacune de ces filières, y compris dans celle de personnes handicapées. Aurelian Pavel, chef de la BCCO (Brigade de lutte contre le crime organisé) de Constanta (sur la mer Noire) explique qu'il y a de nombreux groupes mafieux, organisés autour d'une famille ou d'un clan, essentiellement dans la population rom ; et selon lui, en 2007, quelque 150 femmes et enfants ont été envoyés de Constanta pour mendier en Europe (essentiellement vers l'Italie ou l'Espagne). Ces réseaux sont bien organisés et obéissent à une hiérarchie très stricte. Ils ont des raccoleurs, des transporteurs, des hébergeurs et des gros bras.

4. Un seul trafiquant condamné en Roumanie, entre 2001 et 2002 ! On comprend pourquoi cette activité a le vent en poupe. Sa pénalisation reste dans la plupart des cas un vœu pieux, et les statistiques montrent que, du moins jusqu'en 2003, ce phénomène a été alimenté par la tentation de gains faciles et colossaux, mais aussi par la tolérance des juges roumains qui ont remis en liberté la plupart des accusés. Aujourd'hui, néanmoins, de nombreux trafiquants d'êtres humains de l'espace yougoslave sont emprisonnés au pénitencier d'Ibrizovo (Macédoine). Ce sont en partie les témoignages de victimes roumaines qui ont rendu possible leur arrestation.


b) Chine, une plaque tournante
Le rapport 2007 du département d'État américain (voir le prochain article) place la Chine dans la liste des pays à surveiller particulièrement. Selon ce rapport, des femmes et des enfants venues de Mongolie, du Myanmar, de Corée du Nord, de Russie et du Vietnam, sont vendues en Chine comme épouses, prostituées, esclaves. À l'inverse, des femmes chinoises, à qui on a promis un travail légal, sont contraintes à la prostitution à Taïwan, en Thaïlande, en Malaisie ou au Japon. Le trafic concerne aussi des Chinoises en Chine même, avec au moins 10000 victimes par an. Les chiffres officiels chinois confirment cette analyse : en 2007, selon l'agence Xinhua, 1496 cas concernant 3000 victimes de trafic international d'êtres humains ont été décelés par la police des frontières chinoises ; le ministère de la Sécurité dénombre 2500 cas où des femmes et des enfants avaient fait l'objet de trafic sur le territoire chinois.
- En juin 2007, la Chine découvrait horrifiée le scandale de centaines de migrants, dont des mineurs, mis en esclavage dans des briqueteries de la province du Shanxi. Quelques mois plus tard, les adultes rescapés constataient qu'ils ne pouvaient poursuivre leurs bourreaux...
- En janvier 2008, un journaliste d'un quotidien cantonais se faisant passer pour un client dénonçait le trafic d'enfants originaires de Liangshan (au Sichuan) dans la province du Guangdong. Âgés de 13 à 15 ans, ces jeunes sont loués par centaines comme bêtes de somme par des trafiquants aux usines de cette province qui a donné à la Chine sa réputation d' « usine du monde »...

c) Thaïlande, autant victimes que bourreaux
Le rapport 2007 du département d'État américain fait également référence à la Thaïlande de manière préoccupante : elle est citée en lien avec le Canada, l'Australie, le Qatar, la Finlande, l'Indonésie, la Russie, la Corée du sud et le Kirghizistan. C'est à la fois un pays d'exploitation des étrangers et une plaque tournante pour les marchands d'esclaves. Sur tous les continents, on trouve des Thaïlandais - en tant que victimes et en tant que bourreaux.
- En 2007, plusieurs Thaïlandais ont été envoyés comme travailleurs temporaires aux États-Unis, où ils se sont trouvés réduits en esclavage pour dette.
- Des propriétaires de bateaux de pêche thaïlandais ont fait de même avec des Birmans, et un réseau indien a fait transiter des immigrés clandestins par Bangkok avant de les envoyer en Occident.
- Bangkok n'a pas ratifié la convention internationale pour la prévention et la lutte contre le trafic d'êtres humains, ni le protocole contre la vente, la prostitution et la mise en scène pornographique des enfants. Le trafic d'êtres humains n'a donné lieu qu'à une seule et unique condamnation, celle de la Cambodgienne Khunthea, condamnée en 2005 à 50 ans de réclusion pour prostitution de huit jeunes filles envoyées en Malaisie. En 2006, le gouvernement cambodgien a affirmé qu'un nombre important de ses ressortissants étaient exploités en Thaïlande et, pour certains, forcés de travailler comme mendiants. La plupart sont des femmes et des enfants, et, si leur nombre fait débat, il est évident pour tout piéton se promenant dans les rues de Bangkok que ces personnes « travaillent » effectivement comme mendiants (souvent handicapés, ou mutilés par les mafias, et donc complètement dépendants).
- La Thaïlande ne dispose pas du cadre législatif nécessaire pour enquêter sur les cas de trafic d'êtres humains sur son territoire ou à l'étranger. Une affaire de réseau de prostitution exploitant des Thaïlandaises à Manama (Bahreïn) n'a même pas fait l'objet d'une enquête par les services de police censés traiter les cas d'exploitation de femmes et d'enfants. Les autorités du Bahreïn étaient indignés que les Thaïlandais osent même songer à enquêter sur leur territoire (pas d'inculpation, pas d'arrestation, et aucune femme n'a été libérée de son asservissement physique et économique)...

d) Dans les pétromonarchies du Golfe
Chaque citoyen dispose d'un certain nombre de titres de séjour, qu'il peut attribuer à des travailleurs immigrés selon des quotas par pays définis par le gouvernement. Une famille peut embaucher une employée de maison et un chauffeur, tandis que les entrepreneurs peuvent faire venir des ouvriers par centaines. Les titres de séjour sont re-vendus par les ayants droit, ce qui constitue, pour certains d'entre eux, une véritable rente. Et, une fois que quelqu'un a ainsi « acheté » un travailleur, il lui confisque son passeport et le tient donc à sa merci. C'est ce que dénonce le quotidien koweïtien Al-Jarida, pour qui ce système s'apparente nettement au trafic d'êtres humains. Il faut rappeler que, dans ces six monarchies, c'est aux immigrés, qui représentent entre 20% et 80% de la population, qu'échoient tous les métiers pénibles.

Alors que les jeunes Kurdes irakiens tentent leur chance en Europe, la région kurde du nord de l'Irak a vu arriver au cours des trois dernières années des milliers de travailleurs venus des régions pauvres du monde. Selon les estimations, entre 10000 et 15000 étrangers travaillent au Kurdistan irakien. Si la plupart viennent du sud-est de la Turquie et peuvent quitter le pays à tout moment, d'autres, venus de pays comme le Bangladesh, l'Indonésie, les Philippines ou l'Éthiopie, ne pourront pas repartir avant deux ou trois ans. Ils n'ont droit à aucun congé, encore moins à un voyage payé pour rentrer chez eux. Comme ils parlent rarement l'arabe et l'anglais, ils se retrouvent entièrement à la merci des employeurs locaux.
Hommes et femmes d'Asie et d'Afrique de l'Est sont très recherchés au Kurdistan. Les autorités ont délivré l'année dernière 400 permis de séjour pour travailleurs « sous contrat ». Ces étrangers sont balayeurs, éboueurs, personnels de ménage dans les hôpitaux, serveurs de restaurant, vendeurs dans les centres commerciaux ou employés de maison. Pour un directeur d'hôtel « Les Bangladais sont frugaux et fiables » alors que les Kurdes trouvent selon lui toujours un prétexte pour ne pas venir travailler... La demande de travailleurs « sous contrat » attire des agences douteuses, mais aussi des trafiquants d'êtres humains. Il existe des sociétés fictives qui établissent de faux contrats et se procurent des visas pour l'Irak auprès de fonctionnaires corrompus de l'ambassade d'Irak à Dubaï. Des dizaines de Bangladais se sont ainsi retrouvés à Erbil au cours des dernières semaines (mai 2008) ; sans papier ni argent, certains n'ont plus que la mendicité comme recours. Certains meurent, d'autres se donnent la mort.
Plusieurs centaines de femmes originaires de pays pauvres travailleraient également au Kurdistan. Comme dans certains riches pays du Golfe, elles risquent des violences sexuelles dans cette société puritaine. Les agences et les employeurs, eux, n'ont rien à craindre sur le plan juridique...

Le travail d'enquête des journalistes et la mobilisation d'organisations non-gouvernementales permettent d'améliorer notre information concernant ce phénomène de trafic d'êtres humains. Consommateur moyen, j'ai parfois tendance à passer à côté de telles informations, à zapper, parce que la presse, la radio, la télévision et internet (nos principales sources) mettent sur le même plan les débats politiques, les exploits sportifs, les publicités, les chroniques people et les enjeux de société. Moi-même, dans ce blog, je traite de multiples sujets sans parvenir vraiment à distinguer ce qui devrait, en premier, attirer notre attention de citoyen. Mais à la fin de cet article, il m'apparaît évident que le sort de ces enfants, de ces femmes et de ces hommes asservis, doit nous préoccuper et forcer les autorités internationales à mener une lutte rendue compliquée par l'organisation efficace des réseaux mafieux et des filières esclavagistes. Négliger ou pire, nous rendre complice d'un tel trafic, revient à nous asseoir sur nos Droits de l'Homme et ne plus reconnaître notre dignité humaine.

Dernier article : "Femmes à vendre : pas de conclusion, des résolutions".

Par RanDom - Publié dans : L'autre sexe
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Jeudi 9 octobre 2008 4 09 /10 /2008 19:13

David Yates (qui mit en scène plusieurs épisodes de la saga Harry Potter) fut révélé par le petit écran avec des séries pour la BBC comme Sex Traffic, fiction basée sur des faits réels, dénonçant un phénomène d'ampleur internationale : les réseaux de prostitution d'Europe de l'Est. Deux phrases, sur l'affiche, affirment : "Elles voulaient vivre leur rêve. Elles doivent vendre leur corps..." Je n'en sortis pas indemne, comme me prévenait la jaquette du DVD acheté quelques jours auparavant. Ce film raconte l'histoire de deux jeunes soeurs moldaves, Elena et Vara, qui rêvent de rejoindre Londres. Manipulées par des intermédiaires sans scrupules, elles deviennent les victimes d'un réseau de prostitution. Ballottées à travers l'Europe, elles atterrissent dans les bas-fonds londoniens.

Le film, sorti en Grande-Bretagne en 2004, obtint des récompenses en 2005, et fut publié en DVD (2006). Il fut rediffusé il y a peu sur Arte.

 

Pas d'image pour cet article.
Mais des mots pour comprendre.


Il est facile, dans notre confort économique, dans notre paix européenne, dans notre liberté démocratique, de prétendre que les exclus de notre société n'ont pas fait assez d'efforts pour s'intégrer. M'opposant à toute vision généralisatrice sinon réductrice, je me suis intéressé à ces exclues qui n'avaient que ce rêve en tête, celui de s'intégrer dans notre Europe paisible, confortable et démocratique. Elles que nous abandonnons à leur sort à moins d'assister, impuissants, à leur descente en enfer. Il fallait m'informer. Un numéro du Courrier International (n° 917, 29 mai - 4 juin 2008, pages 38-43) m'en donnait l'occasion. Je m'empressais de faire un résumé détaillé des articles de journaux qui y étaient recueillis. Ce compte-rendu traîne depuis dans mon ordinateur. Je veux ici le mettre en ligne pour vous sensibiliser sur le destin tragique de ces victimes et la lente réactivité de nos sociétés pour combattre leur asservissement. C'est un cri du coeur, de la part d'un homme engagé et convaincu que l'esclavagisme, présent depuis les origines de notre humanité, n'est pas un phénomène aboli et révolu. Lorsque j'enseigne les esclaves grecs et romains, mes élèves sont scandalisés (mais leur scandale est celui de l'enfant qui observe un univers étranger, étrange, exotique voire excitant). Lorsque j'enseigne la Traite des Noirs, les élèves sont scandalisés (mais leur scandale est celui de l'adolescent dont la colère spontanée est également éphémère). Au contraire, la date de 1848 (abolition de l'esclavage en France) les rassure et ils remercient Victor Schoelcher. Est-ce pour autant fini ? Non ! Cette date ne marque certainement pas une fin : l'esclavage existe encore, et même à nos portes. L'année 1848 est comme une prise de conscience : elle nous engage à veiller et combattre toutes les formes d'esclavage qui se développent dans notre monde actuel.


Vous pouvez retrouver le dossier complet paru dans Courrier International ici. Vous pouvez lire ma synthèse détaillée ci-dessous.

Cet article part d'un fait pour introduire les généralités.
Un article prochain détaillera la situation dans les différentes régions du monde.
Un dernier article conclura ce dossier en évoquant la prise de conscience de nos pouvoirs occidentaux pour lutter contre ces trafics humains.

Je commence par l'histoire de Nita

Fin 1996 (l'année où les combats ont éclaté entre les forces serbes et l'Armée de libération du Kosovo), Nita fut arrachée de chez elle, à Pristina, par des miliciens serbes qui la conduisirent dans un camp où ils l'ont violée. Nita avait 18 ans, était mariée et mère d'une fillette de huit mois, et elle vivait à proximité de son père, veuf, et de sa sœur de 7 ans (les miliciens ont également emmené le bébé et la fillette). Le mari et le père furent conduits dans un autre camp. Nita a été violée pendant quatre jours, à plusieurs reprises, avec sept autres femmes. Embarquée dans une voiture et abandonnée près de la frontière albanaise, elle rejoint les milliers de personnes fuyant les Serbes.

À Tirana, elle a été hébergée chez un homme qui la conduisit d'un camp à l'autre pour retrouver la trace de sa famille. Sans succès. Un soir, l'homme - que Nita trouvait gentil - l'invita au restaurant puis l'entraîna au bord de la mer pour faire une promenade en hors-bord. Quand le bateau quitta la rive, Nita vit qu'il était rempli de femmes et de jeunes filles ; elle commença à se débattre. L'homme la frappa et elle perdit connaissance. Quand elle était revenue à elle, elle était en Italie.

Après un périple de sept jours, Nita s'est retrouvée dans un appartement de la banlieue de Turin. Les autres femmes qui y étaient détenues lui ont appris qu'elle avait fait l'objet d'un trafic, vendue comme prostituée à un réseau de proxénètes italiens et albanais. Pendant six ans, d'abord dans un appartement où elle était retenue prisonnière, puis dans la rue, Nita a subi des rapports sexuels chaque nuit, sept jours sur sept, avec au moins une dizaine d'hommes. Parfois, cela se passait dans les ruelles, « comme les animaux ». Ne parlant pas l'italien, sans papiers, ne sachant pas vraiment où elle se trouvait, Nita vivait dans la peur et l'ignorance. Elle dormait toute la journée et apprenait à ne faire confiance à personne. Sur le trottoir où elle travaillait, il y avait aussi des filles russes ; leurs proxénètes et le sien les surveillaient en permanence. Une fois, elle a essayé de s'enfuir, ce qui lui a valu d'être rouée de coups.

Nita a pu s'enfuir avec l'aide d'un homme qui connaissait son mari, Milau, alors parti en Grande-Bretagne. Elle a dû apprendre à faire confiance à cet homme et à son acte de gentillesse comme elle n'en espérait plus. Il lui paya le voyage ; en Angleterre, elle téléphona à Milau qui vint la chercher. Pourtant, ce dernier la rejeta, ne pouvant supporter qu'elle ait fait, pendant six ans, le trottoir. Elle était alors enceinte de trois mois. Les services sociaux l'ont placée dans un foyer de la banlieue londonienne où elle pourrait attendre la naissance de son bébé. Le père de Nita, sa sœur et sa petite fille sont très probablement morts. Si elle est renvoyée chez elle, les rares personnes qui pourraient se souvenir d'elle à Pristina sauront ce qui lui est arrivé. Et les trafiquants albanais et italiens ne l'ont sûrement pas oubliée.

Une thèse : les techniques des trafiquants d'êtres humains ne varient guère : fausses promesses, enlèvements, privation de liberté, sévices... Femmes et enfants, promis à la prostitution ou au travail forcé, sont les principales cibles de cette forme moderne d'esclavage.

Une controverse : un phénomène grossi ?
Face aux reportages toujours plus nombreux, des voix mettent en doute l'ampleur du problème, notamment aux États-Unis. Pour Laura María Agustín (Sex at the Margins and the Rescue Industry, éd. Zed, 2007), "Il est problématique d'appliquer le terme de « trafic » à tout le monde, et à toutes les femmes migrantes qui vendent du sexe."

 « L'essor du trafic d'êtres humains »
Caroline Moorehead, journaliste et écrivain britannique spécialisée dans les droits de l'homme, a enquêté sur cette forme de crime organisé. Caroline Moorehead est notamment l'auteur de l'essai très remarqué Cargaison humaine. La tragédie des réfugiés (Albin Michel, 2006) et de plusieurs biographies, dont celle de Martha Gellhorn, grand reporter de guerre et épouse de l'écrivain Ernest Hemingway.


Personne n'est d'accord sur ce qu'englobe le concept de « trafic d'êtres humains ». Il est en outre impossible de se procurer des chiffres fiables (sur le montant payé à chaque étape du long chemin menant de l'offre alléchante à la prostitution, sur les commissions perçues par chacun et sur la rémunération des hommes et des femmes qui jouent le rôle de chaperons et de passeurs).

Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), le trafic d'êtres humains est « la forme la plus menaçante de migration irrégulière en raison de son ampleur et de sa complexité croissante, dues au fait qu'il englobe à la fois les armes, les drogues et la prostitution. » Selon l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), il s'agit de la forme de crime organisé connaissant l'expansion la plus rapide du monde. Mais les organisations nationales et internationales sont très divisées sur les moyens à mettre en œuvre. Des responsables de l'Organisation internationale du travail (OIT) estiment que 700000 à 2 millions de femmes et d'enfants sont vendus chaque année à l'étranger et que ce trafic alimente une industrie dont les profits oscillent entre 12 et 17 milliards de dollars par an. Selon les Nations unies, on dénombre aujourd'hui 127 pays sources - principalement en Asie et en Europe de l'Est - qui fournissent un grand nombre de prostituées à 137 pays destinataires.

 1) Le trafic de femmes et d'enfants se fait selon les modalités classiques de l'esclavage :
• Enlèvements, fausses promesses ;
• Transport dans un endroit inconnu, perte de liberté ;
• Sévices sexuels, violences et privations.

- Les victimes sont isolées, soumises à des pressions physiques ou psychologiques, rendues dépendantes aux drogues et à l'alcool.

- L'introduction clandestine de migrants, avec laquelle on confond trop souvent le trafic d'êtres humains, est fondamentalement différente : les personnes sont consentantes et, en principe, elles sont libres une fois arrivées à destination. En revanche, même si elles peuvent être consentantes au départ, les victimes de trafic sont exploitées par les trafiquants à l'arrivée.

- Vente successive à plusieurs acquéreurs dans un long cycle de violences.

- Ces femmes font d'excellentes marchandises : les profits qu'elles génèrent sont énormes, les risques de se faire prendre sont limitées et les sanctions dérisoires. Les victimes peuvent aussi être contraintes à rembourser les coûts occasionnés par leur achat et leur transport (cette prétendue dette étant un prétexte supplémentaire pour les maintenir en esclavage). Selon un rapport de la CIA, les trafiquants gagnent en moyenne 250 000 $ par femme.


2) Les victimes, mal protégées par la loi, sont souvent trop effrayées pour témoigner sur les trafiquants. Il n'en existe pas un seul type :

- Au sommet de la pyramide, de grands réseaux criminels extrêmement sophistiqués, qui opèrent habituellement aux côtés des trafiquants de drogues et d'armes, mais forment des cellules distinctes. Ils opèrent dans plusieurs pays, font franchir les frontières à leurs victimes et les font passer de groupe en groupe comme de vulgaires marchandises, profitant de la corruption qui règne au sein de la police.

- Ces réseaux ont souvent recours à des rabatteurs pour amener les femmes à accepter des emplois à l'étranger en les leur présentant comme lucratifs et respectables. Certains rabatteurs sont des petits amis, des tantes ou même des parents qui, pour une commission ou en raison de leur situation financière désespérée sont prêts à trahir celles qu'ils prétendent aimer.

- Bon nombre de trafiquants sont des tenancières de maisons closes, et la plupart des filles originaires de Moldavie seraient dupées, recrutées et préparées par des femmes - parfois d'anciennes prostituées - qui les accompagnent pendant la première étape du voyage pour les rassurer.


3) La mondialisation et l'économie de marché se sont traduites par un accroissement des mouvements de capitaux et de main-d'œuvre. Les frontières se sont ouvertes aux marchandises, aux investisseurs et aux ressortissants des pays riches, mais ceux des pays pauvres ne circulent pas aussi librement.

- De sévères quotas et des lois visant à limiter l'immigration empêchent les demandeurs d'asile et les migrants économiques de passer les frontières.

- C'est dans ce sous-monde d'économies en faillite, de pauvreté, de discriminations, de gouvernements corrompus et de nouvelles technologies que le trafic d'êtres humains prospère : il n'est pas uniquement axé sur le sexe : un grand nombre de personnes - peut-être un tiers du total - sont vendues chaque année pour répondre à la demande de main d'œuvre servile bon marché dans l'agriculture, les services domestiques et l'industrie. Mais la finalité la plus flagrante et la plus pernicieuse reste l'industrie du sexe.

Avec la fusion de la prostitution et de la pornographie opérée par Internet, l'internationalisation de l'industrie du sexe a pris de nouvelles dimensions. Les scènes de pornographie enfantine peuvent être encodées en toute sécurité ou envoyées par « reroutage anonyme » pour que leur origine puisse être gardée secrète.


Fin de la première partie de ce dossier.
Article suivant : la situation dans les différentes régions du monde.
Dernier article : la prise de conscience, comment lutter ?

Par RanDom - Publié dans : L'autre sexe
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Mardi 7 octobre 2008 2 07 /10 /2008 19:45

On est loin de Bordeaux. Loin des conflits actuels entre joueurs professionnels et présidents de club pour le contrôle de la Ligue du Football Professionnel (LFP). On est loin des milliardaires qui achètent des clubs européens pour jouer sur le terrain de la Bourse. On est loin des stars françaises qui squattent nos écrans de publicité pour arrondir leur fin de mois... Cet article pourrait servir de contrepoint au précédent (Sports au masculin / Sports au féminin) s'il n'était pas secondaire. Il est l'antithèse d'un autre article dans lequel je me gaussais d'un faux pas du soulier d'or Cristiano Ronaldo (Vous n'aimeriez plus le foot). Il aurait même pu s'intituler : "Quand des femmes crient Vive le foot !"

Je fais ici le compte-rendu d'un documentaire franco-allemand réalisé en 2006 par Carmen Butta (au nom bien footballistique), diffusé régulièrement sur Arte, dont vous trouverez la notice en cliquant ici.
Son titre : FOOTBALLEUSES DES ANDES

Ces footballeuses sont péruviennes. Elles jouent à 4000 mètres d'altitude (ce qui est déjà une performance) dans un petit village des Andes, Churubamba (ce qui est un nom à faire danser les supportrices et supporters). Un peu de géographie : où se situe Churubamba (cliquez et zoomez à votre guise) ?

Ces paysannes (Juana avec deux douzaines de femmes) ne connaissent pas Beckam ni Zidane. Elles sont au-dessus des polémiques qui nous font refaire le match à la fin de chaque semaine. Elles jouent tout simplement pour le plaisir. Leur tenue de footballeuse n'est sponsorisée par aucune grande marque européenne ni américaine, leurs habits ne sont pas Made in China. Elles jouent en costume traditionnel bariolé, jupe et sandales, chapeau vissé sur la tête.

Chaque fois qu’on marque, on a envie de rire aux éclats pendant dix minutes.”

Le foot, c'est surtout pour elles un moyen d'oublier un instant le dur quotidien des hauts plateaux andins. Le ballon rond est synonyme de plaisir, de passion et d'évasion. Elles s'accordent ainsi une pause entre leurs tâches ménagères, l'éducation de leurs enfants, les travaux des champs et le soin du bétail.

Nous sommes alors en 2006 et, si la réalisation est franco-allemande, ce n'est pas un hasard : en 2006 se déroule la coupe du monde de football en Allemagne. Or, dans le village andin de Juana, il n'y a pas d'électricité et personne n'a entendu parler de cette coupe du monde du ballon rond en Allemagne. Aucune de ces femmes n'a vu le coup de boule de Zidane en finale !

La localité la plus proche est à une heure de marche et les sentiers sont très accidentés. Le foot permet à ces paysannes de voir du pays. Le maire du chef-lieu a eu l'idée d'un championnat de football ("fulbito andino"), un football féminin au-dessus des nuages. Son objectif est de briser l'isolement de Churubamba et des villages quechuas (Pérou / portraits d'indiens quechuas). Il s'agit aussi de "favoriser les échanges culturels et économiques, les femmes étant, comme partout ailleurs, le meilleur vecteur de développement" (Quentin Pinoteau, dans Télérama).

On suit le périple de ces paysannes jusqu'à la ville d'Urcos, la ville riche et métisse de la région. On goûte à la joie de ces femmes qui se donnent sans compter pour marquer le but de la victoire. Les adversaires s'offrent des présents, souvent les meilleurs produits de leur village, dont elles sont fières (je me souviens de belles volailles). Mais passé notre étonnement face à l'exotisme, on découvre les enjeux de la société péruvienne, postcoloniale, où les descendants des Incas occupent les dernières places. L'esprit d'équipe créé par ce sympathique fulbito donne aux joueuses la force d'aller affronter les responsables locaux afin d'exiger le ralliement du village au réseau d'électricité.

Oui, nous sommes très loin de notre grand écran plasma very HD qui nous offre des gros plans sur les chaussures (à bandes ou à virgule) d'attaquants millionnaires simulant dans la surface de réparation une faute du défenseur au maillot griffé d'une marque allemande de voiture.

Oui, j'avais vraiment envie, après avoir vu ce documentaire, de poursuivre ainsi ma réflexion sur le sport accordé au féminin. Et j'invite toutes les femmes qui auront souffert aujourd'hui de paroles ou d'actes sexistes de se réconforter un tout petit peu grâce à ce football au-dessus des nuages que ne regarderont pas leurs hommes, ce soir, à la télévision...

Et j'avais aussi envie de plonger dans cette société qui m'est si étrangère, de l'autre côté de ma Terre ronde, en compagnie de ces femmes dont la force d'âme et de corps m'inspirent du respect et beaucoup d'espoirs en l'avenir.

Alors, pour prolonger ce bon moment avec elles, ne manquez surtout pas, lisez et relisez le "making-off" de ce documentaire. La réalisatrice (Carmen Butta) nous livre là un récit touchant du tournage, éclairant d'un jour heureux l'épopée des footballeuses des Andes.

Cliquer ici pour le récit du tournage !

Par RanDom - Publié dans : L'autre sexe
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Dimanche 21 septembre 2008 7 21 /09 /2008 11:29
Les Drôles de dames ont mon âge : je n'ai pourtant pas vu beaucoup d'épisodes de cette série créée en 1976. Je l'ai plutôt redécouverte grâce à la récente adaptation cinématographique, de Joseph McGinty Nichol  : Charlie's Angels, USA, 2000 avec Cameron Diaz, Drew Barrymore, Lucy Liu et Bill Murray dans le rôle de Bosley.

Le genre : glamour en action.
La critique de Télérama.

En vérité, les trois anges de Charlie avaient des grandes soeurs, dont les aventures parurent en BD dans le journal de Tintin.
La couverture du numéro du 30 mars 1971.

Il fallait que les Trois Mousquetaires de l'après-68 soient des femmes libérées.
Et leurs stéréotypes resteront tenaces : on pourrait reformer aujourd'hui ce trio charmant de détectives amateurs, avec la jolie blonde ingénue Janine Gardon (dite Chouka), la vedette brune et femme fatale Valentine Mercery (dite Val, pseudo de Marie-Josée Jeumont), et avec le cerveau de la bande, un garçon manqué : Françoise Mardessier.

Ces trois héroïnes ont été imaginées par Greg (le créateur d'Achille Talon) et le dessinateur Aidans (collaborateur du Journal de Tintin : 'Le chevalier à l'Epervier', en 1955 ; 'BoB Binn', le reporter-photographe, en 1960). Leurs aventures viennent d'être rééditées chez le Lombard.

A l'instar de Natacha, de Modesty Blaise ou de Yoko Tsuno, les Panthères apportent ainsi une touche de glamour dans la BD d'aventures. Aujourd'hui, leurs enquêtes paraîtront bien désuetes aux lecteurs du 3e millénaire habitués aux Lara Croft et autres Tomb Raider. Fort peu de violence, fort peu de suspens... Mais de l'action ! Val, Chouka et Françoise Mardessier poursuivent des méchants autour du monde dans l'univers du showbiz des seventies (cinéma, courses automobiles, pays exotiques d'Amérique latine..). Pourquoi les suivre dans leurs péripéties ?

D'abord, elles sont parisiennes et ne plairont pas seulement qu'aux bobos. Elles fument, se battent, mentent, conduisent comme des folles, ce qui est moins désuet et apporte un souffle rafraîchissant très 70's dans notre société où il n'est plus interdit d'interdire...

Ensuite, elles n'oublient pas d'être féminines et ne plairont pas qu'aux hommes. Elles changent régulièrement de tenues, nous offrant un vrai défilé de mode... On apprécie alors le dessin !

Goûtez donc les trois aventures des Panthères :
"Le Magicien qui n'existait pas"
"L'Homme qui refusait la vie"
"Le Bolide maudit"
152 pages pour replonger dans votre jeunesse.
Lecture autorisée de 7 à 77 ans !
Par RanDom - Publié dans : L'autre sexe
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Vendredi 19 septembre 2008 5 19 /09 /2008 22:18

Voici trois dessins (crayons, marqueur et gouaches) pour remplir ma boîte de Pandore. Le premier est un hommage à Berthe Morisot (Bourges, 1841 - Paris, 1895), la belle-soeur de Manet, elle aussi peintre qui prit une part importante au mouvement impressionniste.

Si vous ne connaissez pas Berthe Morisot et ses oeuvres, vous trouverez plusieurs sites dont :
Un site sur les femmes peintres impressionnistes.
Voir aussi le Musée Marmottan à Paris.

Mon dessin est inspiré par ses femmes à leur toilette et représente l'artiste.




































Changement de style avec le dessin suivant qui colle mon style "marqueur" Noir et Blanc par-dessus des crayons de couleur.



























Il s'agissait ici de représenter l'adolescence, notamment nos interrogations d'adulte intégré dans une culture urbaine face à ce que nous montre la fille de sa recherche d'identité. D'où ce contraste entre le noir et blanc de l'adolescente et les "couleurs" de la ville, qu'on retrouve avec la mode gothique.
Mais je vous laisse interpréter la posture de cette fille et les éléments du décor urbain...

On retrouve le contraste entre Noir et Blanc et couleurs avec le dernier dessin qui est un hommage aux femmes de Corto Maltese. En prenant Cassandre pour modèle et un dessin d'Hugo Pratt.
Cassandre tient dans la main une tasse de café : ne lit-elle pas dans le marc ?
La légende, dans cette reproduction, est tronquée. Je la retranscris ici de manière complète : "Dans l'île de Scarpanto venait parfois se reposer un marin errant ; une femme qui lisait dans la géographie des destins le retrouvait régulièrement dans ce refuge imprévu."




























Il me semblait intéressant d'associer ces trois dessins de femmes.
 - Dans le premier, je me suis inspiré des oeuvres d'une artiste impressionniste.   
 - Dans le second, je me suis inspiré d'un modèle réel que vous pourriez croiser dans la rue.
 - Dans le dernier, je me suis basé sur un dessin déjà existant en utilisant mes propres techniques (fort rudimentaires). Le modèle original se trouve dans :
Hugo Pratt / Michel Pierre, Les Femmes de Corto Maltese, Casterman, 1994, p. 148.

Et ces trois dessins se rejoignent, tout comme l'art, la recherche d'une identité et les mystères des destins humains. Si j'ai choisi des femmes, c'est que dessiner prend du temps. Et comme je suis très impatient, en homme pressé, je préfère encore passer ce temps avec des femmes... Si je n'étais pas imprégné de culture chrétienne, je dirais comme un ancien Grec que ces femmes sont un peu ma figuration de déesses : une déesse de l'art et de la beauté ; une nymphe encore sauvage de la jeunesse ; une autre, image de la Pythie, déesse de l'amour et de la mort. Trois esprits dans ma boîte de Pandore...

Par RanDom - Publié dans : L'autre sexe
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Des mots entre nos chairs

Notre plaisir tient à ce baiser mêlant aux mots des autres nos propres mots pour composer des chairs, des chairs qui, entre nous, pourraient nous rendre légèrement sensibles. Alors bienvenue sur ces rives où Dam & son coblogataire Pignouf vous accompagnent.

De leur écriture.

Et n'oubliez pas de balancer votre petit caillou pour en compter les ricochets. On ne sait jamais, peut-être bien que l'Auzette...

Quelques notes de passage

Un mot plus haut

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