Mon prieuré de Saint-Cosme

Je recopie ci-dessous quelques vers de Ronsard

Ode à Cassandre - "Les Amours" - 1552

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu cette vesprée
Les plis de sa robe pourprée
Et son teint au vôtre pareil.

Las! Voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las! Las! Ses beautés laissé choir!
Ô vraiment marâtre Nature,
Puisqu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir!

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse;
Comme à cette fleur la vieillesse
Fera ternir votre beauté.



"Comme on voit sur la branche..."
"Second Livre des Amours" - Sur la mort de Marie, 4 - 1578

Comme on voit sur la branche au mois de may la rose,
En sa belle jeunesse, en sa première fleur,
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l'aube de ses pleurs au poinct du jour l'arrose;

La grace dans sa fueille (1), et l'amour se repose,
Embasmant les jardins et les arbres d'odeur;
Mais battue ou de pluye, ou d'excessive ardeur,
Languissante elle meurt, fueille à fueille declose.

Ainsi en ta première et jeune nouveauté,
Quand la Terre et le Ciel honoraient ta beauté,
La Parque t'a tuée, et cendre tu reposes.

Pour obseques reçoy mes larmes et mes pleurs,
Ce vase plein de laict, ce panier plein de fleurs,
Afin que vif ou mort ton corps ne soit que roses.

(1) Fueille = pétale



"Quand vous serez bien vieille..."
Sonnets pour Hélène - II, 24 - 1578

Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz chantant mes vers, en vous émerveillant:
"Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle."

Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de Ronsard ne s'aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.

Je serai sous la terre, et fantôme sans os
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos;
Vous serez au foyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain:
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.



"Je n'ay plus que les os..." Je n'ay plus que les os, un Schelette je semble, Decharné, denervé, demusclé, depoulpé, Que le trait de la mort sans pardon a frappé, Je n'ose voir mes bras que de peur je ne tremble. Apollon et son filz, deux grans maistres ensemble, Ne me sçauroient guérir, leur mestier m'a trompé, Adieu plaisant soleil, mon oeil est estoupé, Mon corps s'en va descendre où tout se desassemble. Quel amy me voyant en ce point despouillé Ne remporte au logis un oeil triste et mouillé, Me consolant au lict et me baisant la face, En essuiant mes yeux par la mort endormis? Adieu chers compaignons, adieu mes chers amis, Je m'en vay le premier pour preparer la place. "Derniers Vers" - Sonnet I - 1586 (édition posthume)